Sur les traces de Marc Bloch en Alsace
Les 23 juin 2026, Marc Bloch est entré au Panthéon lors d’une cérémonie d’hommage. L’annonce avait été faite en 2024 par Emmanuel Macron lors de sa venue à Strasbourg, à l’occasion des 80 ans de la libération de la ville. 2024 correspond aussi aux 80 ans de la mort de Marc Bloch, alors engagé dans la résistance et assassiné le 16 juin 1944 par la Gestapo.
© Unknown author / WikimediaJuif d’origine alsacienne, soldat de la Première Guerre, résistant contraint à la clandestinité et historien médiéviste dont les travaux font encore figure de référence… Les engagements qui ont marqué la vie de Marc Bloch sont nombreux, mais ce sont bien sur tous ces aspects que porte l’hommage du 23 juin. Marc Bloch est le premier historien à faire son entrée au Panthéon.
Une carrière universitaire en Alsace
Alors que sa famille a volontairement quitté l’Alsace après son annexion en 1871, Marc Bloch, né à Lyon, ne s’y rendra pour la première fois qu’en 1918. Il est alors de passage avec son régiment, dans le contexte de la fin de la Première Guerre mondiale. Il y retournera rapidement, cette fois en tant qu’enseignant à Strasbourg. Pendant 16 ans, il y fera sa carrière universitaire, lors d'une période qui, d‘après son fils, Etienne Bloch, a été l’une des plus calmes de sa vie.
Le contexte est particulier : Marc Bloch commence ses cours alors qu’il est encore mobilisé, dans une université en pleine reconstruction puisqu’elle redevient française. Catherine Maurer, professeure d’histoire contemporaine à l’université de Strasbourg, a retrouvé des archives et des témoignages décrivant le genre de professeur qu’il était :
Ils montrent quelqu’un d'exigeant, quelqu'un qui était plutôt d’un abord froid dans un premier temps. (...) On pouvait être un peu désarçonné au début, surtout en tant que jeune étudiant, mais quand on s’accrochait et qu’on était intéressé par la discipline, on se rendait compte assez rapidement que c’était quelqu’un qui traitait les questions à fond, et qui surtout, posait les problèmes aux étudiants, c’est à dire qu’il s’adressaient aux étudiants comme à des historien (...). Il leur présentait des problèmes dont il n’avait pas forcément la réponse. Il essayait de les associer à son cheminement intellectuel.
Au côté de Marc Bloch, son épouse, Simone Vidal, l’assiste dans ses travaux. Elle relie notamment certains de ses textes et assiste aux cours. Elle fera elle aussi son entrée au Panthéon, représentée, tout comme son mari, par un cénotaphe.
Histoire comparée et interdisciplinarité
En 1929, Marc Bloch cofonde la revue des “Annales d’histoire économique et sociale”, aux côtés de son collègue et ami Lucien Febvre. Cette revue scientifique, toujours éditée aujourd’hui, pose les fondements du renouvellement de la science historique. Le duo d'historiens y plaide en faveur de l’histoire comparée. Cette méthode propose une histoire qui compare les pays entre eux. Marc Bloch pioche aussi, dans les autres disciplines, ce qui peut enrichir ses recherches. Une démarche inspirée d’autres historiens, mais très peu appliquée en France.
En 1940, l’Histoire rattrape l'enseignant dont la carrière se trouve entravée par la promulgation du ‘statut des Juifs’. Pour ne pas perdre son emploi, il demande à être ‘relevé de déchéance’ (de sa citoyenneté et la fonction publique française). Entre temps enseignant à la Sorbonne à Paris, le voilà à nouveau rattaché à l’Université de Strasbourg, désormais installée à Clermont Ferrand, en zone libre. En 1942, Marc Bloch s’engage dans la résistance. Aucune source n'explique précisément cet engagement mais plusieurs pistes sont envisagées :
On peut très bien déduire que c'est par patriotisme, par amour de la France. C’est aussi en raison du fait qu’il avait été mis au ban de la nation en tant que Juif. (...) Il ne reniait pas ses origines (...) mais pour lui, c’était quelque chose qui intervenait de manière secondaire. Or, cette qualité de juif lui est d’une certaine façon renvoyée à la figure, il ne se dérobe pas et c’est certainement quelque chose qui l’a poussé à s’engager dans la résistance.

Et aujourd’hui ?
En 1998, alors que l’Université de Strasbourg est divisée en trois entités, la faculté des sciences humaines prend le nom de Marc Bloch, avant de le perdre, dix ans plus tard, lors de la réunification. Sur place, il reste toutefois des traces de son héritage : une inscription dans l’aula du Palais Universitaire et une plaque dédiée à l’entrée. Son nom figure aussi parmi les noms des personnalités de l’Université de Strasbourg mortes pour la France.
De manière moins matérielle, il reste présent dans notre enseignement, en tant qu’historien, parce que nous continuons à évoquer ses œuvres.
L’hommage à Marc Bloch va se poursuivre en 2026 à l’Université de Strasbourg. Un semestre dédié sera proposé en deuxième partie d’année, avec l'organisation de conférences et de tables rondes. De nouvelles publications pourraient également être publiées.
‘Revue d’histoire : Marc Bloch et l'époque contemporaine’ (presses de science po)


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