Un week-end de commémorations en hommage au Père Jacques Hamel
À l’heure où l’Eglise catholique et au-delà, la République toute entière faisait mémoire les 25 et 26 juillet dernier des 10 ans de l’assassinat du père Jacques Hamel, comment ne pas être marqués par les flots de paroles et d'images dans les médias venus commenter ce tragique évènement qui ôta la vie au Père Jacques Hamel le 26 juillet 2016 ? Et cet article ne fait pas exception. À ceci près peut-être que le père Jacques était de notre diocèse, celui de Rouen. Retour sur ces deux jours de commémorations.
Lors de la marche silencieuse dimanche 26 juillet au matin entre le presbytère et l'église Saint-Etienne ©RCF NormandiePrêtre auxiliaire dans la paroisse de Saint-Etienne du Rouvray, Le père Jacques Hamel s’apprêtait au matin du 26 juillet 2016 à partir en vacances, avec sa famille, sa soeur Roseline et ses neveux. Ce qui se passa au dedans de l’église Saint-Etienne est indescriptible, d’une violence sans nom… Le père Jacques recevra 48 coups de couteaux. Deux jeunes djihadistes mettent en scène son martyre, obligeant un paroissien, Guy Coponet à filmer la scène. Les deux assaillants seront abattus en sortant de l’église.
La paix plus forte que la haine
À l’horreur succèdent dans les heures qui suivent, la stupeur, l’effroi, et la colère, que Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen confiera avoir ressentie. Pourtant, très vite un élan de fraternité, de paix se fait jour. Nulle émeute, nulle violence. Pas même de tentative à l'encontre de la famille de l’un des assaillants, qui était un enfant du pays… Au contraire, des messages de soutien, d’affection du monde entier affluent, se multiplient. Ils font l’effet d’un baume bienfaisant sur le cœur de la communauté paroissiale, meurtrie. Le temps est venu d’entrer dans l’épais mystère de la passion.
La culture du dialogue
À Saint-Etienne-du-Rouvray, commune ouvrière de la rive gauche de Rouen, marquée par la mixité culturelle, le dialogue entre les communautés a toujours existé. La preuve s’il en fallait une, un terrain cédé par la paroisse il y a quelques décennies pour y bâtir la mosquée de Saint-Etienne. Les prêtres qui se sont succédé au service de cette paroisse ont tous largement contribué à nourrir ce dialogue, à l’exemple du Père Pierre Belhache, actuel responsable du dialogue avec les musulmans. Aussi était-il logique, ce samedi 25 juillet 2026 d’ouvrir le programme de cet anniversaire par une rencontre interreligieuse. Une centaine de personnes étaient présentes dans la salle de la paroisse, pour un temps d'échanges entre musulmans et catholiques sur le thème de l’éducation.
de gauche à droite : Marwan Yousfi, éducateur au Havre, Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, Mohammed Karabila (au micro), président en 2016 de la mosquée de Saint-Etienne du Rouvray, Bachar El Sayadi, imman de la mosquée de Rouen et le Père Pierre Belhache, responsable des relations avec les musulmans pour le diocèse de Rouen ©RCF Normandie
Un public nombreux venu pour ce temps de rencontre sur le thème du défi de l'éducation ©RCF Normandie
Mgr Dominique Lebrun avec Pierre Belhache et les deux intervenants de la rencontre : Marwan Yousfi musulman et Gabriel Moba catholique ©RCF NormandieUne exposition “Vie et ministère du Père Jacques Hamel” a été ensuite inaugurée dans l’après-midi dans la cathédrale Notre-Dame de Rouen qui restera visible tout l'été. Sept panneaux qui retracent les origines, la vocation et le ministère du Père Jacques Hamel. Puis, à 19h une veillée mémoire “Jacques Hamel en parole et en acte” mêlant textes et musique a permis d’entrer dans le temps du recueillement.
Un dimanche d’hommage national
Dimanche 26 juillet au matin, après un temps d’accueil en mairie, le maire de Saint-Etienne, Joachim Moyse a inauguré le parvis Jacques Hamel devant l’église, et dévoilé une plaque nominative. Puis ce fut à 11h le temps de la messe dominicale, retransmise par le jour du Seigneur. Messe présidée par Mgr Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille et président de la Conférence de France. Dans l’église, les vêtements liturgiques que portait le père Jacques lors de sa dernière messe, sont exposés. Son aube, maculée de sang dans une vitrine et dans le chœur, l’étole ensanglantée, posée sur une croix, près de la grande croix du Christ. Si Mgr Dominique Lebrun a hésité à exposer ces reliques, il y a finalement consenti parce que selon ses mots : "c’est la réalité, dans toute sa violence et son horreur. une réalité qu’il ne faut pas esquiver."
Lors de la conférence de presse du dimanche 26 juillet au matin : de gauche à droite : Mohammed Karabila, président de la mosquée de Saint-Etienne-du-Rouvray en 2016, Hubert Wulfranc, ancien maire de St Etienne-du-Rouvray, Joachim Moyse, actuel maire, Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen et Edouard Bénard, député de la circonscription ©RCF Normandie
Un hommage national. Mgr Jean-Marc Aveline, président de la conférence des évêques de France , le Préfet de la Seine-Normandie et de la Normandie Jean-Benoît Albertini et le président français en 2016 : François Hollande ©RCF Normandie
Discours de Joachim Moyse, maire de Saint-Etienne-du-Rouvray au moment du dévoilement de la plaque Jacques Hamel sur le parvis de l'église ©RCF NormandieAprès la messe vint le temps des discours républicains devant la stèle de la paix et de la fraternité, non loin de l'église. Se sont succédés au micro, le maire, Joachim Moyse, le député communiste Edouard Bénard, Mgr Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des Evêques de Frances (la CEF) et le Préfet de la Seine Maritime et de la Normandie Jean-Benoît Albertini. Ce dernier a lu le discours du Premier ministre.
Les assassins du père Jacques Hamel voulaient faire de cette église un lieu de terreur. Elle est devenue un lieu de mémoire, de paix et de fraternité. Leur haine n’a pas gagné.
Sébastien Lecornu - Premier ministre
Sur la tombe du Père Jacques
Enfin dans l’après-midi un dernier temps de recueillement était proposé, sur la tombe du Père Hamel, dans le carré des prêtres au cimetière de Bonsecours. C’est donc dans le silence du défunt que s’est clôturé ce week-end de commémorations. En guise de conclusion, ces mots empruntés au discours du 1er ministre : “Dix ans ont passé. Les assassins du père Jacques Hamel voulaient faire de cette église un lieu de terreur. Elle est devenue un lieu de mémoire, de paix et de fraternité. Leur haine n’a pas gagné”



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