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RCF Pierre de Coubertin, l’humaniste qui donna sa vie aux Jeux olympiques

Pierre de Coubertin, l’humaniste qui donna sa vie aux Jeux olympiques

Un article rédigé par Yves Thibaut de Maisières - RCF, le 15 mai 2024  -  Modifié le 15 mai 2024
16/17 Pierre de Coubertin, l'humaniste qui donna sa vie aux Jeux olympiques

A l'approche des JO de Paris 2024, penchons-nous sur la personnalité et les intuitions de Pierre de Coubertin, le fondateur des Jeux olympiques modernes. Rencontrons son arrière-petit-neveu, Jacques de Navacelle, dans la demeure familiale, le château de Mirville (Seine-Maritime, France).  

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Les Jeux Olympiques qui se dérouleront cet été à Paris, nous permettent de se pencher sur un acteur majeur du développement de cet événement mondial, Pierre de Coubertin. Quoi de plus symbolique que de réaliser une émission au cœur d'un lieu cher à ce personnage, le château de Mirville en Seine-Maritime. L’édifice édifié au XVIe siècle est aujourd'hui habité par l’arrière-petit-neveu du baron de Coubertin, Jacques et Sibylle de Navacelle.

C’est là, entre champs et forêts, que grandira Pierre de Coubertin, là qu’il s'adonnait à la pratique de sports divers et variés : cyclisme, aviron, ou la pratique de l'escrime à cheval, discipline qui ne sera jamais reprise dans le registre des sports olympiques. 

Né en 1863 à Paris, ses parents le destinent plutôt à une carrière des armes ; il choisira la discipline autrement, en s’intéressant à l'éducation et à l'histoire. Un choix qui illustre un tempérament en rupture avec une certaine idée de son temps…

Jacques de Navacelle : En fait, il était le petit dernier, je pense qu’il a pu exercer un peu plus son autonomie et, dès l'adolescence, il a montré des signes d'indépendance d'esprit, en contestant notamment les positions politiques de ses parents, qui étaient des monarchistes légitimistes. Il a trouvé que la République était probablement la meilleure solution. Déjà à partir de ce moment-là, il s'est passionné pour les questions d'éducation. Il avait été très choqué par la défaite de 1870, qu'il attribuait à un déficit d'éducation en France, considérant que les jeunes hommes n'étaient pas éduqués de façon globale, corps et esprit.

Selon lui, les guerres étaient causées principalement par le fait que les peuples ne se connaissent pas, se méfient les uns des autres. En créant un mouvement basé autour du sport – qui est de nature à réunir les gens – on pouvait contribuer à une paix mondiale. 

Responsabiliser les jeunes dans la gestion de la cité

Il choisit de partir en Angleterre, une expérience durablement marquante, puisqu’il se rendit compte que dans les établissements voués aux jeunes aristocrates, on pratiquait des sports de façon très assidue. Est-ce là-bas que naît l'intuition qui va le guider toute sa vie ? 

J. N. : En fait, il cherchait un moyen de rénover l'éducation française dans un contexte de traditions bien ancrées dans l'administration et au ministère de l'éducation, qui considéraient tout domaine non-intellectuel comme étant sans valeur. Il a découvert en Angleterre – un pays dont il parlait la langue – une attention pour l’équilibre de la personne par l’exercice de la santé physique, mais aussi par les valeurs que la compétition dans le sport leur apportent dans la vie quotidienne. 

Au sein des collèges anglais, certes élitistes, les élèves, en dehors du fait qu'ils faisaient du sport, étaient aussi très impliqués dans la gestion de l’établissement. Pierre de Coubertin voyait cela positivement, comme un moyen de responsabiliser les jeunes dans la gestion de la cité.

Pierre de Coubertin a eu un rêve : faire renaître les jeux grecs antiques. Pour cela, il va mettre en œuvre de très grands moyens, il va s'appuyer sur un réseau. Disposait-il d’un réseau qui lui permettait d'approcher les plus hautes sphères politiques, intellectuelles ? 

J. N. : Il était passionné d'histoire et notamment l'histoire grecque qu'il avait beaucoup étudiée. D’autre part, il avait été très intéressé par cet événement quadriennal où se réunissaient des hommes pour participer aux compétitions sportives, auxquelles étaient toujours associées des événements culturels et artistiques. Cette association existait du temps des Grecs, et dès le départ, le concept lui plaisait beaucoup.

Mais voilà, il s'est rapidement rendu compte que s'il restait en France, il aurait du mal à se battre contre les habitudes pour les changer. Le déclic pour lui a été de penser qu’en rétablissant les Jeux Olympiques anciens, il allait pouvoir créer un mouvement mondial auquel la France ne pourrait pas omettre de se plier… C'est aussi pour cette raison qu'il a décidé de s'installer à Lausanne, dans un pays neutre, et dont il appréciait beaucoup le système démocratique. Ca lui a d’ailleurs été reproché par les autorités françaises qui, d’un autre côté, ne l'avaient pas beaucoup aidé. De ce point de vue-là, il a réussi, puisque la création de ce mouvement dans un pays neutre a permis l'adhésion de très nombreux pays à travers le monde. 

A quelles difficultés a-t-il été confronté ? 

J. N. : En France, qui était un pays assez hostile au sport, on aimait bien la gymnastique, mais pas le sport. Dans le sport, il y a le côté compétitif, le dépassement de soi, ce sont des activités qui demandent parfois d'aller très loin dans ses propres ressources physiques. La médecine de l'époque y était fermement opposée. Les médecins interdisaient aux femmes la pratique sportive. D’ailleurs, Pierre de Coubertin n'aimait pas voir des femmes souffrir dans un stade, mais disons que cette approche était quand même dans l'air du temps. 

Ensuite, il a dû négocier avec les Grecs qui voulaient que les jeux aient lieu de façon permanente chez eux. En offrant la présidence du comité olympique au peuple hellénistique, il a obtenu que les Jeux se déroulent dans des pays différents. 

De par son approche pluridisciplinaire, il va mettre en place des concours culturels et artistiques en lien avec les JO. En 1912, il va se présenter sous un pseudonyme et remporter un prix littéraire. Qu'est-ce que ça dit de sa personnalité ?

J. N. : Disons qu’avec la présence de l'art, de la littérature et de la poésie au sein des jeux, il a pris conscience que ces domaines n’intéressaient pas grand monde, d'une certaine façon. Alors il s'est dit, “je vais le faire” ! C'est étonnant de penser que, ayant publié quelque chose sous un pseudonyme, il a été le lauréat du concours. 

A la veille de la Première Guerre mondiale, le logo des Jeux Olympiques (les cinq anneaux colorés) est conçu par Pierre de Coubertin. Les événements de la Grande Guerre vont-ils influencer durablement l'intuition qu'il avait sur la portée et l'utilité des Jeux Olympiques ?

J. N. : Je pense que c'est une période où il a eu du mal à maintenir son projet des Jeux Olympiques. Lui-même a été mobilisé malgré qu'il n'était pas obligé, mais il a voulu s'engager dans l'armée. Tout a été un peu mis en suspens. Et parce que je pense que depuis la défaite de 70, il pensait que les Français avaient un besoin de se ressaisir. Cette période-là a été comme une parenthèse dans son œuvre olympique. Les anneaux olympiques, je pense qu'il les a conçus dans l'idée de trouver un symbole d'union entre les peuples.

Le français est-il toujours la langue officielle des jeux olympiques ? 

J. N. : Oui. Ça tient à lui mais aussi au fait qu'à son époque, la langue internationale c'était le français. Aujourd'hui on ne réalise pas ça mais aujourd'hui c'est l'anglais mais à son époque c'était le français donc c'était moins ça pouvait être moins surprenant que ça pourrait peut l'être aujourd'hui quand effectivement au jeu de Pékin on voyait les inscriptions en français et évidemment pour nous français c'est important que ça puisse continuer comme ça ne serait-ce que pour se souvenir de lui.

Le lien entre le projet éducatif de Pierre et la paix mondiale est très fort,  ce serait probablement son principal message aujourd'hui !

Au musée des Jeux Olympiques, à Lausanne, on peut trouver pléthore d'archives de Pierre de Coubertin. A-t-il laissé des écrits intéressants à relire aujourd’hui, écrits dans lesquels il faisait part de son observation sur le monde ? 

J. N. : Il a écrit énormément de choses sur de nombreux sujets, il était passionné d'histoire. L'histoire était une chose très importante à enseigner et, selon lui, connaître l’Histoire aurait pu éviter tant de malentendus, de conflits. D’autre part, il avait la conviction que le fait de rassembler la jeunesse de tous les pays du monde au même endroit tous les quatre ans, pouvait être les prémices d'une paix mondiale, à l’exemple du temps des Grecs, où avait lieu la trêve olympique : on demandait à tous les pays d'arrêter la guerre pendant les Jeux. Je pense que ce lien entre son projet éducatif et la paix mondiale est très fort, et que ce serait probablement son principal message aujourd'hui. 

Vous accueillerez la Flamme Olympique chez vous, au château de Mirville, le 5 juillet prochain. Avez-vous un souhait qui vous tient à cœur pour ces JO de Paris ?

J. N. : Ce qui me tient à cœur, c'est que les Jeux se passent dans les meilleures conditions, c'est-à-dire qu'il n'y ait pas de tricherie, pas de trucages, qu'il n'y ait pas de conflits. Et puis le fait de célébrer un peu plus Pierre de Coubertin, parce qu'il a fini sa vie un peu seul, ruiné (il avait consacré tout son argent à la cause sportive N.D.L.R.). S'il revenait aujourd’hui, il serait probablement un peu choqué par certaines dérives dans le sport : je pense au football ou au tennis où l'argent est devenu un élément dominant.

Pierre de Coubertin était quelqu'un de très pragmatique. A partir du moment où son œuvre continue et qu'on réunit autant de millions, voire des milliards de personnes, autour de cet événement, je pense qu'il en serait content.

 

Ce qui est frappant au regard de sa personnalité, c'est sa ténacité. Lorsqu’il a lancé le mouvement olympique, il avait 30 ans !

 

Une tradition est de citer Pierre de Coubertin à chaque discours inaugural des JO. Quand vous entendez les discours inauguraux, avez-vous appris des éléments ou des traits de caractère de votre arrière-grand-oncle qui vous ont marqué, bouleversé ? 

J. N. : Ce qui est frappant au regard de sa personnalité, c'est sa ténacité. Lorsqu’il a lancé le mouvement olympique, il avait 30 ans ! On peut donc penser qu’on faisait face à quelqu'un d'assez précoce. Il a eu une vie bien remplie avec de nombreux obstacles. Une de ses qualités, c'était de savoir les surmonter, à l’exemple d’un coureur qui fait du saut d’obstacles. Quand il percevait l’obstacle, il trouvait une solution pour le contourner et parvenir à ce qu'il voulait. Ce qui est un peu triste, c'est sa vie familiale, sa vie matérielle qui s'est terminée un peu tristement. 

On doit à votre arrière-grand-oncle cette citation : “l'essentiel n'est pas d'avoir vaincu mais de s'être bien battu”. Il avait aussi une autre devise, pourriez-vous nous la rappeler ? 

J. N. : Sa devise principale résume bien la façon dont il s’est comporté : “voir loin, parler franc, agir ferme”. Comme on dit en anglais – il le parlait couramment – c'est le focus, c'est-à-dire le fait de savoir où l’on va et ne pas se détourner de l'objectif ; parler franc, je pense que ça lui a posé des problèmes avec les autorités françaises, parce qu'il leur disait ce qui n'allait pas. Et puis, agir ferme, parce qu’il tenait bon. Quand il voulait quelque chose, il tenait bon ! Ce sont aussi des valeurs qu'on retrouve beaucoup dans la compétition sportive.

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Le 16/17 © tous droits réservés
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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