Rome acte un nouveau schisme avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X
La consécration de quatre nouveaux évêques par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, le 1er juillet en Suisse, a conduit le Saint-Siège à prononcer leur excommunication ainsi que celle des évêques consécrateurs. Une décision qui referme la parenthèse ouverte par Benoît XVI en 2009 et replace la Fraternité dans une situation de rupture avec Rome.
Léon XIV lors d'une Audience générale © Vatican MédiaLa consécration de quatre nouveaux évêques par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, le 1er juillet en Suisse, a entraîné une réaction immédiate du Saint-Siège. Quelques heures après la cérémonie, Rome a publié un décret d'excommunication visant les évêques consacrés ainsi que ceux ayant participé aux sacres. Une décision qui marque un retour à la situation de 1988 et clarifie la position canonique de la Fraternité.
Un retour assumé à la rupture de 1988
Trente-huit ans après les sacres épiscopaux réalisés par Mgr Marcel Lefebvre contre la volonté de saint Jean-Paul II, l'histoire semble se répéter. Réunis à Écône, en Suisse, les responsables de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X ont procédé à la consécration de quatre nouveaux évêques, malgré les avertissements adressés par le pape Léon XIV. La réponse du Saint-Siège n'a pas tardé. Quelques heures après la cérémonie, un décret d'excommunication a été rendu public à l'encontre des quatre nouveaux évêques ainsi que des deux prélats qui les ont consacrés.
Cette décision met fin au flou qui entourait depuis plusieurs années la situation canonique de la Fraternité. En 2009, le pape Benoît XVI avait levé les excommunications prononcées après les sacres de 1988, ouvrant une période de dialogue sans parvenir pour autant à une pleine réconciliation.
La fin du « flou canonique »
Pour l'historien Paul Airiau, spécialiste de l'histoire religieuse contemporaine, la situation demeurait jusqu'à présent difficile à qualifier. Sous le pontificat du pape François, plusieurs gestes d'ouverture avaient été accordés à la Fraternité Saint-Pie X. Les prêtres avaient notamment reçu la faculté d'absoudre validement les pénitents dans le sacrement de la réconciliation, tandis que les mariages célébrés par leurs soins pouvaient être reconnus comme valides dans certaines conditions, avec l'accord des évêques diocésains.
On n'était pas tout à fait en communion sans être véritablement en situation de rupture.
Selon lui, la décision prise aujourd'hui marque une véritable inflexion. En prononçant immédiatement les sanctions canoniques, Rome considère que ces nouvelles consécrations constituent un acte schismatique comparable à celui de 1988.
Avant d'en arriver à cette issue, Léon XIV avait pourtant multiplié les appels afin d'éviter cette rupture. Comme Jean-Paul II en son temps, il avait adressé une lettre au supérieur de la Fraternité pour le supplier de renoncer aux consécrations épiscopales. À la différence de 1988, aucune rencontre directe entre le pape et les responsables de la Fraternité n'a toutefois eu lieu.
Des conséquences canoniques pour les ministres et certains fidèles
Le décret publié par le Saint-Siège ne concerne pas uniquement les évêques impliqués dans les sacres. Il vise également les clercs et les fidèles qui adhèrent explicitement au schisme. Sont notamment concernés les catholiques qui participent exclusivement aux célébrations de la Fraternité Saint-Pie X, refusent toute participation à la liturgie célébrée en communion avec Rome et manifestent publiquement leur soutien aux consécrations du 1er juillet.
Cette clarification entraîne également d'importantes conséquences sur le plan sacramentel, souligne Paul Airiau. « Les facultés exceptionnelles accordées sous le pontificat du pape François sont désormais retirées », explique l'historien. Les confessions entendues par les prêtres de la Fraternité ne sont plus considérées comme valides, tandis que les mariages célébrés sans les autorisations prévues par le droit canonique redeviennent invalides.
Par cette décision, le Saint-Siège affirme une ligne plus ferme à l'égard de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X qui, plus de cinquante ans après sa fondation, continue de rejeter plusieurs enseignements du concile Vatican II. Présente dans près de 80 pays, elle revendique aujourd'hui environ 600 000 fidèles à travers le monde.


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