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Semi-marathon, trail, running… pourquoi le succès de la course ne ralentit pas ?

Semi-marathon, trail, running… pourquoi le succès de la course ne ralentit pas ?

Un article rédigé par Hugo Bauer et Melchior Gormand - RCF, le 17 février 2026 - Modifié le 17 février 2026
Je pense donc j'agisSemi-marathon et trail : pourquoi le running séduit à toute vitesse ?

Running, ultra-trail ou encore footing, les dénominations et pratiques de la course à pied sont en forme. Avec plus de 12 millions de coureurs en France, selon la Fédération Française d’Athlétisme, le nombre de pratiquants a doublé en 20 ans. Aujourd’hui, un véritable marché s’est installé et semble déjà impacter certaines pratiques autrefois réservées aux adeptes de la simplicité. 

© Freepik© Freepik

"Le boom actuel n’est ni un effet de mode ni un simple effet Covid", souligne Olivier Bessy, sociologue du sport, des loisirs et du tourisme, coureur, professeur à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour, auteur du livre Courir Sans Limite - La révolution de l’ultra-trail (1990-2025) aux éditions Outdoor. Polyforme et facile d’accès, la pratique de la course oscille entre simplicité, fascination pour le paysage et challenge personnel. Mais une nouvelle tendance ne cesse de prendre de l’ampleur, celle d’une surenchère du business de la course. Le trail en est le principal exemple, en particulier au travers de ces compétitions toujours plus chères et aseptisées.

D’où vient l’attrait pour la course à pied ?

La course à pied est une pratique qui séduit. Concernant la pratique première de la simple course sous forme de running autonome et hors de la compétition, que l’on pratique seul ou en groupe le dimanche matin par exemple, on y retrouve divers avantages. Il s’agit d’abord d’un sport simple, accessible et peu coûteux à l’entrée (si ce n’est une paire de chaussures et d’un short de sport). Cette pratique est également dotée d’une flexibilité totale, qu’il s'agisse des horaires, lieux ou encore objectifs. Pour Yann, auditeur le constat est évident, "le trail m’a séduit par son rapport à la nature, loin de la recherche de performance". La course à pied séduit donc aussi le public pour une raison de bien-être en réponse aux angoisses contemporaines comme la santé, le stress, la quête de sens, etc. Une observation qu’analyse Olivier Bessy : “beaucoup courent encore pour eux-mêmes, dans une bulle introspective”.

Le trail m’a séduit par son rapport à la nature.

Trail et ultra-trail : entre nature, rêve et surenchère. Au-delà de la course à pied “basique”, le trail s’est progressivement imposé comme une autre pratique phare dans le domaine de l’effort sportif. Le trail et son cousin l’ultra-trail se distinguent par le plaisir de la fascination pour les paysages et l’aventure (du moins à leur création comme il en sera question plus loin dans l’article). Le trail s’est d’ailleurs transformé en une pratique ultra compétitive, en témoigne les grandes courses comme l’Ultra Trail du Mont Blanc (UTMB) : plus de 170 km et environ 10.000 mètres de dénivelé positif pour faire le tour du Mont Blanc en traversant l'Italie, la Suisse et la France. 

La course à pied est une métaphore d’une société incertaine où l’on cherche à durer.

Néanmoins, il semble exister dorénavant des tensions entre esprit originel et standardisation. Une transformation, en partie dûe à une tendance générationnelle et sociale, en particulier sur les plateformes numériques pour Olivier Bessy : "Les réseaux sociaux favorisent une mise en spectacle de soi et de sa performance”. Le running est bien devenu un moment de liberté autant qu’un défi personnel, mais l’aspect de la performance semble avoir pris le pas. “La course à pied est une métaphore d’une société incertaine où l’on cherche à durer”, poursuit le sociologue du sport. La dimension pécuniaire de la pratique semble, elle-aussi, redessiner les modalités sportives, ainsi que l’esprit même de la course comme loisir.

Un business éthique est-il possible ? 

Un business florissant autour du running. Le marché de l’équipement est l’un des premiers facteurs qui illustre l’expansion de l’aspect commercial du running. Toute une panoplie d’accessoires accompagne aujourd’hui les coureurs : chaussures, montres, textile, etc. De surcroît, les coureurs se professionnalisant, comme les marathoniens, ultra-traileurs, et autres se rapprochent également de divers marques, sponsoring, et sont au cœur des retransmissions en streaming. En quelque sorte, les courses sont devenues des marques et des produits touristiques. Plus précisément dans le cas du trail, Olivier Bessy est unanime. Pour lui, "le trail est sur une ligne de crête entre aventure sportive et marchandisation extrême". Florian, auditeur et et jeune sportif de trail l’observe et rappelle les récents propos d’une légende du trail Kilian Jornet : "On va vers un sport d’élite et de gens avec de l’argent". Problème, le fait d’accueillir de simples sportifs inexpérimentés mais capables de financer, conduirait à une forme d'aseptisation des tracés. L’UTMB serait définitivement devenu un symbole de profits économiques et symboliques. 

Le trail est sur une ligne de crête entre aventure sportive et marchandisation extrême.

Vers un running plus responsable ? "La première révolution, dans les années 1970, c’est la sortie des stades et l’émancipation des codes fédéraux. La deuxième, dans les années 1990, c’est l’émergence de l’ultra et la quête de l’illimité. Aujourd’hui, on voit émerger une troisième révolution : courir plus sobre, plus responsable", résume globalement Olivier Bessy. En effet, une contre tendance prendrait le pied sur la compétition, celle du “slow-running”. La course redeviendrait plus minimale, locale, le tout guidé par un questionnement écologique et social. Yann, auditeur, en est le témoin : “On va moins vite, mais on est beaucoup plus à l’écoute de son corps et du terrain”. Certains coureurs rechercheraient nouvel équilibre entre plaisir, performance et impact et c’est bien toute l’idée que cherche à mettre en avant le sociologue du sport : “il existe un archipel de la course à pied : une multitude de manières de courir”. De la bonne manière de courir, à la plus professionnelle, en passant par un simple footing pour s’aérer l’esprit, la course à pied donne à coup sûr envie de se lancer.

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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