« Trois » mages, un chiffre hautement symbolique
LE MOT DE LA SEMAINE - Guidés par l’étoile, les trois mages viennent offrir leurs présents à l’enfant Jésus. Issu du perse magush, le mot « mage » désignait des prêtres savants d’Orient. Le chiffre trois, symbole trinitaire, incarne à la fois la perfection divine et l’universalité des peuples.
Jean Pruvost © Pascal HausherrNous voici donc au seuil de l’année 2026 et au lendemain de la célébration de
l’épiphanie, fixée cette année dans la plupart des pays européens hier, le 4 janvier, mais on sait que dans le calendrier liturgique la date précise est bien
le 6 janvier, et qu’il s’agit donc de la manifestation de Jésus enfant aux « trois » rois mages venus l’adorer.
Qu'est-ce qu'un mage ?
Avec les « trois » rois mages, il était tentant d’évoquer ce nombre pour répondre à un ami auditeur, Christian, qui se passionne pour les mots, un grand ami donc et qui a attiré mon attention par un courrier avant les vacances de Noël à propos de la magie particulière de ce mot : « trois ». « Magie », voilà bien de fait le lien parfait avec les « trois rois Mages ». « Mage », venant du grec « magos », d’origine persane repris en latin, « magus »,désignant un prêtre astrologue de la Babylone antique et entre en langue française au XIIIe siècle en tant que « mague ». Avant de devenir au XVe siècle le « mage », la magie étant d’abord la « religion des mages » vite assimilée à l’art de produire des phénomène hors du cours ordinaire de la nature.
On ne niera pas que la magie de Noël, au sens poétique du mot, passe aussi par les histoires racontées aux enfants, très souvent au sceau du chiffre trois. Ainsi, au-delà des « trois messes de Noël », on se souvient tous des « trois ours », des « trois petits cochons », et plus tard des « trois mousquetaires ». Voilà qui demande explication, et c’est presque de la magie, qu’au moment où je commençais hier à rassembler des éléments pour cette chronique, je reçoive un courrier de Christian, accompagné d’un texte chaleureux de sa composition. Évoquant d’emblée « les nombreux Hôtels, Auberges, Restaurants », s’appelant par exemple « les Trois rois » à relier aux « Trois Rois Mages » mais aussi au « trois Rois, Philippe Auguste, Frédéric Barberousse et Richard Cœur de Lion partant au Croisades ». Et toujours avec Christian, pensons aux enfants, avec notamment « 1, 2, 3, nous irons au bois ; 1, 2, 3, Soleil » sans oublier la légende de Saint Nicolas sauvant trois petits enfants.
Le chiffre 3 dans la religion chrétienne
De fait, le monde chrétien est riche en symboles conçus sur ce nombre, à commencer par la Sainte Trinité. En effet, et Christian de rappeler cette parole inoubliable du Christ à saint Pierre, « avant que le coq ait chanté, tu m’auras renié trois fois ». Ce chiffre a quelque chose de particulier que Senancour, l’auteur d’Oberman paru en 1804 évoque ainsi : « Trois réunit l’expression de l’ensemble et celle de la composition ; c’est l’harmonie parfaite. La raison en est palpable, c’est un nombre composé qui ne peut être divisé que par un. De trois points placés dans des rapports égaux naît la plus simple des figures. Cette figure triple n’est pourtant qu’une, ainsi que l’harmonie parfaite ». La liste des contextes peut être infinie, qu’il s’agisse des trois Grâces, des trois furies, des trois Parques, des trois sorcières de Macbeth, des trois Horace, des trois Curiace, des trois vertus théologales, des trois unités, de temps, de lieu et d’action du théâtre classique. Christian évoque aussi toutes les œuvres comportant une triade : « les trois contes » de Flaubert, « les trois sœurs » de Tchékhov. Concluons sur une note gastronomique avec Les Trois Épis, ou les Trois Cochons. Enfin, à nos amis verbicrucistes de faire deviner le mot en soulignant qu’il a sa règle en calcul. Même « deux » ne peut se passer de « trois ».


Jean Pruvost, lexicologue passionné et passionnant vous entraîne chaque lundi matin dans l'histoire mouvementée d'un simple mot, le mot de la semaine !




