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Violences : un think tank lancé à Lyon pour en mesurer les conséquences

Violences : un think tank lancé à Lyon pour en mesurer les conséquences

Un article rédigé par Anaïs Sorce - RCF Lyon, le 29 juin 2026 - Modifié le 30 juin 2026
L'invité de M Comme Midi · RCF LyonL'association Allegria lance un think tank pour étudier les conséquences des violences

En France, plus de sept femmes sur dix ayant quitté une relation violente déclarent avoir perdu une grande partie de leur entourage. La solitude n’est qu’une des conséquences de la violence que les personnes victimes doivent affronter. 

Les conséquences des violences touchent tous les secteurs de la vie quotidienne - © Felicity Lynn via UnsplashLes conséquences des violences touchent tous les secteurs de la vie quotidienne - © Felicity Lynn via Unsplash

Si les violences font l'objet d'une attention croissante dans le débat public, leurs effets à long terme restent encore largement méconnus. Pour mesurer les implications pluridisciplinaires de la vie après les violences, l’association lyonnaise Allegria a lancé le 24 juin dernier son think tank : un espace de réflexion réunissant chercheurs, professionnels, entreprises et institutions afin de mieux documenter le post-violence sur l'entièreté du quotidien d'un être humain et faire émerger des solutions concrètes au service des personnes concernées.

Ce qu'on appelle l'après-violence est totalement invisibilisé. On travaille beaucoup sur l'urgence, sur la prévention, mais on ne s'intéresse pas du tout aux conséquences des violences à long terme et évidemment, on ne guérit pas des violences, on vit avec. Et en vivant avec, on a besoin d'un réel accompagnement. 

Raphaëlle Girardot, fondatrice et présidente d'Allegria, s’est d’abord concentrée sur les violences sexuelles avant de voir émerger les violences psychologiques, économiques, physiques qui les accompagnent. « Il y a un réel besoin de pair-aidance, de compréhension et d'accompagnement pluridisciplinaire parce qu'un être humain qui a vécu des violences, ce n'est pas qu'un psychique, c'est aussi un émotionnel et un corporel et qu'en l'occurrence, l'émotionnel et le corporel sont complètement bloqués. Ce qui fait que le psychique ne peut pas forcément avancer pour un mieux-être » explique la jeune femme.

Les professionnels de santé parfois « préfèrent ne pas recevoir » les victimes

L’association n’est pas une structure d’urgence mais n’en demeure pas moins inquiète des effets cumulés de la canicule, de la coupe du monde de football et de l’arrivée des vacances, qui créent un terreau particulièrement fertile pour les violences conjugales et domestiques. « Toute chose qui peut mettre le psychique en ébullition peut provoquer des violences et peut faire revenir des souvenirs qu'on pensait enfouis complètement » confirme la présidente de l’association fondée en 2019, à l’aube du premier confinement lié à la pandémie de Covid 19.

En plus d'aider les personnes victimes dans leur reconstruction, l'association lance aujourd'hui une étude pilote pour analyser la gestion du post-violence à partir d’un questionnaire. Objectif : faire évoluer les mentalités auprès des professionnels de santé « à bout de souffle parce qu'ils n'ont plus de créneau pour recevoir les personnes ou tellement apeurés par le sujet qu'ils préfèrent ne pas recevoir les personnes. Ça arrive énormément » car la prise en charge ferait « peur ». 

Silence, on crie1/6 Le rapport de la CIASE : "Enfin, le combat était généralisé"

Les psychologues et les gynécologues ne sont pas les seuls concernés par la problématique. Des gastro-entérologues aux chirurgiens, Allegria souhaite sensibiliser l’ensemble du corps médical dans la prise en charge des violences. « Ils reçoivent forcément des personnes qui ont été victimes et il serait nécessaire de les aider à avoir un premier levier sur la manière de leur parler » justifie Raphaëlle Girardot. Lorsqu’une victime subit une opération, l’anesthésie et la nudité peuvent lever une amnésie traumatique que les médecins ne savent pas toujours prendre en charge. « Si les professionnels de santé étaient tous avertis de ce sujet, peut-être qu'il y aurait dans leur entretien préalable à l'opération ou dans le suivi une question sur le sujet » propose Raphaëlle Girardot, elle-même ancienne victime.

Sensibiliser la société civile à l’après violence

Mais le monde médical n’est que la partie émergée des ambitions de l’association qui collabore avec l’association Arthur la Tortue pour prévenir les violences auprès des enfants. Allegria projette de développer des tables rondes avec les parents pour parler des violences de façon saine. Raphaëlle Girardot rappelle l’importance du vocabulaire pour formaliser les violences : « un bras est un bras, un membre est un membre et le reste aussi et je pense que si on peut parler aux enfants à travers des petits jeux de leur corps, on peut aussi leur faire comprendre qu'ils ont le droit de dire non ». 

Dans son développement, Allegria a créé de nouveaux pôles dédiés aux partenariats et au mentorat en entreprise, affirmant ainsi le rôle des entreprises dans cette prise en charge des suivis de violence.

Les entreprises ont forcément un rôle puisqu'elles sont en permanence avec des êtres humains et ça peut répondre aussi à certaines questions comme un turn-over, des arrêts maladie longue durée sans réponse apparente ou le comportement particulier d'un collègue. Quelqu'un qui, à la machine à café, est perdu dans ses pensées et sursaute quand un collègue arrive derrière, ce n'est pas forcément une histoire de stress, ça peut aussi provoquer une réminiscence.

Grâce au think tank lancé par Allegria, les premiers articles sur le sujet devraient être publiés d’ici six mois dans des revues spécialisées et un premier bilan pourra déboucher sur une phase exploratoire de recherche et d'action de 18 mois en entreprise avant une troisième phase de plaidoyer. 

L'invité de M Comme Midi · RCF Lyon
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
L'invité de M Comme Midi · RCF Lyon
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