Restaurer la confiance sans renoncer à l’exigence : l’enseignement catholique à l’épreuve des violences et de sa mission éducative
Ébranlé par les révélations de violences commises pendant plusieurs décennies au sein de l’institution Notre-Dame de Bétharram, l’enseignement catholique a tenu lundi une conférence de presse décisive. Objectif : affronter la gravité des faits, restaurer la confiance et réaffirmer le cœur de son projet éducatif. Son secrétaire général, Guillaume Prévost, a posé les jalons d’une réflexion de fond sur la qualité de la relation éducative, tout en clarifiant les positions de l’institution sur la fermeture du site de Bétharram et sur ses relations avec l’État.
Audition parlementaire de Guillaume Prévost, secrétaire général de l’enseignement catholique, le 02/12/2025 © Amaury Cornu / Hans LucasAu-delà de la crise, l’enseignement catholique entend interroger ce qui fonde son identité, sa responsabilité et sa promesse éducative.
Les violences, une atteinte radicale au projet éducatif chrétien
D’emblée, Guillaume Prévost inscrit la prise de parole de l’enseignement catholique dans une gravité assumée. Les violences révélées à Notre-Dame de Bétharram ne sont pas un dysfonctionnement marginal : elles touchent, selon lui, le cœur même du projet éducatif chrétien. « Je crois que nous devons prendre très au sérieux la question des violences parce qu’elle vient pervertir le projet éducatif chrétien », affirme-t-il, avant d’exprimer une pensée pour les victimes : Celles-ci, rappelle-t-il, ont été atteintes « pour toute leur vie à l’endroit même où nous leur devions cette confiance en soi, dans les autres, dans l’avenir ». Or cette confiance constitue précisément, selon lui, l’essence du projet éducatif chrétien.
En nommant ainsi la blessure infligée, Guillaume Prévost reconnaît que les violences ne sont pas seulement des fautes individuelles : elles détruisent la promesse éducative elle-même, là où l’institution aurait dû être un lieu de protection et de croissance.
La relation éducative comme cœur du projet de l’enseignement catholique
Face à cette crise, l’enseignement catholique ne se contente pas d’une réponse défensive. La conférence de presse a été l’occasion de rappeler ce qui fonde positivement son projet.
« Ce qui est au cœur de notre projet éducatif, c’est l’entrée dans une relation », explique Guillaume Prévost. Une relation déclinée en trois dimensions indissociables : la relation à soi-même, aux autres et à l’avenir.
La relation à soi passe par « l’ouverture à l’intériorité ». La relation aux autres est centrale, car « c’est l’autre qui me guide, c’est cette ouverture à l’autre qui me permet de grandir ». Quant à la relation à l’avenir, elle ne peut être envisagée que comme « une relation d’espérance ».
Cette dynamique relationnelle constitue, selon lui, « le cœur de la promesse que nous faisons à chaque enfant, à chaque famille et à chacun des éducateurs qui s’engagent dans cette relation au sein de nos établissements ». C’est précisément cette promesse que les violences ont trahie, et que la mission lancée entend désormais garantir.
Bétharram : fermer un site sans pénaliser des innocents
Après plusieurs messages jugés dissonants sur l’avenir de l’institution Notre-Dame de Bétharram, Guillaume Prévost a tenu à clarifier la position de l’enseignement catholique. Oui, la fermeture du site est souhaitée, mais pas à n’importe quel prix. « Il ne faut pas couler le bateau tant qu’il y a des marins à bord », résume-t-il. Le site accueille aujourd’hui des élèves dans le cadre d’un nouvel établissement, le Beau Rameau , qui, insiste-t-il, « n’est pas responsable des violences qui ont été commises ».
La fermeture ne pourra donc intervenir qu’à une condition : « quand nous aurons clarifié le projet éducatif pour que les équipes, l’ensemble des personnes mobilisées sur le projet du Beau Rameau puissent sereinement se projeter dans l’avenir ».
Pour le secrétaire général, il s’agit là d’une responsabilité morale essentielle : « ne pas laisser des personnes innocentes emportées dans la responsabilité qui est la nôtre et pas la leur ».
Une mission nationale fondée sur l’écoute des victimes et l’expertise scientifique
La mission sur la qualité de la relation éducative, officiellement lancée, se veut à la fois large et exigeante. Elle est composée de responsables de l’enseignement catholique « dans toutes ses dimensions ».
Surtout, elle s’appuiera « sur le témoignage et la participation active de personnes victimes » et sera « éclairée par un collège scientifique ».
L’objectif est clair : dégager « les grandes orientations d’une évolution des structures, des projets, des dispositifs de formation de l’enseignement catholique » afin de garantir, dans tous les établissements, une promesse éducative explicitement formulée par Guillaume Prévost à travers Isaïe : « tu as du prix à nos yeux ».
Dialogue avec l’État : reconnaître la singularité de l’enseignement catholique
Après avoir dénoncé en décembre des abus d’autorité lors de contrôles menés sous l’égide des rectorats, Guillaume Prévost se montre néanmoins confiant dans la possibilité d’un dialogue renouvelé avec l’Éducation nationale. « Globalement le vrai sujet c’est celui d’une méconnaissance mutuelle », estime-t-il. Il appelle à entrer pleinement dans la relation entre « nos écoles et les services académiques, entre l’enseignement catholique et l’éducation nationale et plus largement avec l’ensemble des pouvoirs publics », notamment sur les questions de protection de la jeunesse.
Ce dialogue est, selon lui, la condition pour que « la façon singulière dont nous répondons aux services publics de l’éducation dans notre pays soit pleinement reconnue ».
Un service public de liberté fondé sur l’Évangile
Guillaume Prévost pose enfin une question de fond : « Pourquoi au fond on a des écoles catholiques dans notre pays ? » Sa réponse est claire :
« Le service public que nous rendons, précisément, c’est un service public de liberté des familles face au service public de l’éducation », affirme-t-il. Dans un système qui ne proposerait « qu’un seul programme, une seule façon de faire », cette liberté serait, selon lui, impossible.
La raison d’être des établissements catholiques tient donc à leur identité propre : « des établissements enracinés dans la foi, enracinés dans l’évangile, ouverts à tous, bien sûr, mais sans cesse référés au projet éducatif singulier de l’évangile ».
Dans cette perspective, pour Guillaume Prévost, la parution d’un nouveau guide des contrôles par l’éducation nationale à destination des inspecteurs prend acte des remarques et des retours à la suite des contrôles abusifs dénoncés par l’Enseignement catholique.


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