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Présidentielle 2027 en France : à quoi faut-il vraiment s'attendre ?

Présidentielle 2027 en France : à quoi faut-il vraiment s'attendre ?

Un article rédigé par Melchior Gormand - RCF, le 13 avril 2026 - Modifié le 13 avril 2026
On va se parlerPrésidentielle 2027 en France : à quoi faut-il vraiment s'attendre ?

À un an de l’élection présidentielle, la France politique entre déjà dans une zone de fortes turbulences. Fin du macronisme, fragmentation du paysage partisan, montée des radicalités et défiance démocratique : la course à l’Élysée de 2027 s’annonce plus ouverte que jamais.

© Palais de l'Elysée © Palais de l'Elysée

Le compte à rebours a commencé. Même si la campagne officielle n’est pas encore lancée, la présidentielle de 2027 occupe déjà les états-majors politiques, les instituts de sondage et le débat public. Après dix années marquées par Emmanuel Macron, empêché par la Constitution de briguer un troisième mandat, une page s’apprête à se tourner. Mais pour écrire la suivante, encore faut-il savoir dans quel pays elle s’ouvrira.

Au micro de Melchior Gormand dans l’émission Je pense donc j’agis sur RCF Notre Dame, Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS et au Cevipof, et Jean Petaux, politologue associé au think tank Spirales Institut, dressent le portrait d’une France politique plus fragmentée que jamais.

La fin du macronisme, ou l’ouverture de tous les scénarios

C’est d’abord la fin d’un cycle. Pour Jean Petaux, la présidentielle de 2027 s’inscrit dans un moment charnière : « c’est la fin d’une période de dix ans ». Dix ans d’une séquence politique née en 2017 avec la promesse du dépassement du clivage droite-gauche, du « nouveau monde », et qui s’achève aujourd’hui dans le doute. Contrairement aux successions précédentes, aucun scénario ne semble écrit d’avance. Pas de dauphin naturel, pas de continuité évidente, pas même de camp clairement dominant. « Cette fois-ci, c’est totalement ouvert », insiste le politologue. Cette ouverture, Luc Rouban l’analyse comme l’héritage direct des deux quinquennats Macron. « On attend beaucoup de l’après-macronisme », explique-t-il, décrivant une période qui aura profondément désorganisé les anciens repères politiques.

C’est la fin d’une période de dix ans.

Le chercheur parle même d’« innovation ratée ». En cassant les blocs traditionnels, le macronisme a désarticulé les partis historiques sans réussir à stabiliser un nouvel équilibre. Le résultat, aujourd’hui, se lit dans la multiplication des candidatures potentielles et l’incapacité des formations politiques à imposer une figure incontestable. À droite, Jordan Bardella, Édouard Philippe, Xavier Bertrand ou Laurent Wauquiez avancent leurs pions. À gauche, Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann et d’autres tentent d’exister dans un espace toujours plus morcelé.

Une démocratie fragmentée, des électeurs désabusés

Derrière les noms, c’est surtout l’état du pays qui inquiète. Luc Rouban parle sans détour d’une démocratie grippée : « la situation démocratique en France s’est quand même bloquée ». Le constat est sévère : défiance vis-à-vis du politique, perte de crédibilité des institutions, conflictualité croissante du débat public. Selon lui, le climat politique est désormais dominé par « une forme agonistique du débat », autrement dit une logique de confrontation permanente. Jean Petaux partage ce diagnostic d’un paysage éclaté, y compris au sein des institutions. L’Assemblée nationale issue des dernières législatives en est, selon lui, l’illustration parfaite : une chambre morcelée, sans majorité stable, reflet d’un pays qui peine à se retrouver.

La situation démocratique en France s’est quand même bloquée.

À cela s’ajoute une fracture plus profonde entre le local et le national. Luc Rouban rappelle que la confiance reste forte envers les maires, mais s’effondre dès que l’on monte dans la hiérarchie institutionnelle : « 60 % de confiance dans les maires, contre 22 à 23 % vis-à-vis du député ». Une donnée loin d’être anodine à l’approche d’un scrutin présidentiel, où la fonction reste pourtant, en France, hautement symbolique.

Le retour de la figure présidentielle

Car c’est bien là l’un des paradoxes français. Alors que la défiance envers la politique atteint des sommets, la présidentielle demeure l’élection la plus incarnée. Luc Rouban le résume d’une formule forte : le président reste « un petit peu un monarque élu ». En 2027, plus encore qu’un programme, les Français chercheront sans doute une incarnation : une stature, une crédibilité, une capacité à rassurer. Le contexte y pousse. 

Le président reste un petit peu un monarque élu.

Pouvoir d’achat, immigration, sécurité, crise budgétaire, tensions internationales : les enjeux sont lourds, et les marges de manœuvre étroites. « On se retrouve dans une situation financière et budgétaire absolument désastreuse », alerte Luc Rouban, pour qui la capacité de gestion pèsera fortement dans le choix des électeurs. Jean Petaux ajoute une autre dimension : l’instabilité du contexte mondial. Après l’Ukraine et les crises internationales récentes, la question de la posture présidentielle sur les affaires étrangères pourrait redevenir centrale. La campagne de 2027 pourrait ainsi moins se jouer sur les appareils partisans que sur une question simple : qui peut encore rassembler un pays fracturé ?

On va se parler avec Melchior Gormand ©RCF NOTRE DAME
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
On va se parler
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