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"Une tête de nuage", d'Erri de Luca
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"Une tête de nuage", d'Erri de Luca

RCF,  -  Modifié le 12 avril 2018
Christophe Henning nous présente « Une tête de nuage », le livre d’Erri de Luca, publié chez Gallimard.

Pas un livre d’Erri de Luca qui ne m’échappe. Plus d’une trentaine de livres, et je ne m’en lasse pas. Parce qu’il écrit dans des styles très différentes, romans, essais, nouvelles… Parce que l’écrivain est un personnage, qui se raconte aussi parfois dans ses propres livres, comme avec Trois chevaux ou Montédidio inspiré de son enfance napolitaine et qui l’a fait connaitre des lecteurs français. Après s’être engagé dans quelque mouvement révolutionnaire italien, Erri de Luca a cessé le combat pour vivre au plus près de la réalité ouvrière, à la Fiat, sur des chantiers de BTP… Un vrai personnage de roman qui, un jour, découvre la Bible, décide d’en lire un passage tous les matins, en hébreu dans le texte. Lui qui ne croit pas en Dieu, considère qu’une fois son heure de lecture passée, il a sauvé sa journée. Des années de lecture assidue qui nourrissent une écriture profonde inspirée de l’histoire biblique, comme dans ce livre Une tête de nuage.
 
Il y a douze ans, Erri de Luca avait raconté l’Evangile en un récit court, à partir de l’itinéraire de Marie, dans un livre intitulé Au nom de la mère. Aujourd’hui, c’est Joseph qui est le personnage pivot de l’histoire sainte revisitée. Mais voilà, je dois vous avouer ma déception : le texte – au moins dans sa première partie – est construit sous forme de dialogue banal entre Joseph et Marie, et franchement, on n’y retrouve pas l’intensité poétique, la force dramatique auxquelles Erri de Luca nous a habitués.
Exemple :
Josef : Miriam, il faut partir ;
Miriam : Il se passe quelque chose
Josef : Quelque chose ? Bon sang, il se passe le pire. Hérode envoie égorger les enfants de Bethléem.

Mais j’ai poursuivi la lecture, et il ne faut pas lâcher : quand l’écrivain abandonne la mise en scène, on trouve enfin un texte d’un vraie densité.
 
En quelques phrases le livre est sauvé. Extrait : « la Résurrection est un voyageur, il n’a plus de maison au sein du monde » et encore : « On ne s’approche pas du ciel, comme le prétendait la tour de Babel. Car de n’importe quelle hauteur, le ciel reste lointain et inatteignable ». Peut-être qu’il fallait cela, prendre le risque que Joseph s’efface derrière Jésus, je cite encore : « Sa biographie se fond dans l’ombre immense de son fils. Cela arrive aux humbles pères des créatures grandioses. »
 
Et puis, pour découvrir l’œuvre d’Erri de Luca, ses livres bien sûr, et un essai qui vient de sortir sur cet écrivain : « Erri de Luca, entre Naples et la Bible », écrit par Henri Godard publié chez Gallimard.

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