Pape François : un an après, quel héritage ?
« Le temps est supérieur à l'espace » : cette maxime du pape François résume à elle seule un pontificat de douze ans qui a semé des graines sans toujours en voir la récolte. Un an après sa mort, le 21 avril 2025, l'Église catholique mesure l'ampleur d'un héritage fait de gestes prophétiques et d'une invitation radicale à se convertir.
©Vatican NewsIl y a un an, le 21 avril 2025, le pape François rendait son dernier souffle. Un an après, que reste-t-il de ce pontificat hors norme ? Chercheurs, théologiens et fidèles s'accordent : l'héritage est dense, parfois controversé, mais profondément vivant.
Un pape des périphéries et de l’écologie
« Aller chercher aux périphéries, et repenser l'Église à partir de ce qui semble à la circonférence du cercle et non pas au centre », résume Isabelle de la Garanderie, vierge consacrée et théologienne du diocèse de Nanterre. Cette boussole spirituelle a guidé chaque geste du pontificat : la visite à Lampedusa auprès des migrants, les lavements de pieds dans les prisons pour mineurs, ou encore cette image saisissante, restée dans toutes les mémoires, d'un pape seul sur une place Saint-Pierre déserte pendant le Covid.
« Il avait cette qualité de ne pas se laisser désarçonner, de continuer à être pape là-dedans », souligne Jean-Benoît Poulle, chercheur en histoire et collaborateur au Grand Continent.
Cette attention aux marges du monde trouve son prolongement naturel dans Laudato Si' (2015) puis Laudate Deum (2023), ses deux grandes encycliques écologiques. « De nombreuses personnes pas spécialement croyantes ont lu ce texte et l'ont reçu », note Isabelle de la Garanderie.
Face à l'urgence climatique, son appel à une « écologie intégrale » où tout est lié, du sort des pauvres à celui de la planète, résonne bien au-delà des murs de l’Église.
Synodalité et réforme de la curie : des chantiers ouverts
Autre héritage majeur, peut-être le plus structurant pour l'avenir : le Synode sur la synodalité. Pour Jean-Benoît Poulle, il s'agit d'« un acte II de la collégialité » née de Vatican II. On n'écoute plus seulement les évêques, mais les laïcs, les religieux, tous les membres du peuple de Dieu. « C'est une sorte de démocratisation interne des structures ecclésiales », analyse-t-il, tout en précisant que François y voyait aussi une arme contre le cléricalisme : « un cléricalisme qui n'est pas l'apanage des clercs », mais qui peut gangréner n'importe quelle responsabilité d'Église.
Ce processus irrigue aujourd'hui des initiatives concrètes. le Concile provincial d'Île-de-France, lancé dans la foulée du Synode, en est une illustration directe. Isabelle de la Garanderie, qui y participe, témoigne : « Les gens qui ne sont pas tout de suite convaincus par ce processus en ressortent assez heureux d'avoir pris le temps de s'écouter jusqu'au bout ».
Sur la gouvernance, François a tout bousculé jusqu'à déserter le palais apostolique pour l'hôtellerie Sainte-Marthe. Sa grande réforme de la curie, formalisée dans la constitution apostolique Praedicate Evangelium (2022), a placé le dicastère pour l'évangélisation au-dessus de celui pour la doctrine de la foi.
« Une curie concentrée sur l'essentiel, plus efficace, moins dispersée », juge Jean-Benoît Poulle. Non sans zones d'ombre toutefois : Traditionis Custodes, qui a restreint la messe traditionnelle en latin, reste une pierre d'achoppement. « Il y a quelque chose qu'il n'a pas perçu : la très grande force missionnaire de cette messe, en particulier en France », reconnaît le chercheur.
Un an après sa mort, et alors que le pape Léon XIV s'apprête à se rendre à Lampedusa le 4 juillet prochain comme pour signifier une continuité symbolique, le pape François reste ce qu'il a toujours voulu être : une voix venue des marges, pour bousculer le centre.
"Le temps est supérieur à l'espace", répétait-il. Les graines semées, elles, continuent de lever


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