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Procès Eerdekens contre Mélanie De Groote : quand un portrait journalistique mène au tribunal

Procès Eerdekens contre Mélanie De Groote : quand un portrait journalistique mène au tribunal

Un article rédigé par Théo Leunens - RCF Namur, le 15 janvier 2026 - Modifié le 15 janvier 2026

Le 15 janvier, au tribunal civil de Namur, l’ancien bourgmestre d’Andenne Claude Eerdekens poursuivait en justice la journaliste Mélanie De Groote pour un portrait publié dans le magazine Wilfried.

©RCF Sud Belgique©RCF Sud Belgique

Au tribunal civil de Namur, les bancs sont presque vides côté demandeur. Claude Eerdekens, ancien bourgmestre d’Andenne, n’est pas présent. Il est représenté par son avocate, Me Macqua, bien seule à la barre. En face, Mélanie De Groote, journaliste pour le magazine Wilfried, est là. Elle n’est pas seule : quelques membres de la rédaction l’accompagnent, ainsi qu’une représentante de l’Association des Journalistes Professionnels (AJP) et plusieurs soutiens. 

Au cœur du procès : un article publié dix jours avant les élections communales d’octobre 2024 dans le magazine Wilfried, intitulé « Claude Eerdekens, le vieux fauve d’Andenne ». Un portrait-enquête peu flatteur de l’ancien bourgmestre, brossé à partir d’une trentaine de témoignages. Mélanie De Groote y décrit un homme autoritaire, misogyne, et auteur de comportements sexistes.

Selon le demandeur, le préjudice est immense. Claude Eerdekens aurait été, selon son avocate, « profondément blessé dans son honneur ». L’article est présenté comme une campagne de dénigrement, un texte à charge, conçu pour « faire tomber » celui qui, sans cette publication, aurait été réélu. « On a utilisé 50 ans d’engagement total pour salir mon client », plaide Me Macqua.

Un article « à charge » ou un travail d’enquête ?

Durant l’audience, Me Macqua s’attache à tenter de démontrer que la journaliste n’aurait pas respecté les règles de son métier et pire... qu'elle a sciemment voulu nuire à son client. Les descriptions psychologiques ? De l’interprétation orientée. Les accusations de comportements sexistes ? Irrecevables, car issues, selon la partie demanderesse, de femmes appartenant à l’opposition politique. 

Autre argument avancé : l’absence d’articles ultérieurs sur Claude Eerdekens dans Wilfried, preuve, selon l’accusation, que le sujet n'avait plus d'utilité car « l’objectif était atteint » : celui de faire tomber l’ancien bourgmestre.

Au fil de la plaidoirie, on est quasiment amenés à imaginer Mélanie De Groote en chevaleresse solitaire, plume en main, terrassant à elle seule un dragon politique solidement installé… Une vision presque romanesque, qui lui attribue un pouvoir sur un homme que ni les urnes ni les alliances n’avaient, jusque-là, fait vaciller.

La défense : trois ans d’enquête, 33 témoignages

Face à ces accusations, la défense rappelle des chiffres. Trois années de travail, 33 témoignages, 856 minutes d’enregistrements. « Ce n’est pas rien », insiste l’avocat de Mélanie De Groote. Chaque mot, chaque qualificatif utilisé dans l’article s’appuie sur des témoignages précis, documentés, recoupés.

La défense rappelle également la tentative avortée de la Ville d’Andenne d’intenter une action judiciaire contre la journaliste, une démarche dénoncée à l’époque par la Fédération Européenne des Journalistes (FEJ). Elle évoque aussi Claude Eerdekens comme un « Lucky Luke du contentieux », en référence à la centaine de procédures judiciaires qu’il aurait intentées au fil des ans.

Le cœur du débat se cristallise alors autour d’un mot : procédure-bâillon. Pour la défense, cette action en justice s’inscrit dans une logique d’intimidation, visant à faire taire une journaliste et à dissuader les témoins de s’exprimer. Une pression, dit-elle, exercée non seulement sur Mélanie De Groote, mais aussi sur celles et ceux qui ont accepté de témoigner.

La journaliste prend finalement la parole pour rappeler qu’affirmer que cet article aurait, à lui seul, empêché la réélection de Claude Eerdekens relève davantage de la spéculation que d’un fait démontré. « Wilfried, ce n’est pas le New York Times », glisse-t-elle, faisant référence au tirage limité du magazine.

Une plume plutôt qu’une épée

À entendre la défense, la figure fantasmée de la chevaleresse solitaire s’effrite peu à peu. Mélanie De Groote n’a pas brandi une plume comme une épée, ni décidé seule de faire tomber un pouvoir en place. Elle n’a pas agi dans l’ivresse du combat ni dans la fièvre militante. Elle a enquêté longuement, collecté des témoignages, recoupé des faits, pris le temps de douter et d’écrire. Le dragon politique, s’il existe, n’a pas été terrassé mais exposé à la lumière d’un travail journalistique. Et c’est peut-être là que le malaise commence. Car au fond, pour la défense, ce qui est jugé ici n’est pas une croisade personnelle, mais une méthode, une rigueur, un droit fondamental : celui d’informer.

Pour la défense, Mélanie De Groote n’est ni justicière ni militante déguisée. Elle est journaliste. Et c’est déjà bien assez.

Le tribunal rendra son jugement le 5 mars. 

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