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Procès de l’assassinat du père Olivier Maire : les experts au cœur des débats

Procès de l’assassinat du père Olivier Maire : les experts au cœur des débats

Un article rédigé par Auberi Maitrot - RCF Vendée, le 21 janvier 2026 - Modifié le 21 janvier 2026

À la cour d’assises de la Vendée, le procès de l’assassinat du père Olivier Maire se poursuit. Emmanuel Abaysenga, accusé du meurtre du prêtre montfortain, reste silencieux à l’audience. Témoignages et expertises psychiatriques tentent d’éclairer les circonstances du drame survenu dans la nuit du 8 au 9 août 2021 à Saint-Laurent-sur-Sèvre.

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Il est 18h50 lorsque la présidente s’adresse à Emmanuel Abaysenga : « C’est à votre tour de parler ». L’accusé demeure impassible. Son avocate se penche par-dessus le banc et lui propose de rester assis, un micro devant lui être apporté. Aucune réaction.

Les juges entament alors la lecture de ses auditions. À chaque fois, l’accusé livre la même version, à quelques détails près. Selon lui, le 8 août 2021, en rentrant de la messe, le père Olivier Maire l’aurait agrippé et fait tomber dans les escaliers. Pour se défendre, il aurait saisi une chaise et lui aurait porté deux coups. Cette version ne correspond pas aux conclusions de la médecin légiste entendue mercredi matin. Le prêtre a été frappé à la tête à plusieurs reprises par un objet lourd, et non par une chaise. Il n’est pas mort sur le coup.

À ce moment-là, le père du prêtre, âgé de 92 ans, ferme longuement les yeux et serre davantage la main de son épouse.

La médecin légiste a également examiné Emmanuel Abaysenga lorsqu’il s’est présenté à la gendarmerie, au matin du 9 août 2021. Elle indique qu’il ne présentait aucune blessure compatible avec une situation de légitime défense.

Comprendre la personnalité de l’accusé. 

Deux frères montfortains, Daniel et Jean-Baptiste, témoignent. Ils accompagnaient régulièrement Emmanuel Abaysenga à des rendez-vous médicaux et partageaient les repas avec lui. Ils décrivent un homme calme, discret sur sa vie personnelle, cohérent dans ses propos. Ils évoquent également sa volonté répétée de retourner en prison, exprimée avant le 8 août 2021. Un souhait incompris au sein de la communauté, alors que, selon eux, « Olivier Maire l’aimait comme un papa ».

La cousine d’Emmanuel Abaysenga est ensuite appelée à la barre. Elle a quitté le Rwanda alors qu’il était encore enfant et n’a pas grandi avec lui. Ils reprennent contact à son arrivée en France, fin 2012, et se voient à quelques reprises à Nantes. Après le drame, il l’appelle durant son internement et lui raconte sa version des faits. Elle l’interroge : « Pourquoi tu n’as pas appelé les secours ou crié à l’aide dehors ? »
Puis : « Tu as passé la nuit avec un cadavre… » Elle confie : « Je me suis dit : il l’a fait, il a tué quelqu’un »

Dans la salle, le silence est total. La famille écoute, suspendue à ses paroles. Elle ajoute : « J’aurais au moins voulu qu’il demande pardon à la famille. » Sur le banc des accusés, Emmanuel Abaysenga garde la tête baissée, les mains dans sa parka rouge.

La passé de l'accusé divise

La cousine évoque ensuite le reste de la famille Abaysenga restée au Rwanda. La mère d’Emmanuel est décédée il y a deux ans. L’un de ses frères est avocat. Il a des neveux et des nièces. Des éléments qui contrastent avec les déclarations de l’accusé, qui a affirmé à plusieurs reprises que tous ses proches avaient été tués lors du génocide. Le passé d’Emmanuel Abaysenga apparaît central dans les débats et divise les psychiatres et psychologues mandatés par la justice. Témoin de meurtres durant son enfance lors du génocide, descriptions de scènes de crime lorsqu’il était policier, tortures subies pour usurpation d’identité : les experts peinent à distinguer les faits avérés de ceux inventés pour appuyer une demande d’asile ou de ce qu’ils qualifient de « fantasmé pour renforcer un positionnement de victime ».

Sur le banc des parties civiles, les frères du prêtre échangent des regards. Ils interpellent leur avocate. Puis Stéphane Maire se lève, quitte la salle et reste un long moment à l’extérieur pour se calmer.

Pour la psychologue, la question de l’identité est centrale. Enfant, il aurait dissimulé son identité, puis usurpé une autre ethnie pour entrer dans la police au Rwanda. Lorsqu’il comprend qu’il n’obtiendra pas de papiers en France, donc « pas de nouvelle identité », les troubles psychotiques s’aggravent.

La plupart des experts ont rencontré Emmanuel Abaysenga lors de l’instruction liée à l’incendie de la cathédrale de Nantes. Tous constatent une dégradation de son état depuis le meurtre d’Olivier Maire : immobilité, repli, absence. Lors des expertises, ses rares propos portent sur son corps, son incontinence et une prétendue castration dont il se dit victime durant son séjour chez les Montfortains. Il affirme notamment : « Le prêtre m’a fait boire une soupe de la castration ».

Le discernement: un enjeu déterminant pour la peine

Stress post-traumatique, hypocondrie délirante, décompensation psychotique : plusieurs hypothèses sont avancées. Le collège d’experts conclut à une altération du discernement au moment des faits. Un débat long et éprouvant pour les jurés.
En fin de journée, l’avocate de la défense souligne : « Ils repartent avec des questions. C’est mon travail : montrer que les choses ne sont pas si simples. » Si les jurés retiennent l’existence d’une altération du discernement, la peine encourue par Emmanuel Abaysenga pourrait être réduite de 30 %.

 

 

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