Une médecin rennaise veut aider un couple de soignants gazaouis à quitter l'enclave
Ils veulent fuir l'enfer de l'enclave palestinienne. Un couple de médecins gazaouis, Yousef Al Farra et Seham Aldali sont prêts à exercer en France dans des déserts médicaux, et attendent une réponse du gouvernement français pour fuir l'enclave. Ce départ, c'est le combat du Dr Catherine Le Scolan-Quéré, médecin à Rennes.
Yousef Al Farra et Seham Aldali, 26 ans, sont tous les deux originaires de l'enclave palestinienne. (Crédit photo: Catherine Le Scolan)Le Dr Catherine Le Scolan-Quéré parle à Yousef Al Farra et Seham Aldali toutes les semaines, voire "tous les jours", pour ne pas qu'ils perdent espoir. Médecin généraliste à Rennes, elle a eu l'occasion de se rendre, plusieurs fois, à Gaza et c'est en fin d'année 2024, alors qu'elle exerce à l'hôpital Nasser de Khan Younès, qu'elle croise le chemin de Yousef Al Farra, jeune médecin gazaoui. "On s'est très bien entendu. On pratique exactement la même médecine, on a les mêmes conduites, on fait les mêmes diagnostics, les mêmes examens complémentaires, alors que, bon, là-bas, ils n'ont pas grand-chose, mais ils s'adaptent avec les moyens du bord. On a gardé le contact ensuite, toutes les semaines, voire tous les jours, et j'ai vécu en direct tout ce que lui a vécu avec son épouse là-bas." Ce qu'elle entrevoit à travers son écran, c'est la guerre, les bombes, la famine. "Il tenait à peine debout" se souvient la soignante. "Il était déjà maigre quand je suis allée là-bas. Mais ensuite, c'était pire, et ils sont épuisés".
J'ai tout laissé là-bas, même un simple thermomètre. À Gaza, il y avait plus de thermomètre. Il n'y avait plus rien.
Soigner sous les bombes
Yousel Al Fara est urgentiste, Seham Aldali est, elle, spécialisée dans, ce qu'on appelle en France, la protection maternelle et infantile (PMI) , au contact des enfants, femmes enceintes ou jeunes mamans. Mais à mesure de l'avancée de la guerre, les conditions de soins sont devenues de plus en plus difficiles. "Tout est détruit, toutes les infrastructures sont détruites. (...)
Moi, quand j'étais déjà là-bas, que je travaillais avec lui, il me disait que déjà, il n'y avait plus de chimiothérapie, quasiment plus de dialyse pour les dialysés, donc, il y avait beaucoup de gens qui mouraient de pathologies chroniques non soignées, il n'y avait pas que les morts par les bombes. (...) J'ai tout laissé là-bas, même un simple thermomètre. À Gaza, il n'y avait plus de thermomètre. Il n'y avait plus rien", raconte Catherine Le Scolan-Quéré.
Au départ, les deux jeunes médecins ne veulent pas quitter Gaza, car "ils ont un rôle à jouer en tant que médecins" rapporte la médecin rennaise. Mais le blocus sur l'enclave aggrave encore les privations de nourriture, et, face à la famine, Yousef Al Farra et Seham Aldali se disent alors prêts à quitter l'enclave. "On a monté un dossier qu'on a déposé au Consulat de France à Jérusalem, une demande de protection internationale. Et pour l'instant on n'a aucune réponse. On nous dit souvent que les gens qui arrivent en France doivent s'intégrer. Là, ils ont la possibilité d'être embauchés, dès leur arrivée dans un hôpital en Ille-et-Vilaine, comme agents de service." Car, en arrivant, ils ne pourront pas exercer en tant que médecins, il leur faut d'abord passer des équivalences pour que leur diplôme soit reconnu. "On ne sait pas ce qui bloque, ni à quel niveau ça bloque", regrette Catherine Le Scolan-Quéré, qui salue toutefois la prise en charge des Palestiniens en France une fois qu'ils ont quitté l'enclave. "L'État français les évacue
très humainement, on n'a rien à dire là-dessus", salue-t-elle.
Mais le combat n'est pas terminé pour ces deux médecins qui ont, conclut la soignante rennaise, "une urgence à vivre et à survivre."



