Pédocriminalité : "Les bourreaux sont parmi nous"
En France, 160 000 enfants seraient victimes de violences sexuelles chaque année. Dans Des bourreaux - l’enquête choc sur la pédocriminalité en France : qui sont les auteurs des violences sexuelles sur mineurs ? (ed.HarperCollins), le journaliste Guilherme Ringuenet enquête sur la pédocriminalité pour comprendre les mécanismes de la prédation, non pour excuser, mais pour prévenir. Du périscolaire à l'Église, un portrait glaçant d'une réalité massive et diffuse.
© RND-RCFC’est une forme de pandémie qui ne dit pas son nom, qui fragilise la confiance, ce socle de tout l’édifice social. Les violences sexuelles sur mineurs éclaboussent nos sociétés émancipées qui ont du mal à savoir où se situent les limites, quel que soit le domaine.
Une réalité qui déborde les figures du mal
Pendant longtemps, la société a préféré croire au monstre. Dutroux, Fourniret : des noms qui figent l'horreur à distance, permettant à chacun de se rassurer. "La figure du monstre est facile. Elle est terrible, mais elle n'est pas réelle", tranche Guilherme Ringuenet. Car les auteurs de violences sexuelles sur mineurs ne sont pas des créatures d'exception : ils sont pères de famille, éducateurs, membres de communautés religieuses ou sportives.
160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France ; 5,4 millions d’adultes déclarent aujourd’hui avoir subi ces violences avant 18 ans. Ce sont les chiffres du rapport de l'Inserm, réalisé pour la Ciase puis repris par la Ciivise (Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) et qui donnent la mesure du phénomène. "C'est un phénomène de masse, j'insiste là-dessus, et c'est partout. Cela concerne à peu près toutes les couches sociales, toutes les régions de France", souligne Guilherme Ringuenet. Une dimension qui impose, selon lui, de réfléchir non plus seulement au cas par cas, mais structurellement.
Comprendre pour prévenir, non pour excuser
L'approche du journaliste est résolument criminologique. Il a rencontré des spécialistes, dont le psychanalyste Gérard Bonnet, pour saisir les mécanismes de la perversion.
« La perversité, par définition, considère l'autre comme un objet », résume Guilherme Ringuenet. Le journaliste spécialisé dans les violences sexuelles remet en question Le secret de la confession qui illustre cette tension car « Quelqu'un qui apprend qu'un enfant est en danger doit faire en sorte qu'il ne le soit plus ». Cela nous ramène directement à l'article 9 de la proposition de loi portée par Violène Spillebout, députée Renaissance du Nord et rapporteuse de l'enquête parlementaire sur les violences en milieu scolaire. Ce texte, né du scandale Bétharram, entendait précisément briser cette logique du silence institutionnel en renforçant les obligations de signalement au sein des établissements.
L'urgence d'une mobilisation collective
L'Église, les écoles, le périscolaire, l'ASE : partout où se trouvent des enfants, la vigilance doit être organisée structurellement, pas seulement moralement. Le Sénat envisage enfin d'encadrer le recrutement périscolaire. « Pourquoi a-t-il fallu attendre ? », s'interroge l'expert, sans dissimuler son impatience.
Pour terminer, « J'ai rencontré des auteurs, j'ai aussi rencontré des victimes, parce que je ne voulais pas faire cette enquête juste sur les auteurs, sans que la parole des victimes soit oubliée » il est bien d'insister sur le fait que Guilherme Ringuenet a réalisé une vraie double enquête en ne laissant pas de côté les victimes.


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