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Vin sans alcool : pourquoi divise-t-il autant les amateurs de vin ?

Vin sans alcool : pourquoi divise-t-il autant les amateurs de vin ?

Un article rédigé par Hugo Bauer et Melchior Gormand - RCF, le 9 février 2026 - Modifié le 9 février 2026
Je pense donc j'agisLe vin français, entre héritage culturel et nouvelles tendances

Depuis quelques années en France, la consommation de vin décline autour de 80 litres par an et par personne, tandis qu’en 1960 la consommation avoisinait les 200 litres. Aujourd’hui, cette tendance s’accompagne d’une nouvelle consommation : celle d’un vin sans alcool. Malgré un engouement en hausse, le vin désalcoolisé pose question sur son appellation de "vin", et son rapport à l’élément social est lui aussi interrogé.

Le vin sans alcool, en pleine expansion © FreepikLe vin sans alcool, en pleine expansion © Freepik

Du 9 au 11 février 2026 à Paris, le salon Wine Paris ouvre ses portes aux professionnels internationaux du vin. Un rendez-vous particulièrement attendu alors que les spiritueux du genre sont régulièrement menacés de taxes et tarifs douaniers par le président américain Donald Trump qui en a fait l’un de ces fers de lance économique depuis sa réélection en janvier 2025. Le secteur est également fortement impacté par le changement climatique, qui perturbe les vendanges depuis plusieurs années, ainsi que par l’évolution des habitudes de consommation.

En effet, le rapport à la boisson "désalcoolisée" ne cesse d’intéresser. Selon la dernière enquête menée par Seeds pour le compte de Moderato, pure-player du vin sans alcool, 1 Français sur 5 (19 %) se déclare consommateur de vin sans alcool. Parmi eux, les adultes de 35-49 ans sont les plus nombreux (57 %) à se déclarer intéressés par la consommation du vin sans alcool.

Un vin sans alcool est-il du vin ?

Juridiquement et historiquement, cette boisson est issue de la fermentation du raisin, donc alcoolisée. "C’est curieux d’observer qu’on a besoin d’un produit qui s’appelle vin, mais qui correspond à des nouvelles pratiques de consommation", témoigne Erica Zuccarello Ferrari, vigneronne et experte en patrimoine viticole et gastronomique. Une contradiction interne, en somme, qui brouille les frontières entre vin, jus, boisson fermentée et produit transformé. Cette définition hasardeuse pour cette vigneronne du Lot, va jusqu’à s’accompagner d’une dénaturation de la boisson : "personnellement, je préfère me diriger vers une boisson fermentée comme le kombucha plutôt qu’un vin qui a été, entre guillemets, traumatisé ou privé d’une partie de son âme"

Un vin, c’est forcément alcoolisé puisque c’est issu d’une fermentation. 

Pour autant, le vin ne consiste pas forcément à du raisin seul. Pour Samuel Leturcq, maître de conférences en histoire médiévale à l'Université de Tours, les pratiques actuelles sont bien plus proches de ce qui pouvait déjà existé plusieurs siècles auparavant : "un vin, c’est forcément alcoolisé puisque c’est issu d’une fermentation. Mais en réalité, on pouvait totalement réduire l’effet de l’alcool en mettant de l’eau [...] Les vins mélangés à d’autres boissons, consommés en cocktail ou non alcoolisés, ce sont exactement les pratiques de consommation des gens du Moyen Âge".

Autrefois bon pour la santé, aujourd’hui socialement structuré

Sans associer le vin à un élément bon pour la santé, il a autrefois supplanté l’eau car il représentait moins de risques sanitaires. "On boit du vin au Moyen Âge parce que c’est une boisson saine. L’eau, quand on va la chercher au puits, peut être contaminée, le vin, lui, ne l’est pas", raconte Samuel Leturcq. Pour autant, cette vision est aujourd’hui inversée, l’abus d’alcool étant notamment reconnu nocif pour la santé, en témoigne la loi Évin du 10 janvier 1991, relative à la lutte contre l'alcoolisme et le tabagisme. 

Ce serait anormal de ne pas satisfaire une demande qui est évidente. 

Une consommation transformée par l’aspect social. Selon Erica Zuccarello, le critère de santé ne suffit pas à justifier l’apparition du vin sans alcool et la chute de la consommation. Pour elle, il existe un véritable effet social, à l’image du Dry January, événement qui s’étend sur le mois de janvier et qui consiste à ne pas boire d’alcool sur toute cette période. Pour la vigneronne, "le vin, ça ne se boit pas tout seul. C’est le symbole de la communion, du partage". Boire du vin, c’est ainsi avant tout partager, conserver un geste, même si la substance se voit transformée, voire annihilée comme pourrait l’exprimer les puristes. "Ce serait anormal de ne pas satisfaire une demande qui est évidente. Les produits sans alcool ne sont pas adressés à des gens qui ne boivent pas, mais à des gens qui ne peuvent pas en consommer à certains moments", résume Erica Zuccarello. Le vin, contrairement à d’autres spiritueux ou alcool serait alors défini par un réel attachement au geste de la table, historiquement par l’aspect religieux (le pain et le vin).

 


 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

© RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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