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Violences à Bétharram : briser le silence, un acte de réparation. Les témoignages des victimes

Violences à Bétharram : briser le silence, un acte de réparation. Les témoignages des victimes

RCF Bordeaux, le 14 décembre 2023  -  Modifié le 15 décembre 2023
Le Journal local Violences à Bétharram : deux anciens élèves brisent le silence sur RCF Bordeaux

Bétharram ! Ce simple nom symbolise pour de nombreuses personnes des sévices, des humiliations, voire des faits encore plus graves comme des agressions sexuelles. Ces actes se sont déroulés entre 1968 et 2000 dans le collège et lycée privé Notre-Dame de Bétharram (Béarn), tenu par des religieux du Sacré Cœur de Jésus.

Aujourd’hui les élèves témoignent et brisent le silence. Rencontre avec deux d’entre eux : Pascal Gély, ancien élève et Alain Esquerre, à l’origine d’un groupe Facebook créé au mois d’octobre « Les anciens du collège et lycée de Betharram, victimes de l'institution ».

Bétharram ©Wikipedia Bétharram ©Wikipedia

RCF Bordeaux : Quels sont vos souvenirs de Bétharram ?

Alain Esquerre : J'ai de nombreux souvenirs de Bétharram et pas forcément de bons souvenirs de cette institution que j'ai fréquentée de 1981 à 1986 alors que j'avais entre dix et quatorze ans. J'habite à côté de l'institution et j'y ai vécu la terreur. Ça a été particulièrement une époque compliquée pour moi puisque je m'y rendais avec mon petit vélo tous les matins et j'avais vraiment l'impression de rentrer en enfer et de repartir le soir vers le paradis, c'est à dire la maison. Je n'arrivais pas à parler de ce que je subissais dans l'établissement : des brimades, des humiliations, des coups. Je n’ai pas de problème avec une claque pédagogique quand elle est méritée. Ce que j'ai vécu à Bétharram, c'est tout autre chose. J'ai vu des visages d'enfants ensanglantés, des coups qui étaient portés avec une violence inouïe, occasionnant d'ailleurs des pertes auditives, comme en 1997, quand un parent d'élève a déposé une plainte contre l'établissement ; des coups de pieds, des coups de règle, des arrachages de touffes de cheveux, des mises sur le perron - les internes, parfois, y passaient toute la nuit en slip, avec des températures négatives - des courses pieds nus dans la neige, des humiliations collectives dans les dortoirs. Pour moi, ce n’est pas le message de l'Eglise de s'occuper des enfants de cette façon là et c'est pour ça aussi que j'ai créé ce groupe. Avec les témoignages que j'ai aujourd'hui, on peut parler aussi de viol, des actes de pénétration sur des enfants de 10 à 11 ans. Je pense que le scandale de Bétharram ne fait que commencer. Les Pères de Betharram, en fait, ont été dans le déni et c'est ça qui a légitimé la violence, y compris les attouchements.

J'ai vu des visages d'enfants ensanglantés


RCF Bordeaux : Pascal Gély Vous avez passé un an à Bétharram en 1988. Vous partagez le témoignage d’Alain Esquerre ?


Pascal Gélie : En fait, je le partage. J'en ai vécu une partie, pas au même âge parce que Alain était enfant. Moi j'étais un jeune adolescent de quatorze ans. Je venais de voir le Cercle des poètes disparus et j'ai dit « Je vais aller vivre la même aventure à Bétharram, dans cette institution d'élite ». Dès le premier soir, j'ai compris que je venais de faire la plus grosse erreur de toute ma vie, parce que moi j'avais été habitué, ancien élève de Tivoli, à une espèce de normalité. Et là, en fait, il y a un esprit, il y a un sentiment carcéral.

 

La justice des hommes ne pourra pas tout réparer et on vient y apporter de la charité, de l'amour pour aller vers de la réconciliation   

 

On est dans une action pour briser le silence, pour accueillir les témoignages des victimes, des victimes de violences sexuelles, des victimes de violences physiques. On a tous en commun une espèce de boule au ventre qu'on avait le dimanche soir quand on réintégrait l'établissement. Aujourd'hui, avec les évêques de France, on est exactement dans la même démarche. On part des victimes. Alors effectivement, peut être que la justice des hommes est un passage obligé, mais la justice des hommes ne pourra pas tout réparer et on vient y apporter de la charité, de l'amour pour aller vers de la réconciliation pour aller vers de la consolation.
 

Aujourd'hui, avec les évêques de France, on est exactement dans la même démarche.


RCF Bordeaux : Est ce que vous attendez une réponse aussi de la part des religieux du Sacré-Cœur de Jésus ou de l'Eglise, quelque chose de plus officiel ?

Pascal Gélie : Alors déjà, de la part du Père Bacho (NDLR vicaire régional des prêtres du Sacré Coeur de Jésus), on peut saluer le fait qu'effectivement, dans une lettre adressée à une des victimes indemnisées par la CIASE (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église) il accuse réception de la douleur, il nous partage sa honte. Il souligne aussi qu'il y a eu des des bonnes choses à Bétharram. On le souligne aussi avec Alain. Encore une fois, je le dis, on n'est pas contre Bétharram, on est contre les personnes qui ont intégré l'établissement entre 1968 et 2000 et qui ont sali l'institution. Mais j'invite le maire honoraire, Michel Bouyrie, j'invite le directeur actuel, Romain Clercq, à ouvrir les portes de Bétharram, les archives, à ouvrir leurs bras simplement pour accueillir les victimes. Ce n'est pas pour de l'argent, la justice des hommes ne va pas tout réparer. Ce qu'elles veulent c'est être entendues, crues, reconnues et qu'elles puissent tourner la page. Or je ne suis pas sur que Michel Bouyrie, Romain Clercq, dans leur réponse dans la presse, aient pris la mesure des choses, qu'ils aient compris aussi notre action. On n’est pas contre eux, on est avec eux et on est avec les évêques de France pour partir des victimes. Voilà, il faut qu'on soit tous ensemble, simplement pour dire « oui, Bétharram, c'était pas que ça, mais c'était aussi ça. »

 

On n'est pas contre Bétharram, on est contre les personnes qui ont intégré l'établissement entre 1968 et 2000 et qui ont sali l'institution.

 

Il ne faut plus que ça recommence, à la fois pour les autres tharram de France et c'est pour aider les enfants d'hier, d'aujourd'hui et de demain à dire, quand il se passe quelque chose qui n'est pas normal : "Ne le gardez pas pour vous, vous n'y êtes pour rien. Vos parents vous aimeront toujours pour ce que vous êtes et parlez en à l'adulte qui est à côté de vous". C'est ça aussi le sens de notre action.


Site Facebook :   Les anciens du collège et lycée de Bétharram, victimes de l'institution 

Mail :                    victimesdebetharram@gmail.com

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