Un prêtre assassiné au Soudan
Un prêtre du Soudan a été tué ce vendredi 19 juin. Le père Youhanna Al-Amin était le curé de la paroisse Saint-Vincent, dans les montagnes Nouba. Il avait choisi de rester auprès de son peuple, malgré l'intensification des violences qui sévissent dans la région.
Père Youhanna Al-Amin ©AEDAprès le meurtre du père Youhanna Al-Amin au Soudan, la paroisse Saint-Vincent est en deuil. Dans la région des monts Nouba, les tensions tribales et les affrontements armés se sont intensifiés ces derniers mois. Conscient qu'il mettait sa vie en danger en choisissant de rester auprès de sa communauté, le père Youhanna a finalement été tué ce vendredi 19 juin. Amélie Berthelin, responsable du service Information à l'Aide à l'Église en Détresse, nous aide à comprendre les circonstances de ce meurtre.
Un drame au coeur d’une région en guerre
Amélie Berthelin, de l’AED, tente de comprendre les circonstances de la mort du père Youhanna Al-Amin. Selon elle, « on ne sait pas exactement encore qui a été l'auteur de ce crime ». Ce drame serait survenu à la suite du vol de médicaments destinés à la communauté locale, un vol que le prêtre aurait dénoncé : « ça aurait pu être des représailles », suppose-t-elle. Amélie Berthelin insiste néanmoins sur la situation extrêmement dangereuse dans laquelle se trouvait le père Youhanna avant son assassinat. La région des monts Nouba est en effet le théâtre de nombreux « conflits extrêmement périlleux depuis déjà au moins 3 ans, si ce n’est plus », affirme-t-elle.
Les conflits armés et les tensions tribales se multiplient à tel point que certains membres du personnel religieux de la région ont dû être évacués. Le prêtre assassiné avait, lui, fait le choix de rester. « Il était effectivement tout à fait conscient qu'il mettait sa vie en danger », déclare la responsable du service Information de l’AED. Les monts Nouba se situent au cœur du conflit qui sévit au Soudan depuis 2023. De ce fait, « il y a aussi toutes sortes de tensions en plus qui s'accumulent, plus une situation de pauvreté extrême », soutient Amélie Berthelin.
C'est probablement un martyr parce qu'il avait fait le choix de rester là où il n'y a plus de gouvernement, il n'y a plus d'État, il n'y a plus rien
Une Église qui demeure malgré les dangers
Il y a un an, un prêtre du diocèse d'El Obeid a été tué par une balle perdue lors d'une attaque dans la capitale de l'État du Nord-Darfour. Un peu plus tôt, un évêque avait lui aussi été attaqué par des hommes armés. Amélie Berthelin rappelle alors le rôle essentiel que joue l'Église sur le terrain. « L'Église a ce rôle de présence absolument incroyable, elle reste là où il n'y a plus personne », déclare-t-elle.
L'Église et ses représentants deviennent, par conséquent, des cibles dans ces conflits. Comme le soutient Amélie Berthelin, parce que « l'Église est surtout la voix qui dénonce le manque de vérité, qui dénonce l'abus aux droits de l’homme », elle est vue d'un mauvais œil par ceux qui cherchent à s'emparer du pouvoir, d'une manière ou d'une autre.


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