Prix des carburants : "accepter des investissements lourds" pour devenir "autonome en énergie"
Face à la hausse spectaculaire des prix du pétrole ces dernières semaines, le gouvernement annonce 10 milliards d'euros d'investissement chaque année pour électrifier le pays. Où en est cette électrification en Auvergne ? On pose la question à Yves Simon, président du Syndicat départemental de l'énergie dans l'Allier. Il est l'invité des radios RCF en Auvergne.
Pour Yves Simon, président du syndicat de l'énergie dans l'Allier, il faut accepter "des investissements lourds" aujourd'hui pour électrifier la France. ©RCF Aller/Jérémi CoulonFace à la flambée des prix du carburant, le gouvernement vient d'annoncer un plan d'investissement de 10 milliards d'euros par an en France jusqu'en 2030 pour électrifier le pays. Une électrification nécessaire pour Yves Simon, maire de Meillard et président du Syndicat départemental de l'énergie dans l'Allier, selon lui, il faut accepter "des investissements lourds" aujourd'hui pour profiter d'une électrification demain. Il est l'invité des radios RCF en Auvergne.
L'autonomie des voitures grandit de jour en jour
Il y a plus de 10 ans, l'Allier était un département précurseur dans le développement des bornes électriques. Avec l'ambition d'une borne tous les 30 kilomètres. Un objectif qui "n'est plus vraiment d'actualité", confesse Yves Simon. En effet, "l'autonomie des voitures grandit de jour en jour" et dans l'Allier, "20% des bornes sont rentables et 80% ne le sont pas", précise le président du SDE (Syndicat départemental de l'énergie). Syndicat, propriétaire de 82 bornes sur 250 dans le département.
Les bornes sont rentables dans les endroits de forte affluence, comme en Savoie, où les touristes rechargent leurs voitures. L'implantation de nouvelles bornes s'envisage désormais "dans les secteurs où il y a une forte demande" et "sur des points stratégiques". Par exemple l'installation d'une borne est étudiée à Charroux, où il y a beaucoup de touristes.
L'Allier "produit environ 35% de l'électricité renouvelable"
À l'image du déploiement des bornes électriques, l'Allier "a pris une orientation assez forte en matière de production d'électricité renouvelable". Aujourd'hui, le territoire "produit environ 35% de l'électricité renouvelable" de la région Auvergne-Rhône-Alpes", "ce qui est énorme", précise Yves Simon.
Aujourd'hui le réseau bourbonnais a "tendance à saturer". Il n'y a pas assez de "postes sources", c'est-à-dire des transformateurs, pour injecter la production électrique sur les lignes de RTE (Réseau de Transport d'Électricité). Auparavant, ces postes sources servaient uniquement à desservir la population en électricité ; aujourd'hui ils servent également à importer la production. Or, on a "un peu de mal à savoir si RTE peut ou ne peut pas prendre cette électricité nouvelle", note Yves Simon.
Mettre en place un nouveau transformateur est long. Par exemple dans l'Allier, trois postes sont en attente, mais avant de débuter les travaux il faut "souscrire 20% des apports sur ce nouveau poste". Selon le président du Syndicat de l'énergie de l'Allier, cela veut dire qu'il faut 5 ans d'attente pour les producteurs d'énergie avant de pouvoir injecter sur un nouveau poste.
D'où l'idée du SDE, "qui n'a pas pris", de "faire des postes privés". C'est ce qu'il se passe à Meillard, au sud de Moulins, la commune dont Yves Simon est le maire. EDF porte un projet sur 59 hectares avec un poste source pour injecter sur la ligne de RTE, ce qui va "permettre à des agriculteurs sur ce poste pour injecter [leur production électrique] ainsi".
Cependant, "le législateur aura besoin de se prononcer" sur ses postes privés, puisqu'aujourd'hui les "postes doivent rester dans le réseau public d'une façon ou d'une autre, soit par convention, soit par fonctionnement", explique Yves Simon.
On est dans un monde à l'envers en France
Cette production électrique "se fait à l'envers de ce qu'elle devrait être". Selon le président du Syndicat de l'énergie bourbonnais, le "premier qui devrait dire s'il y a des capacités d'injection, c'est RTE" qui gère les lignes à haute tension, puis signaler à Enedis d'installer des postes sources, puis joindre les élus et enfin les opérateurs pour dire "vous avez des possibilités à tel ou tel endroit".
Or, "RTE ne communique pas, c'est un vrai souci", selon Yves Simon. Et aujourd'hui, "on a l'opérateur qui va voir le propriétaire ou l'agriculteur, qui va voir le maire, qui va voir Enedis […] et Enedis va voir si RTE veut bien prendre plus d'injection".
Si l'Allier est exportatrice d'énergie, ce sera, un jour ou l'autre, le roi du pétrole !
Pour Yves Simon, l'ambition de 300.000 hectares de panneaux photovoltaïques en France est "complètement acceptable", soit 3.000 hectares dans l'Allier, une surface là aussi "tout à fait acceptable".
D'autant plus que cette surface de panneaux solaires permettrait des retombées économiques. Environ 2 milliards sont avancés, mais "je suis plutôt sur un chiffre de 3,3 milliards si on avait 300 000 hectares", explique Yves Simon, ce qui correspondrait à des retombées "de l'ordre de 33 millions" dans l'Allier pour 3.000 hectares de panneaux photovoltaïques. Les "avantages fiscaux" seraient nombreux également pour les collectivités. "Demain, si l'Allier est exportatrice d'énergie, ce sera, un jour ou l'autre, le roi du pétrole !".
L'énergie renouvelable par le solaire, le vent, la méthanisation, la géothermie et "pourquoi pas l'hydrogène demain", nécessite des milliards d'investissement. Mais "ces milliards d'investissement, on ne va pas les refaire tout le temps", et "il faut accepter des investissements lourds", pour mettre en place ses infrastructures.
"Si on avait des raisonnements comme ça au moment du nucléaire, on n'aurait jamais eu de centrales nucléaires !", assure Yves Simon. Selon lui, si on évite une dépense d'achat de gaz et de pétrole entre 60 et 90 milliards, "on [serait] autonome en énergie".
Une nécessaire adaptation à la production renouvelable
Produire de l'énergie renouvelable nécessite de nouveaux usages. En effet, la production solaire et venteuse se place majoritairement entre 11 heures et 16 heures. Il faudra donc favoriser la consommation sur cette plage horaire avec par exemple de "l'électricité à prix négatif", comme en Finlande.
Et décaler l'utilisation de son lave-vaisselle, de sa machine à laver et de son sèche-linge à ces horaires. Les syndicats d'eau pourraient également pomper l'eau durant cette période plutôt que la nuit, propose Yves Simon. Aure solution : "stocker l'énergie dans des batteries", même si RTE est encore frileux.
Pour conclure, le président du syndicat de l'énergie de l'Allier l'assure : "On travaille beaucoup sur toutes les alternatives à cette forte quantité d'électricité produite de façon à avoir une utilisation rationnelle qui fait que ça devra se stocker".


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