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Un prêtre sarthois condamné pour des agressions sexuelles
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Un prêtre sarthois condamné pour des agressions sexuelles

Un article rédigé par Paul-Joseph Bouladoux - RCF Sarthe, le 2 février 2024  -  Modifié le 4 février 2024
Les reportages de la rédaction Un prêtre sarthois condamné pour des agressions sexuelles

Le tribunal correctionnel du Mans vient de condamner un prêtre sarthois de 68 ans pour des agressions sexuelles sur trois enfants. Il n'a plus le droit d'entrer en contact avec des mineurs.

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"Vous avez failli dans votre ministère, ils ont arrêté de servir l'Église à cause de vous !" tonne le procureur. Mains jointes, regard fixe dans le vide, le père Bruno Delaroche écoute le réquisitoire. Ce prêtre sarthois répond d'agression sexuelle par personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction pour des faits commis entre 2011 et 2016

Servante d'autel, scout, ils sont quatre à avoir arrêté brutalement toute activité ecclésiale lors de cette première décennie de la décennie 2010. Tous sont de cette Vallée du Loir où le père Bruno Delaroche exerçait entre 2010 et 2019. Ce dernier, connu pour avoir publié un best-of de blagues cathos, reconnaît certains faits. Mais quels sont réellement ces faits ? 

Des mains qui effleurent le corsage d'une jeune fille de douze ans qui pleure au retour de la messe, des mains sur les fesses de scouts, un doigt qui vise l'intimité d'un enfant dans la cuisine de ses propres parents, la liste est longue. Le père Delaroche reconnaît avoir un problème de pulsions sexuelles. N'avait-il pas été suivi - à sa demande - par un psychiatre entre 2001 et 2002 ? Selon lui, cela doit à son caractère "enjoué, enthousiaste". Un trait qui peut, toujours selon ses dires, le faire entrer dans ses "phases régressives". 

"Les mots ont un sens, surtout quand on est poursuivi pour agression sexuelle" rappelle la présidente. Tout au long des six heures d'audience, le procureur insiste sur le caractère confus des propos du prévenu. Celui-ci demande cependant pardon aux victimes et fond en larmes quand son avocat détaille les faits décrits par une des victimes. "Dans ce genre d'affaires, il y a de la détresse des deux côtés", avance Maître Philippe Soret, conseil du prêtre, au micro de RCF Sarthe.

"Je n'ai pas été aidé ou secoué par ma hiérarchie."

La détresse est avant tout celle des victimes. Dans cette procédure, elles demandent réparation. Le tribunal en entendra trois sur ce point. En effet, les faits jugés sur le quatrième n'entrent pas dans la condamnation. Les jeunes gens, aujourd'hui adultes, aspirent à se reconstruire. Un chemin long car certains souffrent encore, selon l'expertise psychiatrique, de blocages dans leur vie affective. Pourquoi ont-elles subi les assauts du père Bruno Delaroche ? Selon maître Annabelle Lefevre, qui représente une des victimes, il les choisissait selon leur fragilité, comme son client, ou par proximité avec la famille

Sa hiérarchie a-t-elle été avertie de "ses alertes" ? Indéniablement et le tribunal le souligne. Au-delà du malaise qui entourait Bruno Delaroche dans l'exercice de son ministère, il avait été reçu par Monseigneur Yves Le Saux, évêque du Mans de 2008 à 2022, suite à un camp de scouts durant l'été 2016 où son comportement a posé problème. "Il a été convenu que je me tiendrais à distance de la troupe" (il est démis, à leur demande, en septembre 2016 de son rôle de conseiller religieux auprès des Scouts d'Europe), poursuit le curé sarthois avant d'ajouter que "selon eux, [Ndlr : le diocèse du Mans], il n'y avait pas d'infraction. Je ne suis pas là pour faire le procès de ma hiérarchie mais c'est dommage qu'on ne m'ait pas remonté les bretelles".

Un procès canonique à suivre

Un diocèse qui procède à un signalement auprès du procureur quand les faits sortent plusieurs années après. Le père Delaroche se verra ensuite retirer tout ministère peu avant son placement sous contrôle judiciaire. 

Le curé sarthois est condamné au terme de cette longue audience à trente-six mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans. Il devra également suivre des soins et son nom sera inscrit au fichier des auteurs d'infraction sexuelle. Après la procédure judiciaire suivra un procès canonique où ses pairs décideront de son statut dans l'Église.

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