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Vers un droit à manger ?

Un article rédigé par Élodie Fayard - RCF Savoie-Mont-Blanc, le 29 janvier 2026 - Modifié le 30 janvier 2026
Journal Local · RCF Savoie Mont-BlancEdition du jeudi 29 janvier 2026 à 07h01

En France, 8 millions de personnes sont en insécurité alimentaire. Une situation aux ramifications multiples sur la santé notamment mais aussi l'économie de la production agricole. Face à ce constat, le Secours Catholique tenait une journée inédite de travail et réflexion autour de l'alimentation, cette semaine, à Apremont, en Savoie. Une cinquantaine d’acteurs sociaux, agricoles, solidaires, institutionnels et associatifs étaient présents.

8 millions de Français subissent une insécurité alimentaire. © Adobe stock8 millions de Français subissent une insécurité alimentaire. © Adobe stock

Sous le regard brumeux du Granier, ce 27 janvier, dans la Maison de la vigne et du vin d'Apremont, une cinquantaine d'acteurs sociaux, agricoles, solidaires, institutionnels ou associatifs se retrouvent pour travailler sur l'alimentation. Manger, vers un droit ? questionnait le carton d'invitation. Chacun a sa réponse, et vient ici témoigner de la façon dont il réussit, à son échelle, à nourrir ceux qui en ont le plus besoin. 

 "C’est difficile de pousser certaines portes "

Dans l'assemblée : des personnes qui subissent la précarité alimentaire au quotidien, dont la parole renvoie chacun à ses motivations. Sylvie, par exemple, est bénévole au Secours Catholique et bénéficiaire. "L’alimentation est un paysage d'injustice, de créativité, d'innovation sociale et de lutte", disait aussi l'invitation. “C'est sûr que c'est un paysage", réagit-elle. "C’est une situation qui peut arriver à n’importe qui. A tout moment on peut tomber dans des difficultés financières, à la suite d’une rupture ou d’une maladie. C’est difficile de pousser certaines portes, mais on se rend compte que derrière, il y a des gens profondément humains, qui sont là pour nous aider. Le plus compliqué c’est de ne pas savoir combien de temps va durer cette aide alimentaire et quand pourra-t-on enfin sortir de cette situation”, témoigne-t-elle. 

Quatre organisateurs pour une grande première 

Au programme de la journée, deux tables rondes, des ateliers de travail thématiques et une restitution collective. Le Secours Catholique de Savoie, la CAF de la Savoie, la Fédération des centres sociaux des deux Savoie et l’Ecopôle alimentaire en Savoie, se sont unis pour organiser cette rencontre. C'est une première en Savoie, qui part du constat que les structures locales font face à des formes de plus en plus grandes de précarité autour de l’alimentation. “Nous avions le souhait d’étendre notre action qui n’est que parcellaire. C'est pourquoi nous avons uni nos forces à celles du Secours catholique de Savoie afin de répondre à cette question fondamentale : comment collectivement aider ces personnes en précarité alimentaire à accéder à une alimentation de qualité et à reprendre le pouvoir sur leur assiette”, explique Valentin Poncet, chargé de mission alimentation pour la fédération des centres sociaux des deux Savoie. La participation de la Caisse d'allocation familiale est un symbole fort. 

Depuis 2021 la Caisse soutient le développement de paniers solidaires, et s'est lancée en 2025, dans une expérimentation de Sécurité sociale alimentaire. Sur cette nouvelle expérience, baptisée Ssalsa, la Caf s'est associée à la CPAM et à la MSA et à ce jour, environ 500 familles y adhèrent. “Ssalsa propose à des familles 90 euros en plus par mois, en monnaie  alimentaire, qui leur permet d’acheter selon leurs envies, des aliments chez des producteurs ou distributeurs de l’économie locale déjà engagés dans une conduite de changement, notamment dans leur éthique de production des denrées qu’ils proposent”, définit Gennifer Murphy, conseillère thématique enfance jeunesse, à la Caf de la Savoie. L’expérience se poursuit sur 18 mois, avec plusieurs territoires différents (montagne, péri-urbain et urbain) afin de déterminer l’utilité et l’impact de ce projet, avant d’essaimer sur l'ensemble de la Savoie.

Multiplicité de secteurs, d'acteurs et de solutions

Pour Renaud Metereau, chercheur à l’université Paris Cité, derrière un droit à manger, se cache aussi des enjeux liés à la santé, aux inégalités sociales ou encore à l’environnement. Cet économiste, venu à Apremont pour animer une table ronde, travaille sur les transitions des systèmes agroalimentaires, dont le nôtre, "profondément globalisé à l’échelle mondiale, et on voit bien qu’il faudrait changer radicalement de trajectoire. Les initiatives locales doivent travailler à la création d'un commun politique. Nous partageons tous le même constat : chacun devrait avoir la possibilité de manger à sa faim. Mais nous ne croyons pas en les mêmes solutions pour transformer le système alimentaire. Chacun a son point de vue, ses représentations, ses contraintes. Des temps comme celui-ci sont importants pour s’accorder sur la manière dont on pense réussir, à la lumière des exemples d'initiatives locales qui fonctionnent”, développe-t-il.

© Adobe Stock

Des paniers solidaires coordonnés par les centres sociaux
Laurent Leverot administrateur de l'AADEC, association d'animation pour le développement en Chartreuse : "On s’est questionné sur la façon dont nous pouvions contribuer à la transition alimentaire. Nous nous sommes rapprochés de la fédération des centres sociaux pour mettre en place des paniers solidaires. Le principe est simple, un panier d’une valeur de 15 euros, pris en charge en fonction du quotient familial par la CAF. L’association a ouvert cette offre à tout public ce qui permet de financer davantage de paniers aux bénéficiaires de l’aide alimentaire. Fruits et légumes locaux en bio. Sur 40 familles, entre 20 et 25 par semaine bénéficient de tarif solidaire. Mais dès la mise en place, la demande a été forte avec des familles qui avaient un quotient familial très bas et nous étions loin de nous douter qu’il y avait autant de personne dans le besoin d’une alimentation saine ”, précise Laurent Leverot.

© Le Journal Local (RCF Savoie-Mont-Blanc)
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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