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Pédocriminalité : A Saint Julien Chapteuil, des membres du collectif Dire et Rebondir témoignent

Pédocriminalité : A Saint Julien Chapteuil, des membres du collectif Dire et Rebondir témoignent

Un article rédigé par Stéphane Longin - RCF Haute-Loire, le 5 mai 2026 - Modifié le 7 mai 2026

Depuis quelques semaines le village de Saint-Julien-Chapteuil en Haute-Loire est secoué par une affaire d'agressions sexuelles présumées. Les faits remonteraient aux années 70 pendant lesquelles un prêtre aurait abusé de jeunes enfants. S'il réfute les faits, un collectif réunissant des personnes qui se disent victimes a vu le jour. Dire et Rebondir qui souhaite que la vérité soit faite sur ces faits. Pour RCF, Bernadette et François, témoignent et confient leurs attentes.

Dire et Rebondir, à Saint Julien Chapteuil en Haute-Loire, des membres du collectif témoignent - photo d'illustration @RCFDire et Rebondir, à Saint Julien Chapteuil en Haute-Loire, des membres du collectif témoignent - photo d'illustration @RCF
Dire et Rebondir : deux membres du collectif témoignent

Stéphane Longin : Comment est né le collectif Dire et Rebondir ?

Bernardette : Alors, ce collectif Dire et Rebondir, nous avons mis quelques semaines à le créer et il a été monté à la demande de plusieurs victimes qui nous ont dit « on sera plus fortes pour parler si on se réunit, si on se rassemble ». Au départ on ne voyait pas trop les objectifs, mais c’était pour répondre à la demande des victimes. Car c'est très difficile de parler seul. On se sent coupable, on n'ose pas briser ce silence, on n'y croit pas, c'est trop compliqué. Et puis, dans un petit village, bien sûr, on est connu et reconnu de tout le monde, donc c'est difficile de dévoiler les choses.

François : C'est très difficile. D'abord se reconnaître victime est très difficile. Plusieurs mécanismes interviennent avec la violence du traumatisme initial qui provoque souvent une amnésie traumatique, qui se développe au moment des faits. Il y a aussi le doute. Les victimes ont du mal à témoigner, sachant que bien souvent aussi, elles ne seraient pas crues.

SL : L’histoire sort alors que les faits se seraient produits entre 1972 et 1983 à Saint Julien Chapteuil. Le collectif sert aujourd’hui à sortir de ce silence qui dure depuis près de 50 ans ? 

François : Le collectif a pour but d'encourager la parole des personnes qui auraient pu être victimes de ces faits. La parole sera libératrice pour elles. J'aurais même tendance à dire qu’elle est indispensable. Le silence, lui, protège l'auteur des faits.

Bernadette : Tous les faits étaient connus, mais quand même tu. C'est très difficile pour une personne de se reconnaître victime, d'oser faire le pas. On parle de l'intimité des personnes. On n'a pas envie de parler de nous, et on parle plus facilement des autres. Et puis on préfère oublier.

SL : De quels types de faits parlent les victimes ?

Bernadette : Pour nous c’est très fort et très difficile à dire. Mais la gendarmerie nous aide à poser des mots et dire qu’il s’agit de viols, d’agressions sexuelles. Mais les mots restent encore difficiles à dire.

SL : Je rappelle qu’aujourd’hui il y a une enquête en cours et que le prêtre reste présumé innocent. En attendant le travail de la justice le collectif Dire et Rebondir souhaite aider les victimes à se reconstruire ?

Bernadette : Alors moi, je pense à une victime qui a mis des années à parler et lorsqu'elle a pu aller porter plainte à la gendarmerie. Elle a dit merci, je vais pouvoir travailler sur moi. Alors peut être qu'elle n'a pas dit ce mot rebondir, mais qu’elle allait pouvoir avancer. Ça avait du sens de parler, de dénoncer, mais on va être encore plus fort, on va monter plus haut et on ne va plus être victimisé. Mais on va rester debout.

Stéphane Longin : Ce collectif ne comporte pas que des victimes « directes » mais aussi des victimes « secondaires » qui, d’une certaine manière, subissent les conséquences des actes dénoncés ?

François : Oui, victime secondaire, personnellement, c'est ce que nous ressentons pour l'avoir fréquenté (le prêtre mis en cause) à de nombreuses reprises. Quelqu'un d'extrêmement sympathique, très empathique. Et aujourd’hui, avec ma femme nous avons ce sentiment de trahison très fort qui se développe. Il est à l'origine de tensions majeures avec des amis et c’est très violent.

SL : Quelles missions se donne le collectif Dire et Rebondir ?

François : Pour moi, déjà, ce serait que tout le monde se rende compte de la gravité des faits. Et qu’il nous aide à faire abstraction de l'ancienneté de la relation qu'on avait avec cette personne.

Bernadette : Je ne sais pas si ce collectif va exister sur des années, mais je me dis qu’il est là quand même pour que on puisse se regrouper. Qu'on puisse se dire qu’on fait ça pour les victimes. Mais quand on partage, on n'est pas là dans les réunions pour étaler ce qu'on a vécu, de savoir comment on est victime ou pas. Mais le peu qu'on ait partagé, a permis à certaines personnes de se dire "Ah mais oui, mais moi aussi j'ai vécu ça." Il y a des choses qui peuvent refaire surface et qui peuvent être dévoilées, qui peuvent être éclairées. Et je pense que c'est important de pouvoir commencer ce travail.

SL : Se mettre à parler peut provoquer des réactions très diverses. Notamment laisser éclater une colère jusqu’alors silencieuse ?

Bernadette : Effectivement, quand on partage, on sent que la colère monte en nous. Alors, il y a la colère de se dire qu’on n'a pas parlé avant. Pour certains, qu’on a vu des choses et qu'on les a refoulés en nous, ou qu’on a vécu des choses qu'on a réfoulé. Tout ce qui remonte aujourd'hui, que ce soit cette colère ou d'autres sentiments négatifs, doivent être partagés entre nous, se dire que c'est quelque chose de normal, malheureusement. D'autres l'ont vécu avant nous et d'autres le vivent avec nous. En revanche je ne dis pas que le temps va effacer les choses, mais on va pouvoir peut-être avancer, on va pouvoir apprendre à vivre avec. On n'oubliera pas, c'est vrai, mais peut être que les choses vont s'estomper un peu et j'espère que la colère va partir parce que c'est très compliqué pour nous de vivre avec cette colère.

Stéphane Longin : Qu’attendez-vous de l’Eglise Catholique et du Diocèse du Puy ?

François : Que l'Église en parle largement. Un silence trop prononcé nous mettrait dans le doute vis-à-vis des trop nombreux prêtres qui font leur mission de façon extraordinaire. Et un élément (le prêtre mis en cause) qui vient perturber cet ensemble fait porter le poids de ces atrocités à tous.

Bernadette : Je ne sais pas… Je trouve que l'Église avance très doucement. J'aimerais que ça aille beaucoup plus vite. J'ai entendu que l'évêque du Puy souhaitait rencontrer les victimes. Mais aujourd'hui, elles ne sont pas prêtes à parler.

SL : Mgr Yves Baumgarten s’est en effet dit disponible pour une rencontre.

Bernadette : Oui mais elles ne sont pas prêtes à le rencontrer parce qu'elles sont très blessées par l'Église. Par l'institution Église, où on entend parler d'amour, de solidarité, d'aider les autres et puis qu'on voit ce qui s’est passé pour nous, on se sent trahi. Ça nous demande tout un travail, ça nous demande du temps. Ça nous demande de retrouver, peut-être, une paix avant de pouvoir rencontrer des prêtres ou même l'évêque du Puy. Pour le moment, c'est compliqué.

SL : Est-ce que cela a abîmé votre Foi ?

François : Oui, à cause du doute qui s'installe vis-à-vis des prêtres avec qui on peut correspondre. On se dit, « est-ce que lui aussi ? » C'est pour ça que le silence de l'Église est impossible. Il faut dénoncer les abus. Ils ne sont pas si fréquents que ça, heureusement, mais quand il y en a, ça crée une tâche qui a tendance à s'étendre. 

Bernadette : J'avoue que oui, ça a abîmé beaucoup de choses en moi. Je suis désolée, tout est violent pour moi. [Quand on est catholique] Il faut que nos actes soient en accord avec nos paroles… C'est peut-être ma colère qui parle encore, mais oui, beaucoup de choses ont été abîmées par l'institution Eglise. Alors oui, j'ai la foi, oui je crois en Dieu, mais un Dieu amour qui pose ce regard d'amour sur chacun de nous. Mais un prêtre ne peut pas faire ça… il faut que leurs gestes soient en accord avec leurs paroles.

 

SI VOUS AVEZ ETE TEMOIN OU VICTIME D’ABUS

Vous pouvez contacter : 

La cellule d’écoute du diocèse du Puy : https://www.catholique-lepuy.fr/cellule-decoute/une-cellule-decoute-au-service-des-victimes-dabus-sexuels-dans-leglise/

Contact : ecoute-victimes@catholique-lepuy.fr

La gendarmerie ou la police en composant le 17

Le procureur de la république de Haute-Loire.

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