JavaScript is required
Accueil
Vignerons indépendants : entre climat et consommation, une adaptation constante

Vignerons indépendants : entre climat et consommation, une adaptation constante

Un article rédigé par Pauline de Deus - RCF Ardèche, le 13 avril 2026 - Modifié le 13 avril 2026

Les Vignerons indépendants représentent près de 60 % de la production viticole française. À l’occasion du démarrage de la saison, Quentin Régis, président des Vignerons indépendants en Ardèche, installé à Beaulieu, nous parle des enjeux du secteur. Entre contraintes climatiques et tendances de consommation.

Grappe de raisin ©PixabayGrappe de raisin ©Pixabay

RCF : comment la consommation de vin a-t-elle évolué ces dernières années ?

Quentin Régis : « La consommation a beaucoup évolué depuis une cinquantaine d'années. Il y a eu une belle période liée au boom économique qui a suivi les Trente Glorieuses. Dans les années 90, il y a eu une diminution, puis une reprise au cours des années 2000, 2010. Et de nouveau, depuis une quinzaine d'années, la consommation diminue de façon assez régulière. 

Il y a une tendance à ce qu'on appelle de la premiumisation de la consommation, c'est-à-dire que les consommateurs vont consommer moins, mais sont prêts à mettre un peu plus cher dans les bouteilles. Ce qui est très important, c'est de bien le vendre, c'est-à-dire dans un endroit sympathique, avec un accueil chaleureux, etc. Si vous mettez tout ce qui va bien autour du produit, il y a possibilité de vendre des vins avec de meilleures conditions commerciales. »

Quels changements observez-vous dans la vigne avec l’accélération du dérèglement climatique ?

« C'est toujours un peu compliqué de dire de façon certaine ce qui a changé… Il est clair qu'il y a une évolution, mais ce n'est pas une évolution régulière. Par exemple, certaines années les vendanges vont être très anticipées. Et puis, d'autres années, on revient sur des choses un peu normales. Mais globalement, en 25 ans, j’ai pu constater une avancée des vendanges et surtout, une montée des degrés des vins qui sont produits. Il y a 30-40 ans, les vins étaient autour de 12,5 degrés et aujourd'hui, on est plutôt à 13,5. Et, bien sûr, on essaie de s'adapter. On plante des cépages un peu plus tardifs, on adapte aussi les pratiques pour faire en sorte que le degré monte un peu moins vite, etc. »

 

Emissions spéciales - RCF Ardèche et RCF DrômeViticulture en Ardèche : quelles adaptations aux nouveaux défis ?

La consommation subit la dynamique inverse : les consommateurs ont tendance à se tourner vers des vins moins forts en alcool ?

« Exactement, c’est une tendance assez récente. Ça donne naissance à des nouveaux produits, on appelle ça des no-low, pour des produits sans alcool, ou low pour des produits avec un niveau d'alcool un peu plus faible. Ce sont des choses assez récentes. On sent qu'au niveau de la clientèle, il y a une demande pour ces produits. Il y aura toujours des vins classiques à 12, 13, 14 degrés d'alcool. Mais progressivement, je pense que de plus en plus de producteurs vont se mettre à faire des produits adaptés sur des vins à 7, 8 degrés, voire sur des vins désalcoolisés. Je sais qu’il y a des essais qui sont faits à ce niveau-là et qui sont assez concluants en termes commerciaux. »

Le savoir-faire pour la production de vin sans alcool est-il au point ?

« Je dirais que c'est plus qu'un savoir-faire, parce qu’un vin sans alcool, c'est un vin qui a été désalcoolisé. Pour que ça s'appelle un vin, à un moment donné, il faut que ça ait fermenté. Désalcooliser un vin, ça implique de recourir à des procédés techniques un peu sophistiqués, d'osmose, etc. Il faut des moyens techniques beaucoup plus importants et assez coûteux. C'est des matériels qui valent potentiellement plus de 100 000 euros. Donc effectivement, ça nécessite d'avoir une structure qui puisse faire ce type d'investissement, ou d’avoir recours à des prestataires. »

Dans ce contexte de dérèglement climatique, il y a aussi la problématique de l'irrigation. La vigne est une culture historiquement peu irriguée mais qui a de plus en plus besoin d'eau. Comment vous voyez l'avenir de la viticulture dans un contexte de raréfaction de la ressource en eau ?

« Alors c'est vrai qu’historiquement, la vigne est identifiée comme une culture qui n'a pas besoin de beaucoup d'eau. C'est vrai également, là je parle plus spécifiquement pour l'Ardèche, qu'il y a beaucoup de vignes qui sont aujourd’hui irriguées de façon raisonnée. Mais je dirais que c'est une problématique dont on peut aussi s'affranchir en ne cherchant pas à faire des rendements trop élevés. C’est l’avantage pour nous, vignerons indépendants, parce qu’on n’a pas les mêmes obligations économiques de faire de gros volumes. Par exemple, sur mon exploitation, en sud Ardèche, je n'ai aucune vigne irriguée et j’arrive quand même à sortir une production. Donc, on peut s'affranchir de ce problème-là en n'étant pas trop gourmand au niveau des volumes. Cela dit, dans certains cas, pouvoir arroser un petit peu une vigne, c'est vraiment bénéfique, pas uniquement pour le volume mais qualitativement. Ça peut même sauver la plante dans certains cas. »

L'invité du jour ©RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
L'invité du jour (Ardèche-Drôme)
L'invité du jour ©RCF
Découvrir cette émission
Cet article vous a plu ? Partagez-le :

Pour aller plus loin

Suivez l’actualité nationale et régionale chaque jour

Votre Radio vit grâce à vos dons

Nous sommes un média associatif et professionnel.
Pour préserver la qualité de nos programmes et notre indépendance, nous comptons sur la mobilisation  de tous nos auditeurs. Vous aussi participez à son financement !

Faire un don
Qui sommes-nous ?

RCF NOTRE DAME, la radio chrétienne.

RCF NOTRE DAME est née de la rencontre de deux grandes voix de la radio chrétienne en France : RCF et Radio Notre Dame.

Écoutée chaque semaine par 1 350 000 personnes, RCF NOTRE DAME propose une information rigoureuse, des débats exigeants et des programmes qui donnent du sens. Le réseau rassemble 65 radios locales et diffuse ses programmes sur 270 fréquences en France et en Belgique.

Reconnues d'intérêt général, les radios associatives du réseau RCF NOTRE DAME vivent essentiellement grâce aux dons de leurs auditeurs.