Le salon Wine Paris ouvre ses portes dans un marché du vin en crise
Entre changement climatique, tensions commerciales internationales ou encore nouvelles pratiques sans alcool, le vin est aujourd’hui un secteur en crise. Et c’est dans ce contexte que se déroule le salon Wine Paris du 9 au 11 février, véritable salon international de référence de la filière viticole. En 2025, l’événement a réuni 52.622 visiteurs et près de 5.400 exposants.
© Philippe Labeguerie pour Wine ParisPorte de Versailles à Paris, Emmanuel Macron inaugure lundi 9 février le salon Wine Paris et souhaite défendre cet "art de vivre à la française", bousculé par la guerre des droits de douane. "La France, c'est le pays du vin. (...) il faut être fier de ce qu'on est". La dernière inauguration présidentielle de Vinexpo Bordeaux - prédécesseur de Wine Paris - remontait à 2015, par François Hollande. Celle de 2026 intervient dans un contexte difficile pour la filière du vin. "On reste combatif", a répondu un responsable au chef de l'État, qui demandait si "le moral est bon".
Le vin, un secteur qui bouchonne
Les droits de douanes demeurent la première préoccupation du secteur depuis le retour à Washington de l’homme d'affaires américain Donald Trump. Pourtant, ce sont environ 2,4 milliards d’euros de vin et 1,5 milliard d’euros de spiritueux qui se sont écoulés aux États-Unis en 2024. Ce marché ne représente pas moins de 25 % des exportations de la France. Le président Emmanuel Macron a pourtant insisté sur le besoin de défendre le produit au-delà de l’Hexagone : "Un des points clés, c'est de bien exporter en Europe, de le défendre à l'international quand il est attaqué par des pratiques qui sont agressives et puis d'aller conquérir de nouveaux marchés", a-t-il insisté, en citant l'Inde, le Canada ou le Brésil. Paradoxalement, alors plus de 9 Français sur 10 considèrent le vin comme une "partie de l’identité culturelle de la France", selon un sondage de l’Ifop pour Vin et Société, la consommation ne cesse de diminuer. Dans les années 1960, la consommation avoisinait les 200 litres par an et par personne, tandis qu’aujourd’hui, un Français ne consomme plus que 80 litres par an.
Il devient très difficile de prévoir et de s’adapter.
À cette baisse de la consommation s’ajoute un facteur désormais central : le dérèglement climatique. Les repères traditionnels du métier de vigneron sont en train de disparaître. "Avant, sur dix millésimes, on en avait trois exceptionnels. Aujourd’hui, il devient très difficile de prévoir et de s’adapter", explique Erica Zuccarello, experte en patrimoines viticoles et gastronomiques, vigneronne au domaine La Taillade à Lendou-en-Quercy (46). Gels tardifs, sécheresses, canicules, épisodes extrêmes : la vigne est de plus en plus exposée. Cette instabilité pousse d’ailleurs certains producteurs à revoir leurs pratiques, parfois en revenant à des formes de polyculture, abandonnées avec la PAC et la spécialisation agricole du XXᵉ siècle.
Réponse de l'État, montée du sans alcool
Une enveloppe de 130 millions d'euros
Face à l’ampleur de la crise, l’État a annoncé un plan de soutien de 130 millions d’euros pour la filière viticole pour "rééquilibrer l’offre et de restaurer la viabilité des exploitations en difficulté dans les bassins les plus fragilisés". Le plan prévoit de nouvelles mesures “d'allégement des charges sociales” : alors que cinq millions d’euros ont été débloqués en novembre pour la prise en charge des cotisations sociales, la viticulture bénéficiera à nouveau d’allégements de charges l’année prochaine à hauteur de 10 millions d’euros, selon le ministère. Une aide jugée nécessaire, mais insuffisante pour Erica Zuccarello : "c'est une aide bienvenue, mais ce sont surtout des réponses à court terme".
La montée en puissance du vin sans alcool
Dans ce contexte de crise globale, le vin sans alcool s’impose comme l’un des sujets les plus clivants. Pour certains, il représente une réponse pragmatique à l’évolution des habitudes de consommation. Pour d’autres, il constitue une rupture profonde avec l’identité même du vin. "Le vin est par définition un produit alcoolisé issu de la fermentation du raisin", rappelle Erica Zuccarello. Pour la vigneronne, la consommation se transforme par un effet social, comme l'illustre le concept annuel de Dry January – événement qui s’étend sur le mois de janvier et qui consiste à ne pas boire d’alcool sur toute cette période. "Le vin, ça ne se boit pas tout seul. C’est le symbole de la communion, du partage", assure-t-elle, avant de concéder néanmoins : "Ce serait anormal de ne pas satisfaire une demande qui est évidente".
Cette année, le salon Wine Paris a d’ailleurs créé l’espace Be No, réservé aux producteurs artisanaux et industriels de vins, spiritueux, bières et cocktails sans alcool.




