Prime au sortant, progression du RN et de LFI, désintérêt pour les macronistes… les leçons du premier tour des municipales dans les Hauts-de-France
Au lendemain du premier tour des élections municipales, analyse des résultats dans la région. La progression limitée du Rassemblement national, les surprises de La France Insoumise, et les sortants largement favorisés. Décryptage du politologue Tristan Haute.
Analyse des résultats dans les Hauts-de-France©️DRLes maires sortants : premiers vainqueurs de ce premier tour.
Pour la grande majorité des communes, l’élection municipale est déjà jouée. Dans près de 2 000 communes du Nord–Pas-de-Calais et de la Somme, les électeurs ont donné dès le premier tour une majorité claire à une équipe municipale.
Selon Tristan Haute, maître de conférences en sciences politiques à l’Université de Lille, les maires sortants étaient en position favorable. Environ 75 % d’entre eux se représentaient, et ils ont souvent bénéficié d’un avantage, aussi bien dans les communes marquées politiquement que dans les plus petites, où les listes se présentent sans étiquette.
Résultat : près de huit à neuf communes sur dix ont déjà tranché. Et ce, parfois même dans des configurations concurrentielles. Plusieurs maires ont été réélus dès le premier tour malgré la présence de plus de deux listes, notamment à Calais, Sangatte, Dunkerque, Saint-Amand-les-Eaux, Boulogne-sur-Mer, Le Touquet-Paris-Plage, Marcq-en-Barœul, Arras ou encore Saint-Omer.
Les prochains tours ne concernent donc qu’une minorité de communes et d’électeurs dans la région.
Reste aussi une question à observer dans les petites communes : celle de l’évolution du panachage, cette pratique qui permet aux électeurs de modifier les listes. « Il faudra analyser les chiffres de la participation et des votes blancs pour voir si certains électeurs ont maintenu cette pratique », note Tristan Haute.
Autre tendance déjà visible : la participation recule par rapport au scrutin de 2014.
Le Rassemblement national étend sa toile sur le bassin minier… mais pas ailleurs
Parmi les communes qui se sont dotées d’une équipe municipale hier soir, plusieurs étaient déjà dirigées par le Rassemblement national (RN). À Hénin-Beaumont et à Bruay-la-Buissière, les maires RN ont été reconduits dès le premier tour. L’extrême droite s’impose également dans plusieurs communes du bassin minier : à Hergnies, Houdain, Marles-les-Mines, Harnes, Loison-sous-Lens ou encore Drocourt.
« Le RN étend sa toile dans le bassin minier », analyse Tristan Haute. « Mais il a connu aussi quelques déceptions. »
À Douai, si le RN est arrivé en tête avec près de 30 % des voix, les équilibres du second tour devraient sans doute l’empêcher de conquérir la mairie. À Denain, la déconvenue est encore plus nette : la maire sortante socialiste est élue dès le premier tour. Dans le fief du député Sébastien Chenu, lieutenant de Marine Le Pen, le RN ne franchit même pas la barre des 25 %.
Autre revers de taille à Lens. Grand objectif du RN, la ville a été remportée dès le premier tour par le maire sortant de gauche, Sylvain Robert, avec un peu plus de 50 % des voix. Le député RN Bruno Clavet réunit tout de même près de 46 % des suffrages.
On voit que le RN, au-delà du bassin minier, est dans une situation plus compliquée.
Pour autant, lorsque le RN s’implante à la tête d’une mairie, il devient difficile de l’en déloger. « Ce qui fait leur succès dans leurs communes, c’est l’affaiblissement très fort de leur opposition. Elles sont très marginalisées, tandis que les équipes municipales entretiennent des contacts quotidiens avec les administrés. »
La France insoumise : confirmation, surprise et caillou dans la chaussure de la gauche
Autre vainqueur du premier tour : La France Insoumise. Le mouvement progresse dans de nombreuses communes, notamment dans la métropole lilloise. À Tourcoing, les insoumis arrivent en tête à gauche. Ils sont également en progression à Mons-en-Barœul et en position de l’emporter à Lille comme à Roubaix.
Dans la capitale des Flandres, Lahouaria Addouche crée la surprise en se hissant à 23 %, à trois points d’Arnaud Deslandes, successeur désigné par Martine Aubry au beffroi.
Autre progression notable à Roubaix, où l’insoumis David Guiraud arrive en tête avec plus de 46 % des voix.
« C’est le signe d’une campagne réussie pour eux », analyse Tristan Haute.
On voit un effet de mobilisation dans les quartiers populaires autour de la candidature de Lahouaria Addouche. C’est un parti qui travaille sur le terrain et qui sait mobiliser lors des meetings. Les Insoumis font presque aussi bien qu’aux européennes… Pari réussi pour eux.
L’un des objectifs de La France insoumise était de montrer que les socialistes et les écologistes ne pouvaient plus se passer d’eux, après les avoir marginalisés à gauche. Là aussi, l’objectif semble atteint.
À droite, LR maintient ses bastions, les macronistes s’effondrent
À droite, Les Républicains parviennent globalement à conserver leurs bastions, à l’exception notable de Roubaix.
Reste une question : la dynamique d’union avec l’extrême droite observée localement dans d’autres régions est-elle visible dans les Hauts-de-France ?
À l’inverse, une force politique apparaît aujourd’hui en difficulté : le camp macroniste.
À Arras et à Saint-Omer, les macronistes soutenaient les maires sortants, tous deux réélus dès le premier tour. Le camp présidentiel arrive également en tête à Templeuve-en-Pévèle et à Tourcoing.
Mais à Lille, Violette Spillebout s’effondre, même si elle franchit la barre des 10 %.
Ils n’avaient pas beaucoup de sortants, ni beaucoup d’enjeux. À Lille, Violette Spillebout réalise un résultat très décevant. Cette étiquette devient un repoussoir, même au niveau local, pour les électeurs.


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