Plus de 50 jours sans salaire : les infirmières Asalée en colère
Voilà plus de 50 jours que 1050 infirmières dans toute la France exercent sans être payées. Toutes travaillent pour l'association Asalée, en binôme avec des médecins, pour faire de l'éducation thérapeutique. Entre 2011 et décembre 2025, l'association fonctionnait grâce au financement de l'Assurance Maladie. Seulement, à l'issue d'un litige sur la gestion de l'organisme, les subventions ont été coupées, laissant Asalée en cessation de paiement. Depuis, les infirmières ne décolèrent pas.
Deux infirmières Asalée, et un de leurs patients. Ce qu'il faut retenir :
- Temps de lecture : 6 minutes
- Les infirmières Asalée ne perçoivent plus de salaire depuis pratiquement deux mois.
- L'Assurance Maladie met en cause des dysfonctionnements de gouvernance et de gestion non résolus.
Plus de 50 jours sans salaire, le temps commence à être long pour les 1050 infirmières travaillant pour Asalée. Cette association salarie des infirmière pour accompagner les patients grâce à l'éducation thérapeutique. Grâce à des binômes médecins/infirmières, elle permet aux patients d'être mieux accompagnés dans leurs pathologies, et de s'approprier leur parcours de soin. Seulement, au début du mois de mars, l'association a été contrainte de déposer un dossier de cessation de paiement, suite à un arrêt brutal des subventions de l'Assurance Maladie.
"Des dysfonctionnements majeurs"
Créé en 2004, Asalée a le soutien de l'Etat depuis 2008 et entre dans le droit commun en 2019. Jusqu'à décembre 2025, l'association fonctionnait en grande partie grâce aux subventions de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie. Seulement, en juin 2025, l'Inspection Générale des Affaires Sociales souligne de multiples dysfonctionnements en terme d'organisation et de pilotage. L'IGAS formule alors 38 recommandations, tandis que, de son côté, l'Assurance Maladie conditionne ses subventions à l'application de ces recommandations.
Constatant "que les mesures nécessaires n'ont pas été engagées par l'association", l'Assurance Maladie suspend en décembre 2025 les subventions allouées à Asalée, soit 102 millions d'euros. Pour les infirmières de l'association, rien ne justifie cette coupe brutale, et les accusations ne seraient pas fondées. Seulement, sans ces subventions, l'association croule sous les dettes. Si en janvier, les salaires des infirmières sont versés, c'est impossible dès le mois de févier. Le 6 mars 2026, Asalée saisit le tribunal des affaires économiques de Paris, pour l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire.
"Je suis heureuse d'aller au travail"
Depuis, pour les infirmières et les patients, impossible de baisser les bras, tous croient en ce système de soin qui prend le temps et place le patient au cœur. Florence Grunier exerce dans la métropole grenobloise, et même sans salaire, pas question d'arrêter de travailler. "Asalée c'est un dispositif pour lequel je suis heureuse d'aller au travail, alors qu'en tant qu'infirmière, avant, ça n'a jamais été le cas." D'autant qu'au quotidien, elle a le sentiment d'être utile, "J'ai un patient qui a pu, avec mon suivi, ne pas être dialysée. Une dialyse, c'est 60 000 euros par an. Nous, on se voit toutes les semaines à la marche pour pouvoir échanger sur la santé également. Ce sont des moments conviviaux, mais ce sont des moments où on parle de la santé".
Pour sa collègue, Cécile Rodary, voir Asalée s'effondrer, c'est "un immense gâchis" : "Asalée ça coûte 102 millions aux contribuables, c'est-à-dire 0,05 %, pas tout à fait même, du budget global de la santé. Ça fait des économies de dépense de 3 milliards et c'est des vies qui sont derrière. Les patients ne perdent pas un stylo. Moi j'ai travaillé en hémodialyse, et ce patient qui n'a pas été dialysé, je vous assure que sa vie n'aurait pas été la même", s'agace-t-elle.
Un système "optimal"
Jacques Chang, lui, fait partie de ces patients. À 78 ans, il voit l'infirmière une fois par mois pour vérifier que tout va bien et être accompagné dans la compréhension de son corps : "Avant, le médecin m'emmenait voir plein de spécialistes, mais j'avais l'impression d'avoir des pièces de puzzle. Avec Asalée, j'ai pu assembler ce puzzle pour avoir une vision d'ensemble".
Lui s'inquiète que la fin d'Asalée nuise à tout un système de santé : "Le patient qui va voir l'infirmière plutôt que le médecin, ça dégage du temps au médecin qui peut voir plus de monde, notamment dans les zones où il y a moins de médecins, dans les déserts médicaux". D'autant que pour lui, cette association peut justement permettre au système de perdurer : "Le nombre de personnes âgées augmente, plus ça va et plus on a de pathologies et plus on a besoin d'être accompagné. Asalée permet aux patients de rester chez eux donc ça a des coûts moindres pour tout le monde. C'est vraiment optimal".
De son côté, l'Assurance Maladie reconnaît bien "le rôle majeur que joue les infirmières et les infirmiers Asalée", et se dit prête à "reprendre le chemin d'une contractualisation qui permettrait la nouvelle attribution d'une subvention pluriannuelle, dès lors que les conditions le permettront". Pour continuer de se battre, les infirmières ont lancé une pétition pour demander le sauvetage de l'association.


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