De l'Ukraine au Moyen-Orient, les tensions s'intensifient sur les deux fronts
Guerre en Ukraine, tensions croissantes entre Washington et Téhéran, sanctions contre la Russie... Deux crises internationales majeures qui illustrent la montée des rapports de force entre puissances. Des conflits distincts, mais dans lesquels les États-Unis occupent une place centrale.
© Алесь Усцінаў / PexelsL’Ukraine et le Moyen-Orient concentrent aujourd’hui deux des principales tensions internationales. Si ces deux crises ne sont pas directement liées, elles témoigne d'un même durcissement des rapports de force mondiaux. D’un côté, la guerre en Ukraine continue de mobiliser les soutiens occidentaux face à la Russie, de l’autre, la confrontation entre Washington et Téhéran ravive les tensions dans une région déjà fragilisée. Un point commun apparaît pourtant : l’implication des États-Unis, soutien majeur de Kiev face à Moscou et acteur direct de l’escalade avec l’Iran.
Pour analyser ces évolutions, Guillaume Lagane, enseignant à Sciences Po Paris, spécialiste des relations internationales et de défense, et auteur de Géopolitique de l’Europe aux Presses universitaires de France, apporte son éclairage.
Ukraine : entre guerre classique et révolution militaire
En Ukraine, le remaniement décidé par Volodymyr Zelensky intervient alors que Kiev cherche toujours à adapter sa stratégie face à la Russie. Derrière ces changements se joue une réflexion sur l’évolution du modèle militaire ukrainien : certains responsables défendent une armée davantage tournée vers les drones, l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies, tandis que d’autres privilégient une approche plus traditionnelle de la guerre. “Il y a peut-être ce débat qui va agiter l’armée et plus largement le pouvoir ukrainien”, explique Guillaume Lagane. Cette opposition stratégique ne remet toutefois pas en cause la cohésion des forces ukrainiennes. Les discussions sur la haute hiérarchie militaire et sur le sens du conflit ont beaucoup animé la société ukrainienne, mais “n’ont pas provoqué, côté ukrainien, de division de l’armée”, souligne-t-il.
Les sanctions ont rendu plus difficile le fonctionnement de l’économie russe.
La guerre se joue également sur le terrain économique. L’Union européenne poursuit sa stratégie de sanctions contre Moscou, avec un nouveau paquet de mesures destiné à limiter les capacités russes. Pour l'enseignant, ces sanctions ont un effet réel : “Elles ont rendu plus difficile le fonctionnement de l’économie russe”, estime-t-il. Mais elles restent insuffisantes pour empêcher Vladimir Poutine de poursuivre son offensive. Selon lui, l’économie russe connaît désormais davantage de difficultés, avec une croissance ralentie, une inflation élevée et des perturbations liées notamment aux frappes ukrainiennes.
Iran : entre escalade militaire et renforcement des alliances américaines
Au Moyen-Orient, la confrontation entre Washington et Téhéran constitue l’autre grand foyer de tension internationale. Une crise qui rappelle le rôle central joué par les États-Unis dans les principaux rapports de force actuels. “Les États-Unis sont en réalité impliqués sur les deux fronts parce qu’ils sont indirectement un soutien de l’Ukraine important, ils sont directement évidemment en affrontement avec l’Iran”, rappelle-t-il. Il souligne également que Téhéran a contribué à l’effort de guerre russe en Ukraine en apportant un soutien à Moscou.
Les Américains continuent de dire qu’ils sont prêts à discuter avec les Iraniens.
Si la voie diplomatique n’est pas totalement fermée, l’option militaire semble aujourd’hui dominer. “Les Américains continuent de dire qu’ils sont prêts à discuter avec les Iraniens”, explique l'enseignant, tout en constatant que les tensions restent fortes sur le terrain. L’Iran cherche notamment à répondre aux frappes américaines en s’appuyant sur ses alliés régionaux, comme les Houthis au Yémen, qui ont multiplié les attaques contre des navires en mer Rouge. Pour Guillaume Lagane, “ces actions relèvent moins de la piraterie classique que d’une stratégie visant à perturber les échanges internationaux”. Malgré cette escalade, le spécialiste estime que la crise ne bouleverse pas totalement les équilibres régionaux. Au contraire, elle pourrait même renforcer les liens entre Washington et ses alliés du Golfe. “La guerre en Iran contribue à solidifier l’emprise américaine sur la région”, analyse-t-il, en citant notamment le rapprochement entre les États-Unis et l’Arabie saoudite autour du nucléaire civil.


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