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Travailler en prison : en Charente-Maritime, l'emploi des détenus en plein essor au centre de détention de Bedenac

Travailler en prison : en Charente-Maritime, l'emploi des détenus en plein essor au centre de détention de Bedenac

Un article rédigé par Tanguy Sanlaville - RCF Charente-Maritime, le 5 janvier 2026 - Modifié le 5 janvier 2026

50% des détenus qui travaillent d'ici 2027 : voilà l'objectif du Ministère de la Justice. Au centre de détention de Bedenac, à la frontière entre la Charente-Maritime et la Gironde, deux nouvelles entreprises doivent s'implanter en 2026 pour employer des personnes détenues. 

Dans l'atelier, des détenus travaillent sur des sculptures pour l'entreprise Boulesteix Collection. ©RCF17Dans l'atelier, des détenus travaillent sur des sculptures pour l'entreprise Boulesteix Collection. ©RCF17

"Ca m'a offert des opportunités que je n'aurais jamais explorées avant". Combinaison de protection sur le dos, Dom* ressemble à un employé quelconque de Boulesteix Collection. L'entreprise, basée à Saujon, en Charente-Maritime, produit des sculptures et Dom* travaille comme "bronzier d'art". Sauf que lui vit sur son lieu de travail : il fait partie des 38% des détenus du centre de détention de Bedenac (Charente-Maritime) à travailler durant son incarcération. 

Une détention "constructive"

"Mon casier m'empêchera de travailler dans mon ancien domaine de compétences", explique Dom*. Travaillant aux côtés d'autres détenus, il participe à la finition des sculptures avant l'assemblage  : "on est chargés de poncer, d'ébavurer, de préparer les statues après qu'elles aient été coulées en atelier à Boulesteix, on les patine, on les peint...".  "Franchement, j'adore ce boulot", s'enthousiasme le cinquantenaire, formé par l'entreprise durant plusieurs semaines, qui envisage de se servir de ses nouvelles compétences à sa sortie de prison. 

Qu'est-ce qui l'a poussé à se porter volontaire pour travailler en détention ? "Si on ne veut pas finir indigent, avec quelques euros par mois, il faut travailler", assène Dom* sans détour, qui évoque aussi sa volonté "d'indemniser ses parties civiles", c'est-à-dire les victimes. "On ne peut pas revenir sur ce qu'on a fait", concède le détenu, "mais on peut tenter  de réparer à un certain niveau, et l'indemnisation fait partie d'un des moyens qu'on peut avoir". 

Il évoque également le souhait d'une "détention constructive", pour éviter de rester "toute la journée à ne rien faire", et espère que ses activités pratiquées en prison lui serviront pour trouver un emploi à la fin de sa peine. "Au cours de la détention, on est régulièrement transférés", explique Dom*, "donc forcément, on change d'atelier, de poste, de boulot... Et ça peut se mettre sur un CV si on le désire". 

L'expérience avec Boulesteix Collection, débutée en mai dernier, semble le satisfaire pleinement : "C'est un des boulots les plus valorisants que j'ai pu pratiquer en détention". Au-delà des nouvelles compétences, le travail en détention semble également avoir renforcé ses liens avec les autres détenus. "Ca change les relations sociales, on ne fait pas que parler prison, on parle boulot, organisation... On a un contrat de travail, on est collègues". 

Un bon plan pour les entreprises ? 

"Ils sont plutôt demandeurs", assure Daniel Ho. Evoquant un "vivier" de détenus disposés à travailler durant leur incarcération, le chef d'établissement du centre de détention de Bedenac ne cache pas tout le bien qu'il pense du dispositif et insiste sur le volontariat sur lequel il repose. En fond se distingue toutefois le fort intérêt économique du travail en détention pour les entreprises, car le salaire perçu par les détenus est bien loin de celui d'un ouvrier classique. Le taux horaire minimal s'élève en effet à 5,35 euros pour des activités de production. 

Une situation dénoncée par la section française de l'observatoire international des prisons. L'association évoque ainsi une "main d’œuvre peu chère, flexible et entièrement dépendante des variations d’activité des donneurs d’ordre". Quid de la question de la contrainte des détenus à travailler ? Daniel Ho rejette purement cette idée : "c'est à leur demande, cela leur permet aussi de gérer leur quotidien, de s'occuper, et bien sûr c'est formateur pour eux, puisqu'ils ont la possibilité d'accéder à l'emploi à l'extérieur". Il souligne également le rôle que cela joue "pour leur aménagement de peine" et rappelle que leur faible taux horaire vient aussi de leur situation : "c'est quand-même un centre pénitentiaire, donc ils sont hébergés, nourris...".

Pour les entreprises, c'est donc un réel avantage, d'autant que cette main-d'œuvre est "pérenne", souligne Daniel Ho. Le centre de Bedenac accueille en effet des longues peines, majoritairement pour des infractions à caractère sexuel, ce qui permet un travail sur plusieurs mois, voire plusieurs années. Pour le recrutement, les entreprises souhaitant obtenir une concession sur place passent par France Travail avec la MRS, la Méthode de Recrutement par Simulation. En clair, durant une demi-journée, les candidats participent à des ateliers pratiques simulant des pratiques utilisées au sein de l'entreprise. Ceux jugés satisfaisants passent ensuite un entretien d'embauche avec l'entreprise. 

Cinq entreprises implantées en 2026

Le 18 décembre dernier, un tel atelier avait ainsi lieu au centre de détention de Bedenac. Rassemblant huit détenus et deux formatrices, il visait à effectuer une première sélection pour le compte de l'entreprise Aerostats, basée en Charente et fabriquant - comme son nom l'indique - des ballons. Un projet "mûri de longue date" d'après son PDG, Laurent Ignacel, qui évoque un besoin de discrétion inhérent à son activité. "Il est assez difficile de trouver un lieu mieux gardé qu'une prison", glisse le Charentais, qui évoque un échange avec l'administration pénitentiaire après un appel d'offres de cette dernière. 

"On a adapté pendant à peu près un an et demi nos façons de fabriquer pour que ce soit compatible avec la fabrication en détention", explique Laurent Ignacel. Un atelier jumeau a ainsi été installé à proximité de la prison pour recevoir les pièces fabriquées en détention et les finaliser. Au total, cinq entreprises de secteurs variés seront installées à Bedenac en 2026, contre trois en 2025. 

*Le prénom a été modifié. 

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