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Pour Chantal Jourdan, il faut renforcer la diversité des espèces dans nos forêts

Pour Chantal Jourdan, il faut renforcer la diversité des espèces dans nos forêts

Un article rédigé par Mathilde Danot - RCF Orne, le 4 septembre 2026 - Modifié le 4 septembre 2026
L'invité normandComment adapter nos forêts aux changements climatiques ?

Comment adapter nos massifs forestiers au changement climatique ? Une proposition de loi transpartisane a été déposée en juillet 2026 pour proposer des mesures concrètes d’adaptation de nos forêts. Entretien avec Chantal Jourdan, députée de l’Orne, signataire de cette proposition de loi.

Chantal Jourdan, députée Socialiste de la 1ère circonscription de l’Orne. © RCF OrneChantal Jourdan, députée Socialiste de la 1ère circonscription de l’Orne. © RCF Orne

Cet été, de violents incendies ont ravagé les forêts françaises, avec plus de 100 000 hectares de forêts détruits. Face à l'urgence, une cinquantaine de députés de tous bords ont déposé début juillet 2026 une proposition de loi-cadre transpartisane pour adapter nos massifs au changement climatique. Parmi les signataires, Chantal Jourdan, députée Socialiste de la 1ère circonscription de l’Orne. Elle était notre invitée sur RCF en Normandie.

RCF : Après l'été que nous venons de connaître en France, de telles mesures d'adaptation des forêts au changement climatique sont-elles plus que jamais nécessaires ?

Chantal Jourdan : Oui bien sûr, je crois que les événements qui viennent de survenir nous démontrent qu'il faut vraiment accélérer la question de l'adaptation au changement climatique, mais aussi prendre des mesures pour atténuer le réchauffement climatique.

RCF : L'article premier de cette proposition de loi vise à créer un fonds national d'adaptation des forêts aux risques d'incendie. Concrètement, que financerait ce fonds ?

Chantal Jourdan : Cet article a été ajouté après la survenue des incendies qui ont débuté au mois de juin. La transformation de la forêt nécessite des fonds de l'État, pour adopter une autre sylviculture, pour soutenir la filière bois, et surtout munir les services de secours d'équipements qui permettent de lutter le plus rapidement possible contre l'émergence des incendies. Il y a évidemment la question des Canadair qui est extrêmement importante, mais aussi un ensemble d'équipements spécialisés nécessaires aux sapeurs-pompiers pour intervenir le plus en sécurité possible et le plus rapidement possible.

RCF : Vous évoquez la gestion des forêts et un soutien aux entreprises locales, aux scieries locales notamment. Est-ce important de favoriser les acteurs locaux dans cette gestion des forêts ?

Chantal Jourdan : Oui, c'est important parce que c'est relié à l'économie locale. Travailler sur l'économie locale, c'est aussi travailler sur la résilience, la résilience économique et la résilience écologique. Ce sont deux facteurs qui doivent être liés. Je sais qu'aujourd'hui, il peut y avoir des contestations par rapport à ce phénomène-là. Et pourtant, pour assurer l'avenir, c'est bien lié. Par exemple, dans le département de l'Orne, on a vu beaucoup de petites scieries fermer malheureusement alors que nous avons une ressource disponible. Le but est de soutenir ces petites et moyennes scieries afin qu'elles puissent s'approvisionner à proximité et produire la ressource bois dont on a besoin dans divers domaines, dans le bois d'œuvre, le bois d'industrie et le bois d’énergie, tout en respectant l'usage de la hiérarchie de l'usage du bois.

RCF : Concernant l'entretien des forêts, quelles mesures sont prévues dans cette proposition de loi ?

Chantal Jourdan : On sait aujourd'hui que beaucoup d'arbres dépérissent. Par exemple dans la forêt domaniale d'Écouves, beaucoup d'épicéas ont été plantés et dépérissent vraiment prématurément aujourd’hui. Donc, ce que l'on sait, c'est que pour éviter un dépérissement généralisé, il faut renforcer la résilience, c'est-à-dire renforcer la diversité des espèces. La proposition essentielle sur la gestion des forêts est d'introduire de la diversité dans les essences de façon à restaurer la biodiversité, de façon à pouvoir permettre aux essences de pouvoir résister au changement climatique. Et, si elles résistent au changement climatique, elles permettent aussi d'absorber plus de carbone et de diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

RCF : Comment faire appliquer ces mesures quand la gestion des forêts est partagée entre propriétaires privés et publics ?

Chantal Jourdan : En ce qui concerne la forêt publique, l'ONF entretient sa forêt en appliquant de plus en plus des règles de diversification. [...] En ce qui concerne la propriété privée, les choses sont un peu différentes. Au-delà de 20 hectares, les propriétaires privés doivent réaliser un plan simple de gestion, donc donner quelques éléments de gestion, de protection. Ce que l'on propose, c'est que la diversification devienne une règle. On donne des objectifs dans cette proposition de loi, que 30 % des sols forestiers privés soient diversifiés en 2030, puis 70 % en 2050. Pour soutenir cette diversification, on propose de mettre en place des paiements pour services environnementaux, sur le modèle de l'agriculture.

RCF : Cette proposition de loi transpartisane a été déposée début juillet. Le travail parlementaire sur le sujet a débuté il y a quatre ans. Quel sera désormais le parcours législatif de cette loi ?

Chantal Jourdan : Nous avons pris contact avec le ministère de l'Écologie. Nous devrions avoir prochainement un rendez-vous. En amont, nous avions déjà eu des contacts avec le ministère, de façon à voir si nos propositions pouvaient être entendues, si elles pouvaient avancer. Donc on va poursuivre ces relations et essayer de faire inscrire cette proposition loi transpartisane à ce qu'on appelle une “semaine de l'Assemblée nationale”, c'est-à-dire une semaine qui est réservée aux propositions transpartisanes. 

L'Invité normand
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
L'invité normand
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