Plan normand de reconquête de l'élevage bovin : quel bilan pour la région Normandie ?
Plus de deux ans après son lancement, le Plan de reconquête de l’élevage bovin, porté par la région Normandie et Interbev, a franchi le cap des 1 000 vaches financées. L’occasion de faire le bilan avec Clotilde Eudier, vice-présidente de la région.
1 000 vaches ont été financées dans le cadre du Plan normand de reconquête de l'élevage bovin. © MagnificC'est une étape symbolique qui a été franchie dans la région : 1 000 vaches ont été financées dans le cadre du Plan normand de reconquête de l'élevage bovin, porté par la région Normandie depuis 2024, en partenariat avec Interbev, l’interprofession du bétail et des viandes. Cette aide régionale a été doublée depuis le lancement du dispositif et s’élève désormais à 400 € par femelle de races à viande supplémentaire. Un plan dont peuvent bénéficier les éleveurs normands qui justifient de 20 femelles supplémentaires, trois ans après la mise en place du dispositif dans leur élevage. Entretien avec Clotilde Eudier, vice-présidente de la région Normandie en charge de l’agriculture, de la pêche et de la forêt.
RCF : Quel bilan tirez-vous du Plan normand de reconquête de l’élevage bovin plus de deux ans après son lancement ?
Clotilde Eudier : Ce plan a bien été pris par l'ensemble des agriculteurs normands. Force est de constater qu'il fonctionne puisqu'on a atteint la 1 000ème vache [NDLR : financée dans le cadre de ce plan]. Le bilan est un petit peu en deçà de ce que l'on espérait parce qu'on finance la recapitalisation du cheptel, les cours de la viande ont beaucoup augmenté, et récemment, on a augmenté notre aide à la recapitalisation parce qu'elle était un peu faible et était un frein à la recapitalisation [NDLR : L’aide forfaitaire est passée de 200€ par vache ou génisse à 400€]. On a donc augmenté l'aide et les demandes à la région augmentent, c'est plutôt bon signe.
RCF : La région Normandie est confrontée à une baisse de son cheptel bovin ces dernières années. Est-ce que la mise en place de ce Plan normand de reconquête de l'élevage bovin peut inverser la tendance sur le long terme ?
Clotilde Eudier : On aimerait, mais on a une telle décapitalisation que le plan va, au moins, limiter la perte de cheptel. Ce plan est un contrat entre la région, l'interprofession Interbev et l'éleveur. C'est un contrat tripartite et c'est ce qui fait la force du dispositif, parce que l'éleveur n'est pas abandonné une fois qu'il a acheté sa génisse ou sa vache, il a un suivi technique et il contractualise aussi pour la vente de sa bête.
On espère passer rapidement, ou l'année prochaine, la barre des 5 000 vaches.
C'est gagnant-gagnant et ça met en confiance l'agriculteur. On espère passer rapidement, ou l'année prochaine, la barre des 5 000 vaches. Les conférences sur la souveraineté alimentaire ont démarré [NDLR : Lancées au niveau national le 8 décembre 2025 par Annie Genevard, ministre de l’Agriculture]. En Normandie, on montre qu’on a déjà pris le sujet à bras le corps depuis plus d'un an. Il faut donc continuer et accélérer ce mouvement de recapitalisation du cheptel bovin en Normandie.
RCF : Vous évoquez la souveraineté alimentaire. Comment ce Plan normand de reconquête de l'élevage bovin permet-il aujourd'hui de préserver notre souveraineté alimentaire dans la région ?
Clotilde Eudier : C'est un complément. À la fois en recapitalisant sur des cheptels bovins existants, mais aussi en remettant de l'élevage au sein de fermes où il a disparu depuis des années, peut-être dans de vieux bâtiments. On a créé un dispositif d'investissement à but de souveraineté alimentaire. On s'aperçoit qu'on a quelques zones en Normandie qui sont arrivées au bout d'un système, avec le dérèglement climatique qui a un impact énorme sur les exploitations. L'élevage peut être une diversification et un moyen de sortir la tête de l'eau.
On peut compter sur la Normandie pour la souveraineté alimentaire.
Donc, on a adossé notre Plan de reconquête de l'élevage à un dispositif d'investissement pour aider les agriculteurs à investir dans des bâtiments d'élevage. On a une chance énorme en Normandie : on a une région bénie des dieux, comme le dit souvent le président [Hervé Morin], où tout pousse et on peut produire. C'est le moment de montrer que la Normandie est là et on peut compter sur la Normandie pour la souveraineté alimentaire. Il faut produire en Normandie plutôt que d’importer de la viande.
RCF : Parmi les critères d'éligibilité pour profiter de ce Plan normand de reconquête de l'élevage bovin, le plan impose notamment que les éleveurs doivent justifier de 20 femelles supplémentaires trois ans après la mise en place du dispositif. Cette condition n'est-elle pas trop lourde, alors que certains éleveurs ont déjà des difficultés parfois à joindre les deux bouts ?
Clotilde Eudier : Il faut au moins justifier d'une augmentation de cheptel sur les trois ans. On aide financièrement à la capitalisation de cheptel et en fonction de l'âge où vous achetez la femelle, trois ans dans sa vie, ce n’est pas énorme. Si vous achetez une génisse, le temps qu'elle produise, les trois ans sont là.
Ce n'est pas que recapitaliser, c'est tout ce qui va avec : de l'économie locale et rurale.
C'est un contrat tripartite et Interbev est là pour le suivi technique de l'éleveur et pour valoriser la bête quand elle part à la boucherie. Ce qui est intéressant aussi dans ce Plan reconquête de l'élevage, c'est remettre de l'élevage, mais c'est aussi nos paysages, la souveraineté alimentaire, la remise en place de prairies, c'est la production de matières organiques. C'est tout un cercle vertueux. Ce n'est pas que recapitaliser, c'est tout ce qui va avec : de l'économie locale et rurale.


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