Allergies : pourquoi elles progressent de plus en plus ?
Alimentaires, respiratoires, de contact, mais aussi dues à certains insectes ou médicaments, sans oublier le milieu professionnel, le champ des allergies est particulièrement vaste. Et le nombre de cas ne cesse d'augmenter : sur le plan mondial, une personne sur deux pourrait être concernée d'ici 2050. Mais pourquoi devient-on allergique ? Comment savoir ce qui les déclenche ? Et quelles solutions aujourd'hui ? A l'occasion du 21e Congrès francophone de l'allergologie, le point avec le Dr Julien Cottet, allergologue et Pascale Couratier, présidente de l'association Française de Prévention des Allergies.
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Qu’entend-on d'abord par "allergie" ? "C’est un dysfonctionnement du système immunitaire." explique le Dr Cottet. "Celui-ci va réagir de manière exagérée à des composants naturels, comme la noisette, le pollen ou les acariens. C’est en fait comme une sorte de bug informatique." Mais pourquoi devient-on allergique ? Plusieurs facteurs entrent en jeu, à commencer par la génétique : "Si on a un parent allergique, on aura 50 % de chance de l’être, 80 % si ce sont les deux."
En cause aussi: l’exposition à l’allergène. "Plus elle est longue, plus il y a des risques que notre système immunitaire se dévoye". Autre origine : la maladie de peau qu’est la dermatite atopique (une naissance sur cinq aujourd’hui), "qui fait que les toxines, irritants et allergènes rentrent plus facilement dans l’organisme." Enfin suspectée, une défaillance du micro biote et de la flore intestinale. Une piste plus récente qui fait l'objet de recherches.
Un interrogatoire "policier"
Nez qui coule, toux, yeux qui pleurent, peau qui démange. Autant de signes qui peuvent faire penser à une allergie. Mais qui n’en sont pas forcément. C’est donc à l’allergologue de le déterminer. D’abord par un interrogatoire "policier" très poussé du patient : ses antécédents familiaux, ses symptômes, son habitat, sa profession, ses hobbies. "Si par exemple la personne concernée fait du sport, si elle se met quelque chose sur les mains ou le textile qu’elle porte." Et en fonction de cet interrogatoire, "on va guider nos tests, soit d’allergies immédiates, soit retardées. Et la corrélation entre les deux va nous permettre d’établir un diagnostic d’allergie." résume le spécialiste.
Une éviction pas toujours possible
Quoi faire une fois le diagnostic établi ? Premier réflexe : éviter de s’exposer à l’allergène. Mais en pratique, ce n’est pas aussi simple. "D’abord, parce que si l’allergène est dans l’air, on ne va pas s’empêcher de respirer ou rester enfermé douze mois sur douze." prévient l'allergologue. Défaut aussi d'information en matière alimentaire : "Une grande majorité de la restauration ne pratique pas l’affichage obligatoire des allergènes. Et quand vous allez chez des copains ou pour un goûter d’anniversaire, les gens peuvent ne pas être au courant. Il peut y avoir une noisette qui traine. Le risque zéro n’existe donc pas."
Quand il y a urgence
Un risque qui peut devenir mortel, avec le fameux choc anaphylactique. Cette réaction brutale et généralisée de l’organisme qui accélère le cœur et bloque les voies respiratoires. Seul recours : l’injection immédiate d’adrénaline, hormone qui va bloquer très rapidement la libération d’histamines, à l’origine de cet emballement. Un médicament qui se présente sous forme de stylo, que l’on peut piquer directement sur la cuisse à travers le tissu d’un vêtement. A condition de l’avoir toujours à proximité. Ce qui n’est pas toujours le cas. Selon l’AFPRAL*, 22 % des personnes concernées ne l’auraient pas sur elle et 55 % des parents auraient peur de l’administrer à leurs enfants …
Des traitements chroniques
Si aujourd'hui encore, aucun médicament ne permet de guérir complétement d’une allergie, des médicaments existent pour atténuer les symptômes, comme les anti- histaminiques, les corticoïdes et broncho dilatateurs. Dans les cas les plus invalidants, on peut proposer l’immunothérapie allergénique, plus couramment appelée '"désensibilisation". Le principe ? "Un peu comme la vaccination." détaille le Dr Cottet. "Il s'agit de réhabituer le corps en l’exposant à l’allergène par doses progressives et quotidiennes sous la langue." Une technique utilisée pour les allergies respiratoires, notamment les pollens ou acariens. Mais aussi alimentaires, comme pour le lait, la cacahuète ou les œufs.
Une "épidémie" qui continue de progresser
Reste que les cas d'allergies augmentent : 25 à 30 % de la population mondiale aujourd’hui, une sur deux, estime-t-on d’ici 2050. Comment l’expliquer ? Selon l'allergologue, il y a plusieurs raisons : "de plus en plus de parents allergiques et donc, mathématiquement, plus d’enfants allergiques". Mais aussi le dérèglement climatique : "Plus il fait beau longtemps, plus les plantes pollinisent. Or, aujourd'hui, ce pollen est devenu plus concentré dans l’air et rendu plus agressif par la pollution." Conséquence : "Là ou on avait seulement des rhinites ou de la conjonctivite, on a aujourd’hui des pollens qui vont plus loin dans les bronches et provoquer de l’asthme."
Evolution aussi coté alimentaire, lié au mode de consommation : avec l’introduction d’aliments nouveaux, non issus du territoire français, comme le kiwi, banane, sésame, sarrasin, mais aussi les essences végétales exotiques, sans oublier les plats ultra transformés, qui augmentent également les sources d’allergies.
Un congrès pour faire le point
Impact du réchauffement climatique, études sur le microbiote intestinal, avancées thérapeutiques, personnalisation des traitements, autant de sujets au programme du 21e Congrès Francophone de l’allergologie, qui se tiendra à Paris du 21 au 24 Avril, en présence de 3000 experts internationaux. Sera notamment présenté un projet d’algorithme basé sur l’intelligence artificielle permettant de prédire, à partir de millions de données déjà collectée, les risques d’allergies et de sévérité dès le plus jeune âge.
En attendant de consacrer un jour l’allergie comme grande cause nationale, deux priorités pour le Dr Cottet : mieux former les généralistes : "30 % de nos consultations concernent des patients non allergiques, faute de bonne orientation." Et surtout, continuer à diffuser l’information au grand public, comme quoi que l’allergie n’est pas à prendre à la légère. Une autre histoire de sensibilisation ...
A suivre aussi dans cette émission : qu'appelle-t-on "allergies croisées" ? Et les astuces de Pascale Couratier, pour faire face à l'allergie au pollen.
Pour aller plus loin :
*L’AFPRAL : Association Française de prévention des allergies. Créée il y a 35 ans, cette association fournit des informations validées sur les différents types d’allergies, traitements et conseils pour mieux les vivre au quotidien. A retrouver sur : AFPRAL. Elle propose aussi en service une ligne téléphonique d’écoute : 01 70 23 28 14, du lundi au vendredi , de 8h à 11h.
SFA: Société Française d'allergologie. Elle propose notamment des vidéos pédagogiques et humoristiques Scènes d'allergo pour expliquer certains concepts et faire le tri sur les idées reçues.


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