Violences sexuelles. « L’Eglise doit vivre avec ses blessures »
Ce samedi 30 mai, le diocèse d’Angers va organiser une cérémonie de reconnaissance, de repentance et de pénitence à 14h, place du parvis Saint-Maurice à Angers. Une plaque sera dévoilée pour aider les victimes de l’abbé Hyacinthe-Marie Houard, décédé en 2012, à se reconstruire. On en parle avec Cécile de Vitton, déléguée diocésaine à la protection des personnes vulnérables.
Image par Pexels de PixabayRCF Anjou : Cécile de Vitton, qui était Hyacinthe-Marie Houard ?
Cécile de Vitton : C’était un prêtre né en 1927 à Étables-sur-Mer, dans les Côtes-d’Armor. Il a été ordonné à Saint-Brieuc et est arrivé à Angers en 1963, où il a été nommé aumônier des étudiants à l’Université catholique d’Angers. Il semblerait qu’il soit arrivé ici alors que des faits avaient déjà été signalés en 1962 au collège Saint-Charles de Saint-Brieuc. Ensuite, il a cofondé l’IRCOM en 1984. Il est mort en 2012.
RCF Anjou : C’est quelqu’un qui avait une influence importante dans le milieu catholique angevin ?
« Oui, tout à fait. C’était un homme qui savait utiliser ses réseaux pour être suffisamment indépendant, y compris financièrement, et vivre un peu sa propre vie, en marge du diocèse. Ça commence toujours comme ça : il n’y a pas de violence sexuelle sans emprise. Il savait très bien y faire. »
RCF Anjou : Les révélations concernant les abus sexuels arrivent après sa mort, à partir de 2016-2017.
« Oui. On pense que les premières dénonciations datent de 2016. C’est très difficile de dénoncer un personnage aussi installé dans la société tant qu’il est vivant. Certaines victimes ont essayé de se manifester auparavant. Il y a eu des dénonciations anonymes. Mais quand on porte une révélation comme celle-là, on sait par quoi ça commence, sans savoir comment ça va finir. Ça bouleverse toute une vie. »
RCF Anjou : Est-ce qu’on sait aujourd’hui combien de victimes il aurait faites ?
« Vingt-cinq témoignages ont été recueillis par la cellule d’écoute mise en place par le diocèse en 2021. »
Cette cérémonie est une étape de reconnaissance
RCF Anjou : L’abbé Houard étant mort en 2012, il n’a jamais pu être jugé. Est-ce que cette cérémonie joue un rôle particulier pour les victimes ?
« Oui. On pense que cette cérémonie constitue une étape vers la reconstruction, même si rien n’est terminé. Il n’y a pas de consensus parmi les victimes. Certaines ne veulent pas de cette cérémonie. D’autres ne souhaitent pas qu’une plaque commémorative soit installée. »
RCF Anjou : Une plaque sera déposée samedi. Pourquoi ne portera-t-elle pas le nom de Hyacinthe-Marie Houard ?
« La plaque sera simplement déposée à la cathédrale le 30 mai. Elle ne sera pas fixée immédiatement, car nous attendons encore l’autorisation de la DRAC, la cathédrale étant un monument public. Elle ne portera pas le nom de Houard, car on ne peut pas installer de plaque commémorative nominative dans un lieu public concernant une personne qui n’a pas été condamnée par la justice. »
L’Église doit vivre avec ses blessures
RCF Anjou : À quoi peut servir cette plaque pour les victimes ?
« Certaines victimes n’en veulent pas, d’autres auraient souhaité qu’elle mentionne son nom. Mais pour certaines personnes, ce sera une façon d’être reconnues, prises dans les bras par l’Église. Cette plaque représente une forme de reconnaissance. Il y aura aussi un QR code qui permettra, au fil du temps, d’ajouter des contenus autour de la parole des victimes.
Leur parole a quelque chose à dire à notre Église aujourd’hui, et encore pour longtemps. Et elle aura quelque chose à nous dire jusqu'à la fin des temps. Le Christ, quand il ressuscite, il ressuscite avec ses blessures. On ne les a pas effacées. Eh bien les blessures de ces personnes victimes, on peut pas les effacer non plus. L'Église doit vivre avec. »
Certaines victimes resteront en colère
RCF Anjou : Dans Le Courrier de l’Ouest aujourd'hui, une victime prénommée Mathilde estime qu’ une plaque, c’est un moyen un peu trop facile de s'en sortir pour le diocèse. Vous comprenez cette réaction ?
« Oui, parfaitement. Sa parole est entendable. Je sais que certaines victimes seront déçues, frustrées, peut-être encore en colère après cette cérémonie. Chacun avance sur un chemin différent. On ne pourra jamais satisfaire tout le monde. Mais Mgr Delmas, l'évêque d'Angers, demandera pardon au nom de l’Église. C’est important, parce que l’Église a commis des erreurs dans le traitement de ces affaires. »
L’Église a caché des choses
RCF Anjou : Les évêques de l’époque ont-ils une responsabilité dans ce qui s’est passé ?
« Il est difficile aujourd’hui de désigner des responsabilités individuelles précises, notamment parce qu’on n’a pas retrouvé certaines archives à Saint-Brieuc. Mais oui, l’Église, en tant qu’institution, s’est trompée. Elle a fait des erreurs. Elle a caché des choses. Et cela sera dit samedi. L’abbé Houard était incardiné à Saint-Brieuc, mais il ne s’agit pas aujourd’hui de se renvoyer les responsabilités entre diocèses. »
RCF Anjou : Pourquoi certaines victimes parlent-elles parfois très tardivement ?
« Parce que le cerveau protège les personnes victimes. Cela s’appelle l’amnésie traumatique. Certaines personnes ne se souvenaient plus précisément de ce qui leur était arrivé. Il faut souvent des années de thérapie et d’accompagnement avant de pouvoir mettre des mots sur les faits. Depuis un an, avec la cellule d’écoute, notre travail consiste à écouter, reconnaître et accompagner la parole des victimes. »
Le magazine L'actualité chrétienne en Anjou sera consacré à cette cérémonie cette semaine. Vous pourrez y entendre des témoignages de victimes de l'abbé Houard. Diffusion sur l'antenne d'RCF Anjou les vendredi 29 mai à 18h25 et samedi 30 mai à 9h03. Disponible en réécoute après sa diffusion en direct.


Du lundi au vendredi à 9 heures RCF Anjou vous propose un entretien sur un sujet d'actualité.
