Présidentielle 2027 : la bataille des sondages a déjà commencé
À un an de l'élection présidentielle, les sondages s'imposent comme le premier terrain d'affrontement. Frédéric Micheau, directeur général adjoint d'OpinionWay et auteur du "Sacre de l'opinion", était l'invité de la matinale de RCF Notre Dame, pour décrypter une campagne qui démarre plus tôt que jamais et des chiffres qui, pour la première fois depuis 1988, désignent déjà un favori.
Frédéric MICHEAU, directeur général adjoint d’OpinionWay et auteur du Le sacre de l’opinion - Une histoire de la présidentielle et des sondages (aux Éditions du Cerf). ©DRÀ un an du scrutin, les instituts de sondage multiplient les mesures d'une élection encore largement ouverte.
Un favori hors normes
C'est le chiffre qui surprend les observateurs les plus aguerris. Jordan Bardella recueille entre 34 % et 38 % des intentions de vote dans tous les sondages réalisés à ce jour. Une popularité supérieure à celle de François Mitterrand et de Nicolas Sarkozy avant leur accession à l'Élysée. « Des niveaux qui n'ont pas été atteints dans l'histoire des sondages depuis François Mitterrand en 1988 », confirme Frédéric Micheau. Une domination que l'expert attribue à la fois à un vote d'adhésion « le RN a une image renouvelée dans l'opinion », et à un vote de rejet, celui d'un électorat qui voit dans le parti le meilleur incarnation de l'opposition au macronisme.
La marque Rassemblement National s’implante rapidement. Jordan Bardella s'impose comme le meilleur candidat de son camp pour 2027 : 97 % des sympathisants RN estiment qu'il ferait un bon prétendant à l'Élysée, devançant désormais Marine Le Pen elle-même. Reste une inconnue judiciaire de taille : le procès en appel des assistants parlementaires de l'ex-FN s'est achevé le 12 février, les juges rendront leur décision le 7 juillet, ce qui continue à semer le doute sur la candidature de Marine Le Pen.
Un paysage fragmenté à gauche et au centre
Face à cette domination, le reste du champ politique peine à se structurer. Du côté du Bloc central, Gabriel Attal publie aujourd'hui un livre-programme dans lequel il choisit « un angle plus personnel, pour nouer un lien intime avec les Français », analyse l’auteur. Un premier temps, avant que vienne celui des mesures concrètes. Édouard Philippe, lui, soigne sa candidature depuis plusieurs mois et devance légèrement Attal dans les sondages actuels. Les deux hommes se disputent un même espace, sans que l'un ait encore creusé l'écart sur l’autre.
À droite, les Républicains ont tranché dimanche en désignant Bruno Retailleau à 73,8 % des voix de leurs adhérents, écartant l'hypothèse d'une primaire. Avec environ 10 % d'intentions de vote, « c'est un point de départ », concède le directeur général adjoint. Mieux que le score de Valérie Pécresse en 2022, mais très loin des standards historiques de la droite de gouvernement. Sa stratégie : travailler le fond programmatique pour valoriser l'expérience gouvernementale que le RN ne possède pas encore.
À gauche, le Parti Socialiste a dévoilé cette semaine une première ébauche de projet, dans un contexte de profondes divisions internes. Pour Frederic Micheau, ces partis conservent pourtant des atouts réels comme un ancrage territorial, ou une culture de gouvernement. « L'histoire électorale récente montre beaucoup de volatilité », rappelle-t-il. Des hausses spectaculaires comme des chutes brutales sont toujours possibles.
Les sondages, photographie ou influence ?
À un an du scrutin, la question de la place des sondages dans le débat public revient avec intensité. Certains accusent les instituts de figer l'opinion en la mesurant, voire de fabriquer eux-mêmes les dynamiques qu'ils prétendent observer.
Frédéric Micheau balaie la critique avec une certaine fermeté, « je demande à chacun de regarder l'histoire électorale française, qui démontre de manière limpide que c'est faux. Combien de fois les Français ont démenti les sondages ? » La preuve, selon lui, d'un libre arbitre de l'électeur que nul chiffre ne saurait confisquer.
Reste à savoir comment les lire. Son conseil : multiplier les sources, suivre les tendances plutôt que les instantanés, et ne jamais perdre de vue les marges d'erreur. « Regarder le film plutôt que la photographie. » La vérité des urnes, en avril 2027, pourrait bien déjouer tous les pronostics.


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