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Trésors de laine et de soie : Lille redécouvre ses tapisseries oubliées

Trésors de laine et de soie : Lille redécouvre ses tapisseries oubliées

Un article rédigé par Théo Leunens - RCF Namur, le 26 juin 2026 - Modifié le 26 juin 2026
Culture & vousTrésors de laine et de soie

Jusqu'au 11 octobre 2026, le musée de l'Hospice Comtesse à Lille accueille une exposition monumentale consacrée aux tapisseries de la manufacture Werniers, l'une des plus importantes du Nord de l'Europe au XVIIIe siècle. Un patrimoine textile exceptionnel, restauré et dévoilé dans tout son éclat originel.

©Ville de Lille©Ville de Lille

Imaginez des pièces de plusieurs mètres de haut, tissées fil à fil pendant des mois, représentant des scènes champêtres inspirées du peintre flamand David Teniers II. Des objets de luxe absolus, prisés par les aristocrates, la bourgeoisie montante et les communautés religieuses d'une Europe en plein essor économique. 

C'est ce que cachaient depuis trop longtemps les réserves du musée de l'Hospice Comtesse et du Palais des Beaux-Arts de Lille. L'exposition "Trésors de laine et de soie" les remet enfin en lumière.

Une manufacture au rayonnement européen

Tout commence à Bruxelles, capitale de la tapisserie européenne. C'est de là que vient Guillaume Werniers, qui reprend en 1701 à Lille la manufacture fondée par son beau-père Jean De Melter une douzaine d'années plus tôt. Sous sa direction, l'atelier emploie jusqu'à cinquante ouvriers textiles et répond à des commandes aussi bien locales, pour les États de Flandre, les églises et les couvents, qu'internationales. Sa spécialité : les "Ténières", ces scènes de la vie quotidienne dans le goût de David Teniers II, très prisées d'une riche clientèle européenne.

À la mort de Werniers en 1738, c'est sa veuve, Catherine Ghuys, qui prend la tête de la manufacture. Une figure remarquable de l'histoire textile, qui dirige seule l'entreprise pendant près de quarante ans, jusqu'en 1778. Dans un secteur largement dominé par les hommes, elle compte parmi les rares femmes à avoir assuré aussi longtemps la prospérité d'une fabrique de tapisseries. L'exposition lui rend hommage à travers la notion de matrimoine lillois, explorant son parcours et sa place singulière dans l'histoire de cet art.

Une restauration de trois ans pour retrouver l'éclat originel

Monumentales, fragiles, sensibles à la lumière et difficiles à manipuler en raison de leur poids, ces tapisseries n'avaient pas pu être exposées dans des conditions optimales depuis longtemps. De 2023 à 2026, elles ont fait l'objet d'une importante campagne de restauration, subventionnée par la DRAC des Hauts-de-France. Un travail minutieux, mené pendant trois ans, qui permet aujourd'hui de les présenter dans toute leur splendeur retrouvée.

Ce chantier de restauration est lui-même au cœur du parcours de l'exposition, qui s'articule autour de six grandes sections. Une trentaine d'œuvres y sont présentées, mêlant tapisseries, livres de compte, métiers à tisser reconstitués, peintures et céramiques. Un dialogue entre les objets qui permet de replacer la manufacture Werniers dans son contexte économique et artistique, et de donner à comprendre la complexité du processus de fabrication de ces pièces d'exception.

Une occasion rare de renouer avec le grand passé textile de Lille, et de mesurer l'ampleur d'un patrimoine qui, le temps d'une exposition, reprend toute sa place.

© Image d'illustration - Unspash.com
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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