Un regard chrétien sur le conflit en Terre sainte
Conférence : « Un regard chrétien sur le conflit et l’avenir de la paix en Terre Sainte » dans l’auditorium du Centre Diocésain, par Mgr William Shomali, évêque auxiliaire de Jérusalem
Mgr William Shomali, évêque auxiliaire de Jérusalem - ©lpj.org📌 Une voix de paix au cœur du conflit
La Terre sainte, berceau du christianisme et lieu de tension millénaire, a été au cœur d’une conférence poignante et inspirante, animée par un acteur clé de l’Église latine en Palestine. Entre témoignages personnels, analyses historiques et appels à la réconciliation, cette intervention a offert un éclairage unique sur les défis des chrétiens en Terre sainte, leur rôle dans le conflit israélo-palestinien, et les pistes pour une paix durable.
Je ne cache pas ma joie d’être parmi vous ce soir. Je me sens en famille. »
« Nous sommes en communion ensemble dans la même foi, la même espérance et la même charité.
🌍 L’Église latine en Terre sainte : une présence minoritaire mais active
Avec seulement 1 % de chrétiens en Palestine, 2 % en Israël et 2 % en Jordanie, l’Église latine de Terre sainte est une minorité au sein d’une région marquée par les divisions. Pourtant, elle joue un rôle crucial, notamment à travers son organisation en patriarcat latin de Jérusalem, une structure historique remontant au Ve siècle.
« Le patriarcat, c’est comme un archevêque, aidé par six vicaires. Nous sommes une petite communauté, mais nous sommes unis. »
Cette Église est aussi multiculturelle : elle accueille des fidèles locaux, mais aussi des travailleurs étrangers (Philippins, Indiens, Africains), souvent très pratiquants, ainsi qu’une communauté hébraïophone à Jérusalem. Une diversité qui reflète la complexité de la Terre sainte, où l’arabe et l’hébreu, langues des antagonistes, sont aussi celles de l’Église.
Les deux langues qui sont les langues des ennemis sont aussi les langues de notre Église.
⚔️ Un conflit multiséculaire : entre histoire, religion et politique
La Terre sainte est en guerre depuis un siècle, mais les racines du conflit remontent bien plus loin. Après la Première Guerre mondiale, la déclaration Balfour (1917) a marqué le début de l’immigration juive massive, intensifiée par l’Holocauste. En 1948, la création de l’État d’Israël par l’ONU a redessiné la carte de la région, laissant 22 % de la Palestine historique aux Palestiniens (Cisjordanie et Gaza).
« Israël couvrait 78 % de la Palestine historique. À côté, il y avait la Cisjordanie, un petit territoire qui a été annexé à la Jordanie. »
Aujourd’hui, le conflit est à la fois politique, territorial et religieux. Les colons israéliens invoquent un droit biblique sur la terre, tandis que les Palestiniens revendiquent un droit historique. Les chrétiens de Terre sainte, souvent pris entre les deux feux, rappellent que les promesses divines ont été accomplies avec la venue du Christ :
La nouvelle terre promise, c’est l’Église. »
« Ce conflit idéologique au nom de la Bible, c’est fou. Il y a de la place pour tous.
⛪ Les défis des chrétiens en Terre sainte
Un nombre en déclin
La diaspora palestinienne compte 1,5 million de personnes, dont beaucoup de chrétiens. Au Chili seulement, 500 000 Palestiniens originaires de Bethléem vivent en exil. Malgré leur attachement à leur foi, peu osent revenir en raison de la guerre.
Ils gardent le nom de leur famille, leur héritage, mais ils n’ont pas intérêt à retourner à cause de la guerre.
Des divisions internes
Les chrétiens de Terre sainte sont divisés entre orthodoxes, catholiques et protestants, ce qui complique leur unité. Résultat : trois Noëls (catholique, orthodoxe, arménien) et deux Pâques sont célébrés chaque année.
Nous devons célébrer trois Noëls et deux Pâques. Parfois, nous célébrons Pâques ensemble… quand la lune le permet ! »
« Il faut libérer Pâques de la lune et trouver un dimanche fixe en avril.
L’immigration et la peur
Beaucoup de chrétiens quittent la région à cause de l’instabilité. Ceux qui restent font face à des difficultés économiques (chômage, manque de tourisme à Bethléem) et à des restrictions imposées par les colons israéliens, qui s’approprient des terres palestiniennes au nom de la Bible.
Les colons disent : ‘Dieu nous a donné cette terre à Abraham il y a 4 000 ans.’ Nous leur répondons : ‘Toutes les promesses divines ont été accomplies avec le Christ.’
Le langage de la haine
La guerre actuelle n’est pas seulement militaire, mais aussi une guerre des cœurs et des mots. Les actes de violence contre les chrétiens se multiplient : crachats, graffitis antichrétiens, incendies de monastères. Un exemple marquant : l’agression d’une religieuse à Jérusalem par un colon, qui a tenté de la tuer simplement parce qu’elle portait une croix.
Il ne la connaissait pas, mais il a vu une sœur avec une croix. Ça a suffi pour qu’il coure derrière elle et veuille la tuer. »
« Heureusement, un Juif – un bon samaritain – est intervenu pour la sauver.
☁️ Des lueurs d’espoir malgré tout
Malgré un contexte sombre, des signes de dialogue et de réconciliation persistent :
- Des lieux de rencontre : Des hôpitaux comme Hadassah soignent Palestiniens et Israéliens sans discrimination. La Haute Cour de justice israélienne reste impartiale dans certains cas.
- La musique comme pont : Des écoles comme le Magnificat (dirigé par la custodie de Terre sainte) forment des musiciens palestiniens… avec des professeurs israéliens.
- Des exemples historiques : L’Union européenne, la réconciliation en Irlande, ou les traités de paix entre Israël et l’Égypte/Jordanie montrent que même les conflits les plus enracinés peuvent trouver une issue.
Ce qui semble impossible aux yeux des hommes est toujours possible aux yeux de Dieu. »
« Après deux guerres mondiales et 80 millions de morts, les Européens ont réussi à créer l’Union européenne.
✝️ Les piliers d’une paix durable
Pour que la paix advienne, trois conditions sont essentielles selon le conférencier :
La dignité humaine : Reconnaître l’autre comme un être humain, et non comme un ennemi.
Le premier pilier, c’est la dignité humaine incontestable. L’agresseur de la sœur ne l’a pas considérée comme une personne.
La justice : Pas de paix sans justice. Les Palestiniens exigent leurs droits avant toute négociation ; Israël demande la fin des violences avant toute concession.
Justice et paix sont inséparables. C’est un cercle vicieux : les uns disent ‘Faisons la paix, puis nous donnerons vos droits’, les autres répondent ‘Donnez-nous nos droits, puis nous ferons la paix’.
Le pardon : Un mot difficile à prononcer, mais au cœur de l’Évangile.
Parler de pardon, c’est presque une hérésie aujourd’hui. Pourtant, Jésus a dit : ‘Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font.’ »
« Sans pardon et réconciliation, l’Évangile n’est pas l’Évangile.
🙏 Un appel à la prière et à l’action
La Terre sainte appartient à tous les chrétiens, car c’est la patrie spirituelle de notre foi. Jérusalem, où repose le tombeau du Christ, est plus importante que Rome pour les fidèles.
Avant Rome, il y avait Jérusalem. À Rome, il y a le tombeau du successeur de saint Pierre. Mais à Jérusalem, il y a le tombeau du Christ, ressuscité le troisième jour. La résurrection est le fondement de notre foi.
Le conférencier a lancé un appel vibrant :
- 🙏 Prier pour la paix de Jérusalem (comme le demande le Psaume 122 : « Priez pour la paix de Jérusalem »).
- 🌟 Ne pas perdre espoir, car l’histoire a montré que même les conflits les plus violents peuvent trouver une issue.
- 🤝 Soutenir les initiatives locales de dialogue, comme les écoles de musique ou les hôpitaux qui réunissent Israéliens et Palestiniens.
Conservons la foi et continuons à prier. Car ce qui paraît impossible aux yeux des hommes est toujours possible aux yeux de Dieu.
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© [RCF Alpes-Provence] – [16/04/2026]
Crédit : Conférence animée par Mgr William Shomali, évêque auxiliaire de Jérusalem, transcrit et adapté par Sylvain Roux.


