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Quel rôle le Rassemblement national va-t-il pouvoir jouer à l'Assemblée ?
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Quel rôle le Rassemblement national va-t-il pouvoir jouer à l'Assemblée ?

Un article rédigé par Clara Gabillet - RCF, le 21 juin 2022  -  Modifié le 21 juin 2022
Le dossier de la rédaction Quel rôle va pouvoir jouer le Rassemblement national à l'Assemblée ?

Un nombre de députés multiplié par 11. De 8 députés élus en 2017, le Rassemblement national en a désormais 89. C'est un record absolu pour le parti, qui a fait une percée historique aux élections législatives. Les élus revendiquent de former une opposition ferme mais constructive. 

Tour Eiffel de Paris depuis les quais de Seine, France. ©Unsplash Tour Eiffel de Paris depuis les quais de Seine, France. ©Unsplash

C'est une percée à laquelle même certains candidats du Rassemblement national ne s'attendaient pas. Avec 89 députés, jamais le parti n'avait connu autant d'élus dans l'hémicycle. "On vit un truc de dingue ! Pendant 36 ans, j'ai attendu deux choses : Top Gun 2 et une soirée comme hier !", s'amuse Laure Lavalette, porte-parole du Rassemblement national, qui vient d'être élue dans le Var.

 

Le Rassemblement national dépasse donc le seuil minimal de 15 députés pour former un groupe à l'Assemblée. Ce qui leur donne aussi le pouvoir de demander une suspension de séance, de signer une motion de censure, et de saisir le Conseil constitutionnel sur un texte de loi. 

 

Une opposition qui se veut constructive

 

Ils pourront aussi prétendre à la présidence de la commission des Finances qui revient traditionnellement à un parti d’opposition. "En tant que première opposition, on est tout à fait légitime pour demander la présidence de cette commission qui est cruciale", affirme Laure Lavalette. Selon elle, ce nouveau poids va changer beaucoup de choses. "Là, d'un coup, on a 89 députés, un groupe, du temps de parole, la possibilité de faire des suspensions de séance, des motions. La vie parlementaire sera complètement différente. Ils ne pourront plus faire comme si nous n'existons pas", lâche la nouvelle députée.

 

Mais tous ces leviers dont va disposer le groupe RN à l’Assemblée ne changera pas fondamentalement son travail selon Erwan Lecoeur. "Cette extrême-droite issue du FN a toujours été anti parlementaire. La seule fois où ils ont eu un groupe à l'Assemblée en 1986, ils s'amusaient à voter à la place des députés absents et à faire des esclandres dans l'hémicycle donc je ne vois pas très bien comment ils auraient pu autant changer de fonctionnement. Marine Le Pen sera là à l'Assemblée pour faire parler d'elle, pour créer des incidents", estime le sociologue spécialiste de l'extrême-droite.

 

Le Rassemblement national revendique toutefois de devenir une opposition ferme mais constructive. Les élus n’excluent pas de voter des textes issus de la majorité présidentielle, notamment sur les enjeux liés au pouvoir d’achat.  

 

Aller chercher des voix du côté du Rassemblement national

 

Plusieurs élus de la majorité n’excluent pas d’aller chercher les voix du côté du Rassemblement national car la majorité présidentielle est trop relative pour gouverner. Le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti, qui a pourtant toujours revendiqué combattre le Front national puis le Rassemblement national, a évoqué la nécessité "d'avancer ensemble".

 

"Il va falloir qu'on arrive à trouver tous ensemble des compromis texte par texte et ne pas rester arc-bouté sur des positions partisanes mais il y a des lignes rouges. Par exemple, je ne considère pas que le mal absolu de la France est l'immigration. Sur d'autres sujets, si nous arrivons à nous entendre pour le bien des Français et des Françaises, très bien", réaffirme Prisca Thevenot, porte-parole de la majorité, élue députée dans les Hauts-de-Seine. Une position qui suscite beaucoup de réactions à gauche. Certains cadres de la NUPES dénoncent un naufrage.

 

Cette situation s’explique selon Erwan Lecoeur par la dédiabolisation du RN accélérée par l'arrivée d'Eric Zemmour dans la campagne présidentielle. "Il a déplacé le spectre politique français vers la droite. Il a servi de bélier derrière lequel Marine Le Pen a pu s'engouffrer. Elle s'est normalisée", estime-t-il. Par ailleurs, le spécialiste explique que, "en France, nous étions habitués à se mettre à l'abri derrière le mode de scrutin qui ne permettait pas au RN de gagner des députés. Le mode de scrutin n'a pas été changé et pourtant il n'est plus une digue qui contient la montée des eaux du RN".

 

Une victoire également financière

 

Avec cette percée, le Rassemblement national va pouvoir rééquilibrer ses finances, alors que le parti est endetté. Car si une formation politique obtient 1 % des suffrages dans au moins 50 circonscriptions au premier tour, elle peut obtenir 1,64 euro par an par électeur. c’est considérable. Pour le RN, cela revient à 35 millions d’euros sur 5 ans. 

 

Dans la foulée de son élection, un député reçoit 37.400 euros par an, par parlementaire. Pour le RN, cela représente plus de 3 millions d’euros supplémentaires par an. "Le FN a plus de 24 millions d'euros de dette. C'est colossal. En France, le financement des partis se fait à partir des législatives et donc pour la première fois de son histoire, le RN va enfin toucher un certain nombre de millions d'euros chaque année", explique Erwan Lecoeur.
 

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Le dossier de la rédaction © RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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