Strasbourg : Etienne Loos est nommé délégué en charge des cultes auprès de la maire
Tout en affirmant garder la compétence des cultes, Catherine Trautmann a désigné un de ses conseillers municipaux pour la représenter auprès des responsables religieux de la capitale de l’Alsace. Avec une feuille de route qui vise à réparer des liens blessés durant le mandat précédent.
Etienne Loos / RCFA 27 ans, Etienne Loos a déjà l’habitude des sujets sensibles. En 2020, il commence sa carrière au sein de la cellule interministérielle chargée de la gestion du Covid-19 en France. Deux ans plus tard, il travaille sur des dossiers de crise à Mayotte et en Nouvelle-Calédonie auprès de la Première ministre Elisabeth Borne. Candidat centriste malheureux aux élections législatives à Strasbourg en 2024, il figure parmi les 5 élus qui rejoignent la liste victorieuse à la municipalité strasbourgeoise suite à l’alliance Jakubowicz-Trautmann.
Désormais, ce sont les cultes qui devraient occuper la majorité de son emploi du temps pour les prochaines années en tant que délégué sur le sujet auprès de la maire. "Depuis mon plus jeune âge, j’ai baigné dans un écosystème interreligieux qui prédestine à une ouverture aux autres et au dialogue, affirme ce Strasbourgeois natif, qui rapporte avoir fait, enfant, une expérience spirituelle lors d'un voyage en Inde en entrant dans une église à Bombay. C'est dans cette optique que j'aborde cette délégation : écouter énormément, comprendre les enjeux des uns et des autres, essayer de trouver des compromis par le dialogue.”
J’aborde cette délégation dans un esprit de dialogue et d'ouverture.
Trois piliers pour gouverner : le dialogue, le bâti et la lutte contre haine antireligieuse
Souhaitant garder personnellement la main sur le sujet des cultes, la maire a déjà dressé une feuille de route en 3 volets. Le premier est celui du dialogue. Un pari à l’aune des débats autour des élections présidentielles. "Il faudra que nous nous battions pour faire en sorte qu'il n'y ait pas d'instrumentalisation des religions ni de raccourcis, et que le débat reste un débat mesuré, et que chacun puisse s'exprimer avec des divergences. Strasbourg a besoin d'avoir un dialogue interreligieux robuste, qui survive et tienne aux chocs de l'actualité, qui peut être parfois extrêmement blessante et difficile. Comment ? en garantissant un espace de dialogue. "
Cet espace pourrait se faire concrètement au sein d'un comité des cultes promis par Catherine Trautmann durant la campagne, attendu pour l'automne. “Nous sommes en train de travailler à son nom, à sa disposition, à sa composition, à son fonctionnement et à ses objectifs”, explique Etienne Loos qui estime également important d'entretenir des relations "à un niveau plus populaire, sur le terrain."
Strasbourg a besoin d'avoir un dialogue interreligieux robuste, qui survive et tienne aux chocs de l'actualité.
Le défi est de taille à Strasbourg qui a été le terrain de tensions entre la municipalité et les instances religieuses, et de ces dernières entre elles. Un des exemples les plus flagrants de ces trois dernières années reste les actes antisémites et islamophobes qui ont ponctué l'actualité strasbourgeoise. A titre indicatif, le Conseil représentant des institutions juives de France (CRIF) avait indiqué que les actes antisémites y avaient été multipliés par 10 après les attentats du 7 octobre.
"Il faut lutter contre les haines anti-religieuses, les attaques et dégradations contre les lieux de cultes, dégradation des lieux de culte. Cela passe par une posture et une parole politique très forte et ne laisser nulle place au doute sur cette question-là, ajoute-t-il. Le poisson pourrit toujours par la tête. Si vous avez une tête qui souffre d'ambiguïté, on ne peut presque pas en vouloir aux gens sur le terrain qui produisent ces ambiguïtés. Quand la tête est claire, le reste généralement suit."
Garantir aux croyants des lieux de prière adaptés dans un contexte bâtimentaire tendu
Autre point de vigilance du nouveau délégué : garantir à chaque communauté un lieu de culte décent. Sujet épineux dans la capitale de l'Alsace qui compte 16 cultes et où le bâti est tension alors que certaines communautés cherchent un espace. "On travaille avec chaque grande communauté religieuse qui a du parc bâtimentaire pour faire en sorte qu'il puisse y avoir des échanges vertueux. C'est une question de dignité. On ne peut pas demander et pousser des gens à prier dans des conditions déplorables."
Le travail de mutualisation des lieux de culte instauré par la mairie précédente va donc se poursuivre. Encore faut-il attendre les financements qui en découlent après la consultation des résultats de l'audit financier de la Ville à la rentrée de septembre.

