Romaric Bexon | Une église attaquée en Papouasie occidentale
Une explosion dans la cour d'une église, au cœur de la Papouasie indonésienne, a eu lieu le 17 mai dernier. Derrière cette attaque encore inexpliquée se dessine un conflit ancien, marqué par les tensions politiques, les violences armées et la question du sort des populations autochtones.
©PexelsCela s’est passé le 17 mai dernier dans la province de Papouasie centrale, à l’est de l’Indonésie. Une explosion a retenti dans la cour de la paroisse Saint-Paul d’Intan Jaya. Il semble que ce soit le fait d’un explosif lancé par un drone. À ce jour, on ne sait pas qui est à l’origine de cet attentat, mais cela intervient dans un contexte très tendu. En effet, un conflit de faible à moyenne intensité se déroule dans la partie indonésienne de la Nouvelle-Guinée. Depuis de nombreuses années, des indépendantistes autochtones, chrétiens ou animistes, revendiquent l’indépendance vis-à-vis du pouvoir central, tandis que la population accuse l’armée indonésienne de multiples violences et violations des droits humains.
Aux racines du conflit
L’histoire de la décolonisation a fait que ce territoire a été rattaché à l’Indonésie après l’indépendance de celle-ci vis-à-vis des Pays-Bas. Depuis, l’Indonésie mène elle-même une politique de colonisation, sur fond d’exploitation des ressources. Il faut savoir que cette région possède la mine de Grasberg, qui est la plus grande mine d’or du monde. Les ressources forestières sont également une source de convoitise très importante, et les grands projets agricoles en cours menacent directement le mode de vie des populations autochtones. Tout le monde connaît la fameuse huile de palme.
En plus de l’exploitation des ressources, l’Indonésie organise un déplacement des populations des îles surpeuplées comme Java vers les îles les moins peuplées comme la Nouvelle-Guinée. Cela se fait au détriment des populations locales, qui se voient, petit à petit, mises en minorité sur leur propre territoire.
Un climat de peur
Tout cela alimente les visées indépendantistes et donc la militarisation du territoire. Et c’est ce que dénonce le père franciscain Alexandro Rangga auprès de Fides, l’agence de presse des Œuvres pontificales Missionnaires. Cette présence accrue de forces armées indonésiennes renforce les tensions et aggrave le sentiment d’insécurité parmi la population autochtone. Face à la montée de toute cette violence, le père Rangga préfère se tourner vers l’encyclique « Pacem in Terris », dans laquelle le pape Jean XXIII rappelait que la vraie paix se trouve dans « la vérité, la justice, la liberté et l’amour de Dieu ». Quant au président des jeunes catholiques de la région, Tino Mote, il demande une enquête de l’État pour comprendre l’origine et les motifs de l’attaque contre l’église Saint-Paul, menée à l’aide d’un drone.


Retrouvez chaque mercredi à 6h44 dans la Matinale RCF, Romaric Bexon qui nous partage, une actualité de la mission, ou le portrait d'un missionnaire d'aujourd'hui.
Une chronique en partenariat avec les Oeuvres Pontificales Missionnaires (OPM).



