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Un document sur la transidentité provoque le débat chez les protestants

Un document sur la transidentité provoque le débat chez les protestants

Un article rédigé par Marie Lucie Walch - RCF Alsace, le 13 février 2026 - Modifié le 20 février 2026
Focus en AlsaceComment le texte sur la transidentité est-il reçu par les protestants d'Alsace

La Fédération Protestante de France publie un texte sur l'accueil et l'accompagnement des personnes transgenre en Eglise. S'il se veut représentatif des différentes postures sur la question, il peine à être compris. 

© Canva - Shuang Paul wang© Canva - Shuang Paul wang

Il aura fallu deux ans et demi et sept réunions à la Commission éthique et Société de la Fédération protestante de France (FPF) pour composer un texte de 84 pages intitulé "Les personnes transgenres. Réflexions et recommandations protestantes sur les incongruences de genre". L'objectif ? D'après la préface du document, il s'agit d'"aider les Églises et les unions d’Églises à mieux appréhender une réalité à laquelle elles sont concrètement confrontées, notamment dans leurs pratiques pastorales (...) Il ne prétend pas formuler une parole protestante sur les personnes en transidentité, mais offrir des repères pour penser leur accueil, leur écoute et notre responsabilité ecclésiale."

Approuvé par les représentants de 24 unions d'églises, le texte comporte quatre parties. D'abord 39 pages d'explications médicales et légales que précèdent 5 témoignages (dont un d'une personne catholique). Suivent 6 pages de réflexion théologique sur la question et 4 pages de recommandations qui regroupent les différentes positions de la FPF. 

L'antenne inclusive de Strasbourg dénonce "un texte irrespectueux"

Une semaine après la publication, l'antenne inclusive de Saint-Guillaume à Strasbourg n'a pas manqué de réagir en organisant un moment de recueillement en ligne pour "les personnes heurtées par ce texte confus et blessant". Déçue de ne pas avoir été consultée, cette communauté chrétienne spécialisée dans l'accueil des personnes LGBTQIA+ et la théologie dite queer dénonce le manque de consultation des personnes trans.

"Dans ce texte, il y a eu très peu d'auditions de personnes concernées et peu de documentation sérieuse dans le domaine. C'est un manque criant d'information pour une commission qui a travaillé aussi longtemps, s'insurge une salariée de l'Antenne Inclusive. La preuve selon eux : l'équilibre du texte. "Il y a une énorme partie qui concerne l'aspect médical des transitions, alors que l'expérience de la transidentité déborde largement le cadre médical. Une grande partie de personnes trans ne font d'ailleurs pas d'opération." Autre point noir : aborder la question sous l'angle de la souffrance liée à l'incongruence de genre. "Pour nous, si souffrance il y a, elle est systémique et due à des églises et des individus qui vivent dans un système transphobe."

Ce document souffle le chaud et le froid de manière assez confuse. 

Un pluralisme protestant assumé mais pas toujours compris

"Ce document souffle le chaud et le froid de manière assez confuse, conclut-elle. Il y a une notion d'accueil, mais tempérée parce qu'il reste au bon vouloir des églises ou des pasteurs. C'est dangereux de produire un document aussi ambigu au moment où l'on sent monter une menace peser sur nos droits par l'extrême droite. L'Eglise devrait se positionner plus frontalement et plus clairement." Depuis, l'antenne a rédigé un article dans le journal chrétien Réforme pour présenter ses objections.

Le pluralisme se veut pourtant la signature de la FPF qui regroupe 24 unions d'églises et dont fait partie l'antenne inclusive au sein de l'Union des Eglises protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL). "Nous n'avons pas les mêmes regards et les mêmes approches sur un certain nombre de choses. Cette approche est importante en protestantisme, et constitue un témoignage pour la société, défend Pierre Magne de la Croix, président de l'Église protestante réformée d'Alsace et de Lorraine qui a approuvé le texte en le recevant "avec reconnaissance. Il est bon d'essayer de comprendre ce que pense l'autre et essayer de poser parfois des paroles communes et parfois aussi des divergences, voire des désaccords."

Le silence dans le discours, mais l'accompagnement en acte sur le terrain

A contrario, certains critiqueraient l'aspect trop permissif du texte ou n'auraient tout simplement pas compris la nécessité d'en parler. "En Alsace et en Moselle, des pratiques et des accompagnements se font déjà en Eglise. Les cas sont déjà là", assure Pierre Magne de la Croix. Un pasteur de l'UEPAL a d'ailleurs annoncé sa propre transition ces derniers mois, sans que cela ne pose visiblement de problème particulier dans sa paroisse ni au niveau des instances supérieures.

Pour autant, la plupart des pasteurs sollicités par RCF Alsace n'ont pas souhaité s'exprimer publiquement sur le document. Le sujet de la transidentité revient pourtant "régulièrement" dans les discussions entre pasteurs, nous assure Rudi Popp, pasteur au temple Neuf à Strasbourg. "On en discute et on apprend des uns des autres. Dans la pratique, ce à quoi on est très sensible maintenant, c'est d'essayer d'éviter tout discours qui pourrait être blessant."

Les cas sont déjà là. 

Si le pasteur strasbourgeois reconnait l'intérêt du militantisme pour faire avancer la réflexion de l'Eglise, il reconnait être en désaccord avec certaines postures. "J'accompagne quelques personnes qui ont du mal à faire leur coming-out et qui ne souhaitent pas en faire état publiquement, raconte-t-il. Mon rôle en tant que pasteur, lecteur de la bible, et accompagnateur spirituel, c'est d'insister sur le fait que la foi en Dieu vise aussi à ce que l'on soit bien dans notre corps, qu'on le respecte et qu'on vive en harmonie avec. A ce titre, j'encourage les personnes dont la situation personnelle et l'environnement social et familial le permettent à le dire publiquement. Pour autant, je regrette que des associations LGBT fassent subir une pression sur beaucoup de personnes concernées pour faire leur coming-out."

Le début d'un long chemin

S'attendre à ce que le premier texte écrit de manière laborieuse soit déjà l'aboutissement d'une réflexion paraît irréaliste pour le pasteur. "Je pense qu'il faut être patient, tant du côté de ceux qui pensent que le texte ne va pas assez loin que de ceux qui estiment qu'il arrive trop vite. Le temps est un facteur clé dans cette réflexion et le chemin est encore long", estime celui qui se souvient des discussions enflammées autour de la bénédiction des personnes de même sexe au début de son ministère et qui ont abouti en 2015, après 25 ans de débat.

Le temps est un facteur clé dans cette réflexion. 

Encore faut-il que le texte soit connu et se diffuse dans le milieu. Une première révision doit ensuite avoir lieu à l’automne. Elle devrait prendre en compte les retours du terrain dont aimerait faire partie l’antenne Saint-Guillaume.

© RCF Alsace
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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