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« Sommes-nous réellement libres quand nous sommes en permanence manipulés ? », questionne Natacha Polony

« Sommes-nous réellement libres quand nous sommes en permanence manipulés ? », questionne Natacha Polony

Un article rédigé par Anna Seriot - RCF, le 25 mars 2026 - Modifié le 27 mars 2026
Le Grand TémoinAprès les municipales, une France morcelée comme jamais

Alors que les électeurs français se sont rendus aux urnes, ce dimanche 22 mars, pour le second tour des municipales, la question des alliances et stratégies pour les présidentielles envahit déjà la scène politique. Natacha Polony, évoque l’importance de la liberté d’expression à l’ère du numérique. 

© RND-RCF© RND-RCF

En 2025, plus de 5 milliards de personnes dans le monde utilisent activement les réseaux sociaux. L’institutionnalisation de ce nouveau mode de communication a profondément impacté la sphère du politique. « Ce qui est intéressant c'est de savoir comment est organisée cette nouvelle agora que sont les réseaux sociaux », explique Natacha Polony. Un élément central à sa réflexion : la liberté d’expression. 

La liberté d’expression au service des politiques 

Dès son retour à la Maison-Blanche, le président américain a rendu public un décret visant à « restaurer la liberté d’expression et à mettre fin à la censure fédérale ». Le fact-checking est supprimé de la plateforme Facebook pour lutter contre la « censure ». La fondatrice de la revue l’Audace souligne que « la liberté d'expression est sans doute la cause de la victoire de Donald Trump et ce qui pousse l'ensemble des partis d'extrême droite ou des partis dits populistes en Europe ».  Le curseur vacille et ne cesse d’être réajusté entre exigences sociales et respect des libertés. 

De la régulation à la censure ? 

Le Digital Services Act (DSA), règlement européen adopté en octobre 2022, vise à réguler les contenus en ligne et à lutter contre la propagation de contenus illicites. Pourtant, Natacha Polony questionne la tournure que prend cet ensemble de règles : « on peut se demander si le DSA n'est pas en train de glisser progressivement de la régulation vers la censure », pointe-t-elle. En effet, le DSA impose initialement des règles au service du bien commun et empêche les potentielles dérives anarchiques. Il s’assure que ce qui est illégal hors ligne soit également illégal en ligne.  

« Ce Digital Services Act a tendance en fait à porter la régulation sur des propos au nom du fait qu’ils porteraient atteinte à l'espace civique », explique-t-elle. C’est notamment un coordinateur des services numériques (DSC) désigné par et pour chaque État membre qui a la charge de contrôler le respect du règlement de la DSA. En France c’est l’ARCOM qui détient ce rôle selon la loi du 21 mai 2024. 

Pourtant, c’est une hausse de la polarisation des opinions et un débat politique violent qui submergent les plateformes numériques sociales. 

Répondre par l’éducation 

« Quand on est mineur, on n'est pas un citoyen autonome et responsable », affirme Natacha Polony. Ainsi, cette distinction d’âge est traduite par des lois qui se veulent adaptées. L’usage du libre-arbitre n’est pas le même car à ce stade, les enfants sont en cours d’acquisition des possibilités d’avoir un libre-arbitre, explique-t-elle. « Le statut n'est pas le même, sinon on donnerait le droit de vote aux enfants », rappelle Natacha Polony.  Le gouvernement a donc un rôle à jouer dans la protection de l’enfance. « Au nom de ce principe, on doit éviter que des enfants soient jetés dans un système, dont le but unique est d'utiliser l'attention des utilisateurs, pour faire de l'argent », assure-t-elle. 

Un mécanisme indolore 

Ce mercredi 25 mars, le Sénat a commencé à étudier l’interdiction des réseaux sociaux au moins des 15 ans. Devenant le deuxième pays, après l’Australie, à « se doter d’une législation aussi restrictive pour les mineurs », Natacha Polony s’inquiète pourtant des dérives de l’interdiction : « Le fait d'établir l'âge des utilisateurs implique un contrôle, qui permet ensuite d'aller plus loin, et ce sera toute la difficulté technique de la régulation », signale-t-elle. « Il est normal que les jeunes essayent de contourner les interdits, mais ils ont besoin de ces interdits », précise-t-elle. Ce qui l’interpelle réellement ce sont les citoyens, autonomes et responsables.  « Là, le problème se pose différemment », explique-t-elle. 

Emmanuel Macron a dénoncé en octobre dernier les « contenus d’extrême droite » présents sur la plateforme X, en parallèle du « salafisme » sur Tik Tok. Le président français a incité lors du Forum de la Paix à Paris, à « reprendre le contrôle de notre vie démocratique et informationnelle en régulant ».  « Là je suis beaucoup plus gênée, parce qu'il y a une appréciation politique et je ne vois pas bien au nom de quoi il faudrait interdire, en dehors des propos illégaux, des propos politiques », déplore-t-elle. Elle alerte ainsi sur le mécanisme d’invisibilisation qui se met progressivement en place et qui pourrait conduire à des potentielles censures : « c'est-à-dire que quand la régulation se fait par le Digital Services Act, il s'agit en fait de faire en sorte que les algorithmes effacent tel ou tel contenu », explique-t-elle. 

Une lutte contre la désinformation

 « Il en va de notre capacité à délibérer sereinement », assure Natacha Polony.  L’essence même de la démocratie, c'est l'échange d'idées, l'argumentation. Elle rend possible le pluralisme des visions et la prise de décision selon la compréhension personnelle du bien commun.  « À partir du moment où nous ne pouvons plus nous entendre sur le réel, alors nous ne pouvons plus délibérer sereinement », déplore la fondatrice de la revue trimestrielle. C’est donc tout l’enjeu de l’usage des réseaux sociaux qui sont envahis de fausses informations à l’ère de l’intelligence artificielle. « Tout cela aboutit à fausser la vision que nous avons du monde et donc nous empêche de décider ensemble », alerte-t-elle. 

 « Sommes-nous réellement libres quand nous sommes en permanence manipulés ? », questionne Natacha Polony et rappelle avec grande force l’allégorie socratique de la caverne. 

©RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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