Que pense Jean Leonetti du nouveau projet de loi sur la fin de vie ?
Dans un contexte politique tumultueux, la loi sur la fin de vie suscite beaucoup de débats. À partir du 20 janvier, les sénateurs examineront deux textes majeurs suite au projet de réforme voulu par Emmanuel Macron. Jean Leonetti, ancien ministre et actuel maire d’Antibes, est une figure clé des lois de 2005 et 2016 sur la fin de vie. Il exprime des réserves profondes sur ces nouvelles orientations législatives.
Jean Leonetti ® RCFLa loi Claeys‑Leonetti encadre la fin de vie en renforçant les droits du patient tout en maintenant l’interdiction de donner délibérément la mort.
"Soigner, ce n’est pas tuer."
Du 20 au 28 janvier, les sénateurs examineront deux textes majeurs : un premier visant à étendre l'accès aux soins palliatifs et un second, légalisant l'euthanasie sous le terme "aide active à mourir".
Le premier, largement consensuel, vise à renforcer l’accès universel aux soins palliatifs sur tout le territoire, en améliorant l’offre, la coordination et la formation des soignants, afin d’éviter que des demandes d’aide à mourir ne découlent d’un manque de prise en charge. Le second, bien plus controversé, instaure un "droit à l’aide à mourir" pour les patients atteints d’une affection grave et incurable en phase avancée, avec des souffrances réfractaires, sous conditions strictes et procédure encadrée.
Selon Jean Leonetti, il est nécessaire de "ne pas se tromper de débat". Il ne s’agit pas de savoir si le texte du Sénat est meilleur que celui de l’Assemblée Nationale. Pour lui, il faut plutôt s'interroger sur "pourquoi donner la mort" et non "comment donner la mort".
Les textes de 2005 et 2016, rappelle Jean Leonetti, étaient fondés sur trois principes : "ne pas abandonner la personne, ne pas la laisser souffrir et ne pas prolonger sa vie de manière anormale". Ce sont ces raisons qui ont conduit à "leur adoption à l'unanimité". C’est là "une rupture majeure" qui sépare ces textes de ceux qui seront bientôt débattus. "Contrairement à la loi Claeys‑Leonetti, le projet de loi actuel prévoit une condamnation si on essaye de persuader quelqu'un de ne pas aller vers le suicide assisté", déplore Jean Leonetti.
C’est une rupture avec notre culture judéo-chrétienne et avec l'engagement médical.
La peur de la souffrance
Jean Leonetti dénonce l'absence de développement effectif des soins palliatifs. Même si le gouvernement s’est engagé à les développer, il insiste sur le fait que cela ne figure pas dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale des deux dernières années. "Dans 20 départements français, il n’y a aucune proposition de soins palliatifs", argue Jean Leonetti. Selon lui, "une prise en charge digne et efficace dans les soins palliatifs réduit drastiquement les demandes de mort", voire les élimine selon certains médecins. Légaliser l'aide à mourir créerait des "inégalités territoriales", certains territoires voyant plus de demandes faute de soins adéquats.
Donnons les moyens, ayons la volonté politique de développer des soins palliatifs en France.
Plus que la peur de la mort, c’est "la peur de la souffrance et de la déchéance" qui se développe en France selon l’ancien ministre. Dans une société qui prône la performance et la force, perdre ses facultés physiques et intellectuelles est une source d’angoisse profonde. Jean Leonetti met en garde, "quand on commence à dire que telle ou telle vie ne mérite pas d'être vécue", en le formalisant dans un texte de loi, "on fait passer le message global que toutes les personnes qui sont dans cette situation ne méritent pas de vivre".


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