JavaScript is required
Accueil
Père Joël Pralong : « Dans l’épreuve, l’Église devient un lieu de parole et de consolation »

Père Joël Pralong : « Dans l’épreuve, l’Église devient un lieu de parole et de consolation »

Un article rédigé par Colombe Vissac - RCF, le 6 janvier 2026 - Modifié le 6 janvier 2026
Le Grand TémoinAprès le drame de Crans-Montana, quelle parole pour l’Église ?

Après le drame survenu à Crans-Montana le soir de la Saint-Sylvestre, la question du sens et de la foi s’impose. Comment croire, prier et tenir debout face à l’épreuve ? Réponses avec le père Joël Pralong, prêtre du diocèse de Sion (Valais) et invité du Grand Témoin. 

Père Joël Pralong - Capture YouTube Cath.chPère Joël Pralong - Capture YouTube Cath.ch

Le temps de l’émotionnel, le langage du cœur

"On est dans l’effondrement, et donc dans l’émotionnel", explique le père Joël Pralong. Face à un événement traumatisant, la raison vacille et ne suffit plus : seul demeure ce qu’il appelle le "langage du cœur". Dans ces moments-là, la présence simple et spontanée devient essentielle. L’émotion marque alors un retour à l’essentiel et favorise naturellement la solidarité et l’empathie.

"Nous devenons tous frères et sœurs", souligne-t-il. De nombreux jeunes se sont sentis directement concernés par le drame. "Ils n’ont pas d’autre langage que la présence : ils sont solidaires, ils pleurent ensemble, ils se prennent dans les bras." Leur compassion s’exprime avant tout par cette proximité, souvent plus précieuse que les mots. Certains témoignent également d’une foi vécue de manière très concrète, notamment par la prière.

Le père Joël Pralong évoque à ce propos le témoignage bouleversant d’une jeune fille de 17 ans. Coincée sous des victimes, elle raconte avoir serré une petite croix dans sa main et prié : "Seigneur, je suis trop jeune pour mourir. J’aimerais encore vivre. Mais si je dois mourir, alors je mourrai." Tentant de passer sa main entre les corps, elle est finalement aperçue, puis sauvée. “Il y a quelque chose de très fort de l'ordre de la mort, de la résurrection.” explique l’ancien supérieur du séminaire de Sion. 

L’Église, lieu de consolation

Dans l’épreuve, l’Église demeure un lieu de consolation. Dimanche dernier, malgré le froid, des centaines de personnes ont assisté à la messe célébrée à l’extérieur de la chapelle Saint-Christophe de Crans-Montana. Dans son homélie, Mgr Jean-Marie Lovey, évêque du diocèse de Sion a rappelé que "Dieu n’est pas ailleurs que là où un enfant de cette terre souffre".

Face à un événement que la raison seule ne peut pas expliquer, on assiste à un retour au spirituel. Le président de la Confédération suisse a lui-même appelé à prier pour les victimes et leurs familles. "Voilà comment le langage du cœur se concrétise", observe le père Joël Pralong.

Selon lui, le rôle de l’Église n’est pas d’apporter des explications aux faits, mais de porter un message de soutien et d’espérance. Elle ne cherche pas la reconnaissance, mais se tient aux côtés de ceux qui souffrent, partageant leur douleur.

"De la faiblesse de l’horreur surgit une force"

Interrogé sur la question du sens et sur l’idée d’un drame attribué au hasard ou à la seule responsabilité humaine, le père Joël Pralong cite l’Evangile selon saint Luc et la tour de Siloé, “qui tombe et qui écrase 18 personnes (…) les gens en sont terrorisés (…) ils cherchent les coupables (…) ou alors, ces gens-là étaient coupables, puisque la tour leur est tombée dessus. Et Jésus a une bonne réponse. Il balaye cette culpabilité. Et puis, simplement, devant l'horreur, il invite les gens à se convertir. Ça veut dire que, quelles que soient les situations de mal, Dieu est toujours du côté de ceux qui souffrent.”

Ces drames font naître une recherche de lumière à laquelle aucune réponse intellectuelle ne suffit. “La seule réponse possible vient du cœur”, affirme-t-il, avec cette conviction que Dieu est présent, à l’image de saint Paul : “Je peux tout en celui qui me rend fort."

Les étapes du deuil

Ancien infirmier en psychiatrie, le père Joël Pralong distingue plusieurs phases dans le processus de deuil. Après l’émotion vient la colère, marquée par la recherche de responsabilités. Cette étape sera particulièrement éprouvante, tant pour les familles que pour les personnes mises en cause.

Cette colère est centrale souligne d’ailleurs le père Joël, “la colère est quelque chose qui nous préserve du gouffre aussi, qui nous préserve de nous jeter dans le désespoir, explique-t-il, il y aura un moment difficile, mais ce moment difficile va être nécessaire pour faire la lumière, ça ne va rien changer à l'événement (...) il va permettre aux personnes aussi de comprendre pourquoi elles sont victimes.”

Ce n’est qu’à ce moment-là que l’Église est appelée à porter un message de pardon et de réconciliation. Non pour nier la légitimité de la colère, mais pour éviter qu’elle ne devienne enfermante, grâce à un accompagnement humain et spirituel inscrit dans la durée.

Le Grand Témoin de Louis Daufresne ©RCF NOTRE DAME
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
Le Grand Témoin
Le Grand Témoin de Louis Daufresne ©RCF NOTRE DAME
Découvrir cette émission
Cet article vous a plu ? Partagez-le :

Votre Radio vit grâce à vos dons

Nous sommes un média associatif et professionnel.
Pour préserver la qualité de nos programmes et notre indépendance, nous comptons sur la mobilisation  de tous nos auditeurs. Vous aussi participez à son financement !

Faire un don
Qui sommes-nous ?

RCF NOTRE DAME, la radio chrétienne.

RCF NOTRE DAME est née de la rencontre de deux grandes voix de la radio chrétienne en France : RCF et Radio Notre Dame.

Écoutée chaque semaine par 1 350 000 personnes, RCF NOTRE DAME propose une information rigoureuse, des débats exigeants et des programmes qui donnent du sens. Le réseau rassemble 65 radios locales et diffuse ses programmes sur 270 fréquences en France et en Belgique.

Reconnues d'intérêt général, les radios associatives du réseau RCF NOTRE DAME vivent essentiellement grâce aux dons de leurs auditeurs.