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“Travailler sur la question de la sécurité à Grenoble, c’est la coopération, la prévention, la répression”

“Travailler sur la question de la sécurité à Grenoble, c’est la coopération, la prévention, la répression”

Un article rédigé par Tyfenn Desloges - RCF Isère, le 30 juin 2026 - Modifié le 14 juillet 2026
Emissions Spéciales de RCF IsèreRecrudescence de la violence à Grenoble, quelles solutions ?

Ces derniers mois, Grenoble et sa Métropole ont été marqués par des faits de violence particulièrement marquants et médiatisés. En six mois, depuis le 1er décembre 2025, pas moins de dix personnes ont été tuées par balles. Des morts souvent liées au trafic de stupéfiants, avec une question qui plane : comment faire pour endiguer cette violence ? Quelles sont les solutions à trouver pour apaiser la situation pour les habitants, mais aussi avec les habitants ? 


On s'interroge avec Étienne Manteau, procureur de la République de Grenoble, et Laurence Ruffin, maire de la Ville

Étienne Manteau - Laurence Ruffin, Crédits : Lisa GoujonÉtienne Manteau - Laurence Ruffin, Crédits : Lisa Goujon

RCF Isère : Quand on parle de trafic de stupéfiants, quand on parle de lutte contre la violence à Grenoble, c'est important de travailler ensemble, de mener un travail sur plusieurs aspects ?

Laurence Ruffin (maire) : "Oui, moi j'ai toujours porté le fait que, pour nous, travailler sur la question de la sécurité à Grenoble, c'est la coopération, la prévention, la répression. Et donc, le premier volet, c'est la coopération, c'est de dire qu'on doit travailler non seulement avec le monde associatif, les autres institutions, mais notamment avec Monsieur le Procureur et Madame la Préfète pour que nos trois institutions travaillent main dans la main, partagent les informations et qu'on améliore la situation à court et à moyen terme. Ça a été le cas puisqu'on a lancé un travail spécifique sur le quartier Hoche pour pouvoir travailler à la fois sur des questions d'aménagement d'espace, mais aussi de vitalité dans le quartier, de sécurité amenée par une présence policière et de se dire que quand on est coordonnés, on a une efficacité qui est plus forte."

RCF Isère : Concrètement, comment ça s'opère ? 

Étienne Manteau (procureur de la République) : C'est moi qui ai été à l'origine de la création de ce qu'on appelle un GLTD, un Groupe Local de Traitement de la Délinquance. C'est le cas à Hoche avec des places de deal qu'on a du mal à démanteler et puis une violence et des assassinats constatés à proximité de cette place de deal de façon récurrente depuis plusieurs mois. Donc, on se met autour d'une table à l'initiative du parquet, on fait ça symboliquement à la mairie parce que l'acteur municipal, on souhaite vraiment qu'il soit un acteur central avec évidemment la police nationale. Seront présents également, en fonction des thématiques que nous aborderons lors de nos réunions mensuelles, les bailleurs sociaux ou d'autres acteurs qui pourraient apporter leur contribution. C'est vraiment faire une analyse très concrète. Qu'est-ce qu'il y a en termes de mobilier urbain, en termes de mobilisation des bailleurs sociaux, de caméras de vidéoprotection, de meilleure articulation entre police municipale et police nationale ? C'est autant de mesures très concrètes qu'on se doit d'essayer d'examiner pour converger collectivement vers des actions qui vont avoir pour objectif de perturber le deal.

Et la perturbation, il faut l'entendre vis-à-vis des trafiquants, mais aussi vis-à-vis des consommateurs. Je crois que ça a été longtemps un impensé de notre lutte contre le trafic de stupéfiants. Si on démantèle des réseaux et qu'il y a toujours la même intensité de consommation, de demande de produits stupéfiants, c'est un combat qui est vain. Donc il faut absolument, dans cette diversité des réponses, que nous apportions aussi une réponse sanitaire. Et ça, c'est quelque chose qui m'apparaît de plus en plus impérieux.


RCF Isère : Laurence Ruffin, est-ce que pour garantir la sécurité de certains quartiers, tout en créant du lien, la solution ne se trouve pas dans la police de proximité ?

Laurence Ruffin (Maire de Grenoble) : Nous voulons introduire des policiers, qu'on appelle des policiers de quartier, mais qui finalement jouent ce rôle d'être très proches de la population. Une police municipale, de la même manière qu'elle est aujourd'hui présente au Village Olympique. On a un certain nombre de policiers qui sont sur ce quartier, qui ont créé de la confiance, qui connaissent les lieux, et on voit bien qu'il y a des retours très positifs des habitants. Donc, l'idée sur le mandat est de recruter des policiers pour être présents dans tous les quartiers, mais aussi d'avoir une présence de nuit qui nous a beaucoup été demandée par les habitants et habitantes. En particulier dans cette idée de créer de la proximité et de la confiance en continuité avec le rôle de la police nationale. Donc, de permettre encore une fois cette idée de coopération en restant chacun sur notre périmètre, mais en amenant de façon commune plus de sécurité dans la ville.


RCF Isère : La lutte contre le narcotrafic est une priorité du ministère, est-ce qu'aujourd'hui, la Justice a suffisamment de moyens pour traiter ces affaires ? 


Étienne Manteau (Procureur) :  C'est une priorité, en tout cas. Effectivement, ce qui est parfois compliqué, c'est qu'il y a trop de priorités. Nous ne sommes pas en capacité de traiter la totalité des contentieux, mais la lutte contre le narcotrafic, la lutte contre les trafics parallèles, d'armes, qui donnent cette puissance aujourd'hui à ces narcotrafiquants, mais également les violences conjugales, les violences sexuelles, faites aux femmes, voilà, ce sont des sujets majeurs qui vont rester des priorités pour le parquet. 
La complexité, c'est qu'il ne suffit pas que la justice ait des moyens. Il faut qu'il y ait des enquêteurs également, ceux qu'on appelle des officiers de police judiciaire, en gendarmerie et en Police. C'est toute une chaîne judiciaire qui doit être cohérente si on veut pouvoir efficacement travailler sur ces sujets. Ce qu'il nous manque aujourd'hui, si on veut être vraiment efficace pour avoir une réponse globale, c'est notamment des enquêteurs en matière économique et financière. Si on veut vraiment lutter à la fois contre le trafic de rue, mais également et surtout contre les donneurs d'ordre, ceux qui ne se salissent pas les mains, mais qui s'enrichissent de façon considérable, qui ont des moyens aujourd'hui de recruter tous ces petits mineurs qui vont commettre des assassinats, qui vont corrompre des agents publics. Ce risque de voir des personnes devenir extrêmement puissantes, il faut que nous le combattions également sur un volet économique et financier.
Et puis, l'autre limite, par rapport à une justice qui apparaît comme de plus en plus laxiste, on est face à un encombrement du monde carcéral qui est particulièrement préoccupant et limitant aujourd'hui pour la justice. Il y a 62 000 places dans les prisons françaises et il y a, à ce jour, 89 000 détenus. La prison ne peut plus jouer son rôle d'essayer d'amender le condamné avec une approche, avec des psychologues, des éducateurs également, qui interviennent en milieu pénitentiaire. Quand vous êtes à trois par cellule dans neuf mètres carrés, le risque, c'est que la prison devienne également l'école de la délinquance.

Emission spéciale
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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