VigilanS : un dispositif de veille pour prévenir la récidive suicidaire en Normandie
Expérimenté dès 2016 en Normandie, le dispositif VigilanS permet de garder contact avec les personnes ayant fait une tentative de suicide. Ce dispositif, aujourd'hui généralisé dans toute la France, permet de diminuer les risques de récidive de 38 %.
A Pontorson, une équipe de 8 vigilanseurs appellent les personnes ayant fait une tentative de suicide ©Pexels-CottonbroLe dispositif VigilanS est né d’un constat : les personnes ayant fait une tentative de suicide pouvaient, après leur passage aux urgences, se retrouver seules dans la nature sans suivre de parcours de soins. « Les personnes qui font une tentative de suicide ne sont pas forcément des personnes qui ont une maladie psychiatrique et qui sont déjà dans un parcours de soins », explique le docteur Chiraz Khaber, médecin psychiatre, coordinatrice de l’unité VigilanS au centre hospitalier de l’Estran à Pontorson, dans le sud-Manche. Le centre hospitalier de Pontorson fait partie des lieux où a été expérimenté ce dispositif à partir de 2016.
« Au moment de la tentative, la personne se retrouve dans une sorte de couloir cognitif, qui fait que ce qui est proposé à la sortie n’est pas enregistré. » Le docteur Chiraz Khaber souligne également le frein que représentent le tabou des idées suicidaires et la peur de se tourner vers la psychiatrie. « L’idée de VigilanS, c’était de trouver une solution pour garder un lien avec eux. C’est nous qui allons vers eux pour prendre de leurs nouvelles, pour leur dire qu’on est là et qu’on s'inquiète pour eux. Dans un second temps, il s’agit de les remettre dans un circuit de soins adapté ou de renforcer le lien avec le professionnel de santé. »
Des appels ou des cartes postales pendant six mois
Lorsqu’il y a une tentative, les centres d'urgence envoient une fiche d’information au centre VigilanS. À partir de ce moment-là, une veille est enclenchée. « On les appelle à des moments où il y a le plus de fragilités et donc de risques de réitération. On les appelle entre le 10e et le 21e jour. On va les appeler trois fois. Si on n’a aucune réponse, on envoie une carte postale une fois par mois pendant quatre mois. » À chaque fois, un message est laissé leur proposant de rappeler. Une carte ressource est également remise à la sortie des urgences pour que les suicidants puissent appeler le centre VigilanS à tout moment. « L’idée est d’être ni trop envahissant, ni trop distant. On ajuste notre veille en fonction de la personne, de ses ressources, de son entourage. » Le centre est également en lien avec les professionnels de santé de proximité. Cette veille dure six mois ; elle peut être prolongée ou reconduite s’il y a une nouvelle tentative.
Des personnes peuvent se libérer sur certains sujets par téléphone alors que ça peut être plus compliqué de rencontrer un professionnel en face.
Pour le docteur Chiraz Khaber, coordinatrice de l’unité VigilanS au centre hospitalier de l’Estran à Pontorson, ce contact par téléphone ouvre des portes qui peuvent se fermer lors d’un rendez-vous physique classique. « Des personnes peuvent se libérer sur certains sujets par téléphone alors que ça peut être plus compliqué de rencontrer un professionnel en face. » Au centre VigilanS, il n’y a pas de limite de temps comme chez un professionnel de santé, l’appel peut durer 15 minutes comme il peut durer deux heures. Les « vigilanseurs », comme on les appelle, sont aussi là pour orienter les personnes vers les structures, faciliter l’accès aux soins. « La mission n’est pas juste d’appeler, c’est aussi de répondre à ces personnes qui sont en crise. »
Avec le dispositif VigilanS, 38 % de risque en moins de réitération
10 ans après l’expérimentation, le dispositif VigilanS a fait ses preuves. Une étude de Santé publique France a démontré que par le biais de cette veille on peut réduire la réitération de crise suicidaire de 38%. Au départ lancé à Lille, puis dans cinq régions dont la Normandie, il a été décidé, en 2019, de généraliser ce dispositif à toute la France. Il existe 33 centres aujourd’hui, dont deux en Normandie : à Rouen et à Pontorson. Pour le docteur Chiraz Khaber, la force de VigilanS aujourd’hui est de travailler avec tous les centres d’urgence, avec les 33 centres VigilanS en France, avec le GEPS (Groupement d’étude et de prévention du suicide) et avec le 3114. « VigilanS ne peut pas fonctionner seul ; ça fonctionne dans un filet de sécurité plus élargi. »
3114 : Numéro national pour les personnes en détresse, leurs proches et les professionnels


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