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Pourquoi les bénédictions de couples homosexuels peinent à démarrer ?
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Pourquoi les bénédictions de couples homosexuels peinent à démarrer ?

Un article rédigé par Charlotte Mongibeaux - RCF, le 28 février 2024  -  Modifié le 5 mars 2024
Tempo · Le podcast d'actualité de RCF Lyon Église : pourquoi l'autorisation de bénédiction des couples de même sexe n'est pas suivi d'effet

Il y a deux mois, la déclaration Fiducia supplicans autorisait, pour la première fois, la bénédiction non liturgique des couples de même sexe et des divorcés remariés. Salué comme étant une avancée par certaines associations qui portent la parole des personnes homosexuelles de foi chrétienne, le texte n’a pourtant pas été suivi d’effet. En tout cas, pour l’instant. Exemple dans le diocèse de Lyon comme ailleurs en France, où aucune demande de bénédiction n’aurait été formulée officiellement alors que certains couples se posent pourtant la question.

image d'illustration (couple se tenant la main) - Lareised Leneseur via Unsplash image d'illustration (couple se tenant la main) - Lareised Leneseur via Unsplash

En latin, Fiducia supplicans signifie « la confiance suppliante ». Un texte d'une dizaine de pages publié par le dicastère pour la Doctrine de la foi du Vatican le 18 décembre dernier et qui a grandement surpris en autorisant les bénédictions de couples dits « en situation irrégulière ». La déclaration précise bien que cet acte ne doit pas être assimilé à un mariage ou à un sacrement. Il s'agit, en réalité, d'une « bénédiction spontanée » et non liturgique.

« Ça se fait moins dans nos pays mais en Amérique latine, par exemple, les gens rencontrent un prêtre dans la rue : "Père, bénissez-moi" [...]. C'est ça une bénédiction spontanée », précise l'archevêque de Lyon, Olivier de Germay. Une bénédiction informelle et rapide, « dix à quinze secondes » : voilà comment est interprété aujourd'hui le texte Fiducia supplicans.

Un « premier grand pas »

Dans la région lyonnaise, Amélie est en couple avec une femme depuis huit ans. Elles sont catholiques pratiquantes et préparent leur futur mariage civil. Elles ont d’abord été surprises, elles aussi, par le texte Fiducia supplicans qu'elles accueillent comme étant un « premier grand pas » de l'Église catholique vers la reconnaissance des couples de même sexe.

Pour Amélie, obtenir une bénédiction leur permettrait de « confier cet amour auprès du Seigneur ». Elle souhaiterait cependant être accompagnée au même titre qu'une préparation au mariage. Une procédure qui n'est pas prévue par le diocèse de Lyon, qui voit plutôt dans cet acte une bénédiction informelle. Il existe pourtant l’équivalent au sein de l'Église protestante unie de France, qui autorise d'ailleurs la bénédiction des couples de même sexe depuis 2015 dans les paroisses qui le souhaitent.

Avoir « un prêtre référent » sur la bénédiction

Autre paramètre qui constitue un frein de taille, les fidèles concernés ne savent pas vers qui se tourner. Il faudrait, selon Amélie, « un prêtre référent qui puisse nous accueillir sur le sujet des couples qui souhaitent avoir une bénédiction ». Ce qui n'est pas non plus prévu par le diocèse de Lyon qui laisse les prêtres se saisir eux-mêmes de la question, mais cela peut interroger alors que les personnes homosexuelles ne se sentent pas toujours bienvenues dans les paroisses. « J'ai eu une seule église qui a dit "vous qui êtes divorcés, homosexuels [...], je vous accueille". C'est très rare d'entendre ce genre de propos », rajoute Amélie. Le diocèse de Lyon a, de son côté, mis en place ces dernières années plusieurs outils pour faciliter l'accueil des personnes homosexuelles, notamment en lançant la ligne d'appel « En parler », gérée par la pastorale des familles.

L'esprit de la déclaration Fiducia supplicans serait d'abord de faire changer notre regard sur cet accueil, selon l'archevêque de Lyon. « La question c'est ça, précise-t-il, est-ce que mon premier réflexe c'est de poser des questions face à des personnes en situation irrégulière c'est de mettre le doigt sur ce qui ne va pas ou est-ce que c'est d'être un reflet de la bonté de Dieu ? ».

Laisser du temps au texte 

« C'est logique qu'il n'y ait pas un embouteillage de demandes de bénédiction », tempère de son côté Gabriel Sampaio, co-président de l'association D&J Arc-en-ciel, qui lutte contre l'homophobie au sein de l'Église. Le mois de février n'est pas le mois des mariages, rajoute-t-il, et puis « il faut laisser le temps aux pastorales des familles, au niveau des diocèses, au niveau des équipes pastorales et paroissiales de accueillir le texte [...]. Je pense que d'ici six mois ou un an, le bilan sera déjà différent d'aujourd'hui ».

Selon Gabriel Sampaio également, les effets de ce texte sont déjà visibles. Certains de leurs adhérents ont pu être mieux acceptés par leur famille. Le texte permet d'ouvrir un dialogue alors qu'en France, il y a toujours des familles qui rejettent voire mettent à la rue leur adolescent homosexuel. 

 

À noter aussi que le texte Fiducia supplicans a provoqué une levée de bouclier de la part des évêques en Afrique, où de nombreux pays criminalisent l’homosexualité. Des évêques qui s’opposent à la bénédiction des couples de mêmes sexes. Alors, au-delà de la France, le texte pourrait faire bouger les lignes sur le long terme. 

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