Santé mentale : « On peut parler de crise en matière de santé publique », selon Chantal Jourdan
Où en est la prise en charge de la santé mentale aujourd’hui, un an après le dépôt d’une proposition de loi transpartisane pour améliorer la santé mentale des Français ? Entretien avec Chantal Jourdan, députée de l’Orne, et membre du groupe de travail sur la santé mentale.
Chantal Jourdan, députée de l’Orne, est membre du groupe de travail sur la santé mentale. © DRPlus d'un Français sur deux présente actuellement des signes d'anxiété et près d'un sur quatre fait l'objet d'une suspicion de trouble anxieux généralisé. C’est ce que révèle une enquête de la Fédération hospitalière de France du 15 avril 2026. La santé mentale, consacrée grande cause nationale, continue de se dégrader.
Une proposition de loi portant des mesures d'urgence pour améliorer la santé mentale des Français, d'initiative transpartisane, avait été déposée le 17 avril 2025 à l’Assemblée nationale par plusieurs députés. Parmi eux, Chantal Jourdan, députée PS de la première circonscription de l’Orne, qui fait partie d’un groupe de travail sur la santé mentale. Sur RCF, elle est revenue sur les évolutions dans la prise en charge de la santé mentale.
RCF : La santé mentale des jeunes et des femmes se dégrade de façon alarmante depuis 2019, selon une enquête dévoilée par la Fédération Hospitalière de France le 15 avril. Le nombre de prises en charge hospitalière en psychiatrie a augmenté de 47% pour les femmes de 15 à 19 ans et de 49% pour celles de 20 à 24 ans.
Peut-on parler de crise de santé publique concernant la santé mentale aujourd'hui ?
Chantal Jourdan : Oui, les derniers chiffres de la Fédération hospitalière de France sont particulièrement inquiétants. Mais ce sont tous les chiffres qui sont régulièrement remontés depuis 2020 qui sont alarmants et qui traduisent vraiment une dégradation de la santé mentale chez les femmes et les jeunes mais on a aussi des données concernant la dégradation de la santé mentale des enfants et des personnes âgées. Ça concerne vraiment toute la population. Compte tenu des données que l'on a, en effet, je crois qu'on peut parler de crise en matière de santé publique.
RCF : Dans le cadre du groupe de travail transpartisan sur la santé mentale dont vous faites partie, vous rencontrez des professionnels de ce secteur. Quels retours de terrain vous partagent-ils sur la prise en charge actuelle de la santé mentale ?
Chantal Jourdan : Ils doivent faire face à des situations de plus en plus nombreuses, de plus en plus complexes. Ils sont en nombre vraiment insuffisant pour pouvoir répondre à toutes les situations qui viennent devant eux.
On a une grosse crise, notamment en termes de nombre d'infirmiers disponibles et de pédopsychiatres.
On a une grosse crise, notamment en termes de nombre d'infirmiers disponibles et de pédopsychiatres. Il y a une pénurie extrêmement importante. Ensuite, la question de la formation est importante et notamment pour les infirmiers. Cette formation [NDLR : le diplôme spécialisé d’infirmiers psychiatriques (ISP), supprimé en 1992] n'existe plus aujourd’hui et elle est absolument nécessaire pour mieux intervenir et pérenniser les postes.
RCF : Quand vous rencontrez ces professionnels, vous font-ils part d'initiatives pour améliorer la prise en charge de la santé mentale ?
Chantal Jourdan : Oui, malgré tout, sur le terrain, les équipes essaient de trouver des solutions. Je pense par exemple aux équipes mobiles qui sont très pertinentes pour intervenir là où sont les besoins. Mais pour que ça fonctionne réellement, il faut des moyens. Ce sont des choses qu'il faut absolument pousser et développer. Ces équipes mobiles travaillent de façon pluridisciplinaire, c'est-à-dire avec des professionnels avec différentes compétences, et c'est ce qui permet d'approcher au mieux les difficultés que rencontrent les gens sur le terrain.
RCF : Il y a un an, presque jour pour jour, le 17 avril 2025, vous avez déposé avec d'autres députés une proposition de loi portant des mesures d'urgence pour améliorer la santé mentale des Français, d'initiative transpartisane. Un an après, quelles suites ont été données à cette proposition de loi ?
Chantal Jourdan : Malheureusement, nous n'avons pas encore réussi à faire inscrire cette proposition de loi à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale. Ceci étant dit, notre groupe continue à travailler toutes ces questions. On recueille évidemment beaucoup d'informations par les professionnels de santé, on les rencontre régulièrement et on essaie de convaincre les décideurs de pouvoir agir.
Compte tenu de l'ampleur du problème à traiter, aujourd'hui, il faudrait effectivement une loi pour cadrer les choses.
Il y a quand même eu des choses qui ont été faites, notamment quelques mesures qui ont été inscrites dans la feuille de route de la psychiatrie [NDLR : Dans laquelle le délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie a donné des orientations concernant les questions de santé mentale]. Mais compte tenu de l'ampleur du problème à traiter, aujourd'hui, il faudrait effectivement une loi pour cadrer les choses.
RCF : Quelles mesures ont été inscrites dans la feuille de route de psychiatrie ?
Chantal Jourdan : On avait par exemple travaillé sur la question des premiers secours en santé mentale, qui sont des formations qui peuvent être données à des personnels qui travaillent dans l'éducation nationale, dans la justice, et des formations qui peuvent être orientées vers tout citoyen. Cette mesure a donc été prise en compte. Maintenant, ce qu'on aimerait, c'est qu'elle puisse se développer auprès des jeunes puisque les jeunes sont particulièrement touchés par les problèmes de santé mentale et ils sont demandeurs de connaissances sur le sujet.
Les troubles psychiques sont devenus les premières raisons d'arrêt maladie.
Il y a aussi la question de la santé mentale au travail, une dimension qu'il faut absolument prendre en compte dans la mesure où, aujourd'hui, les troubles psychiques sont devenus les premières raisons d'arrêt maladie. On est devant des faits qu'il faut prendre en considération.


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