Quels sont les effets de la révolution numérique ?
Jean-Dominique Séval, prospectiviste et économiste du numérique, dévoile les impacts inattendus de la révolution numérique dans son livre La fin de Babel. Selon lui, cette transformation pourrait favoriser un retour à une civilisation orale, modifiant ainsi notre rapport à l'écriture et à la lecture.
Jean-Dominique Séval ® LD29 juin 2007. L’iPhone 2G, le tout premier modèle de téléphone portable est commercialisé par Apple. En quelques semaines, plus d’un million d’exemplaires sont vendus. Mais la révolution numérique ne commence pas à ce moment. Elle débute dans les années 1950, avec l’apparition des premiers ordinateurs et réseaux informatiques. Tout s’accélère à la fin des années 1970, lorsque les ordinateurs commencent à entrer dans la vie quotidienne de nombreuses personnes. Difficile d’imaginer aujourd’hui un monde sans internet et sans écrans tactiles.
Les effets de la révolution numérique
Loin de se limiter à une simple transformation des outils, la révolution numérique produit des effets inattendus sur nos pratiques intellectuelles. L’écriture recule dans les usages quotidiens, supplantée par de courtes vidéos. Dans le même temps, la lecture approfondie cède du terrain face à une consommation rapide et discontinue de contenus, au risque d’appauvrir l’attention et la compréhension. Dès lors, "le rapport au savoir et la façon de s'informer se reconfigurent", déclare Jean-Dominique Séval. La logique d’appropriation et de hiérarchisation des connaissances est remplacée par une navigation permanente dans un flux d’informations, où l’immédiateté prime souvent sur la réflexion.
Le retour de l’oralité ?
Jean-Dominique Séval invite à regarder les mutations en cours "avec lucidité" : si l’écrit ne disparaîtra pas, une forme de "civilisation orale" pourrait émerger à ses côtés. Une évolution à laquelle "il faudra s’adapter", sans céder ni au pessimisme ni à l’enthousiasme aveugle. Avec l’essor de l’intelligence artificielle générative, de nouveaux objets apparaissent : écouteurs, montres, lunettes, qui deviendront des interfaces discrètes. "Ces objets nous parleront directement à l’oreille et nous donneront les informations utiles, sans que nous ayons à consulter constamment des écrans", explique Jean-Dominique Séval. Nous aurons recours aux écrans uniquement en cas de besoin, non plus "de manière compulsive". Avec l'émergence d'un "oral numérique", où les outils technologiques nous parlent et réduisent notre dépendance aux écrans, c’est toute notre manière de produire, de transmettre et de recevoir les idées qui se transforme.


Chaque jour, Louis Daufresne apporte convivialité et regard positif, dans un esprit critique, sur l'actualité au sens large, en compagnie d'une personnalité reconnue et issue du monde intellectuel, religieux, etc.




