Projet de loi sur la fin de vie : à Rennes, les Petites soeurs des pauvres et le diocèse s’expriment
Après plusieurs mois de débats parlementaires et de consultations, la proposition de loi sur le « droit à l’aide à mourir » repasse au Sénat à partir de ce mardi. Ce texte suscite un débat intense sur les questions humaines, éthiques et sociétales. Notamment dans les établissements privés catholiques accueillant des personnes en fin de vie. Ces structures réclament la mise en place d’une clause de conscience spécifique protégeant tous ceux qui y travaillent, afin de leur permettre de ne pas organiser des euthanasies ou des suicides assistés. Exemple dans le diocèse de Rennes.
© RCF Alpha - Alice Létondot Des structures catholiques reconnues aux convictions fortes
Les hôpitaux et établissements médico-sociaux catholiques comme les Petites sœurs de pauvres sont reconnus de longue date par l’ARS. Depuis des décennies, ils reçoivent avec des valeurs éthiques et religieuses des patients et tentent de les accompagner au mieux. C’est leur vocation, ils continueront, mais sans aller à l'encontre de leurs convictions et foi profondes, préviennent-ils.
Ces établissements de santé craignent de devoir effectuer l’euthanasie et le suicide assisté en cas d’autorisation de ces pratiques. Leurs responsables réclament donc la création d’une clause de conscience spécifique, afin de permettre notamment aux directions de ces structures, dont des Ehpad, de ne pas avoir à effectuer ces actes en cas de refus de leurs soignants.
D'où le mot d'ordre du groupe hospitalier Saint-Thomas de Villeneuve, qui gère vingt établissements et une centaine de lits en soins palliatifs en France : « prendre soin, c'est d'abord créer un lien. Pour nous, on ne voit pas comment créer un lien qui ne sera pas un lien de vie. On ne peut pas créer un lien de mort », explique Soeur Eulalie-Marie, de la communauté de Saint Thomas de Villeneuve de Rennes.
Des enjeux fondamentaux
Ces structures sont des maisons dites “familiales”. « Maison familiale dit qu'on considère ces personnes comme notre famille, qu'on les aime, c'est difficile d'aller tuer quelqu'un qu'on aime » confie sœur Sophie de Saint Joseph, des Petites sœurs des pauvres de Rennes. La congrégation compte 28 maisons en France et 2000 résidents. Cette liberté individuelle, si elle est permise, impactera aussi fortement la micro-société que forme l’établissement (soignants, résidents etc.), alerte la religieuse.
L’enjeu est donc surtout de développer dans ces structures les soins palliatifs qui sont prévus dans le cadre de la loi Claeys Léonetti mais manquent encore dans de nombreux territoires. Des structures qui manquent souvent de fonds pour remplir leur mission première d’hospitalité et de soin des plus pauvres.
Dans un contexte où l’on soigne, « il y a incohérence entre soigner et donner la mort - l’acte de donner la mort ne pourra jamais être considéré comme un soin. Et le choix de donner la mort ne peut pas être pris en toute liberté s’il y a confusion » pointe Mgr d'Ornellas, évêque du diocèse de Rennes, alors que les évêques de France signaient il y a quelques jours une tribune alertant sur le sujet.
A savoir aussi que les sénateurs, à partir de ce mardi, débattront de l'élargissement de la clause de conscience aux pharmaciens qui produisent la substance létale en question. En mai dernier les députés l'avait refusée. 81% des pharmaciens hospitaliers réclament cette clause de conscience, selon l'évêque du diocèse de Rennes.

