Qu'est-ce qui aide les victimes d'abus dans l'Eglise à sortir du silence ?
Depuis mars 2021, chaque troisième vendredi de Carême, une journée de mémoire et de prière est consacrée aux victimes de violences au sein de l'église. Cette initiative a émergé en réponse au rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'église (CIASE), incitant à la création de deux instances dédiées : l'une pour les victimes issues des congrégations religieuses et l'autre pour celles des diocèses. Marie Derain de Vaucresson, juriste et présidente de l'Instance Nationale Indépendante de Reconnaissance et de Réparation (INIR), ainsi que Maylis Kappelhoff-Lançon, secrétaire générale de la Commission Reconnaissance et Réparation (CRR), qualifient la médiatisation des abus dans l’Église contribue à libérer la parole des victimes.
Marie Derain de Vaucresson et Maylis Kappelhoff-Lançon ® Mélanie NiemiecL'Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation s’occupe des demandes de victimes d'abus sexuels commis par des clercs ou laïcs diocésains. La Commission reconnaissance et réparation, traite quant a elle les cas impliquant des religieux ou religieuses d'instituts, en privilégiant une justice restaurative personnalisée (financière ou non financière).
Les médias libèrent la parole
Marie Derain de Vaucresson, souligne que malgré une "apparente diminution de l'engagement" dans certains diocèses, les victimes rappellent constamment la nécessité de soutien qu’elles ressentent. En 2025, l'INIR a enregistré une augmentation de 60% des demandes de réparation, souvent déclenchée par la médiatisation des cas. Cette exposition médiatique joue un rôle crucial dans la "réactivation de la parole des victimes", facilitant l'identification et le témoignage dans des affaires longtemps gardées secrètes. Maylis Kappelhoff-Lançon quant à elle, affirme que les médias sont des "alliés essentiels" pour encourager les victimes à se manifester. En effet, l'impact des témoignages publics, qu'ils proviennent de figures connues ou de divulgations concernant des congrégations, incite d'autres victimes à partager leur histoire et à chercher réparation. La reconnaissance publique stimule un "effet domino" où l'identification à des récits similaires encourage d'autres victimes à briser le silence.
Je crois que la médiatisation joue un rôle reconnu comme positif par les victimes elles-mêmes.
La journée de prière pour les personnes victimes d’abus
La journée de mémoire revêt une importance capitale pour les victimes. Elle incarne une reconnaissance de leurs souffrances et leur offre une plateforme de libération. Marie Derain de Vaucresson et Maylis Kappelhoff-Lançon soulignent que cette reconnaissance est "essentielle" non seulement pour respecter les victimes, mais aussi pour "promouvoir une prévention active au sein de l'Eglise". L’existence d’instances indépendantes comme l'INIR et la CRR reste "primordial", même 5 ans après le rapport de la CIASE. Ces instances offrent non seulement un soutien crucial aux victimes à court terme, mais jouent également un rôle dans la surveillance et l'analyse des nouvelles infractions. Ainsi, malgré les défis, ces organisations s'avèrent essentielles pour concilier mémoire, justice, et prévention des abus futurs au sein de l'Eglise.


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