« On ne réarme pas par décret » estime Thibault Prébay
La France enregistre en 2025 son taux de natalité le plus bas depuis la Seconde Guerre mondiale. Derrière ce constat alarmant se cache un paradoxe vertigineux : c'est le progrès lui-même qui tarit les naissances. Thibaut Prébay, économiste et démographe, était l'invité de la matinale.
©Thibault Prébay est économiste, spécialiste de la démographie, auteur de Démographie, la bombe tranquille (Editions du Rocher)La baisse de la natalité n'est pas une fatalité venue de nulle part. Elle est le reflet de choix de société que nous avons collectivement faits et dont nous découvrons aujourd'hui le prix. Un prix qui se compte en berceaux vides, mais aussi en équilibres économiques et sociaux profondément menacés.
Quand le choix devient un piège
La France n'a jamais fait aussi peu de naissances. Le solde naturel est désormais négatif, et pourtant, ce recul démographique n'est pas le fruit d'une catastrophe mais… du progrès. C'est le paradoxe que pointe Thibaut Prébay, économiste spécialiste de la démographie et auteur de Démographie, la bombe tranquille (éd. du Rocher), invité de la matinale.
Pendant des siècles, avoir de nombreux enfants était une nécessité vitale. "95% de la population travaillait la terre. Si vous n'avez pas d'aide, vous allez mourir de faim", rappelle-t-il. Aujourd'hui, ce besoin a disparu. "On est passé d'un besoin d'enfant à un désir d’enfant". Et ce désir, libre et réfléchi, conduit paradoxalement à repousser le projet de parentalité… parfois trop tard.
Le désir d'enfant rattrapé par le temps
Ce recul de l'âge à la maternité n'est pas anodin. "Si à 35 ans vous vous dites que vous êtes prêt à faire des enfants, mais que vous vous séparez à ce moment-là, peut-être que vous en ferez moins et peut-être que vous ne serez plus assez fertile", avertit Thibaut Prébay. La liberté de choisir porte en elle une fragilité silencieuse, celle de l'infertilité croissante, sujet qu’ Emmanuel Macron a tenté de mettre à l'agenda avec sa formule controversée de "réarmement démographique".
Mais aucune politique familiale, aussi généreuse soit-elle, ne semble pouvoir inverser la tendance. La Hongrie de Viktor Orban en est l'illustration la plus frappante : malgré un plan massif d'aides à la famille lancé en 2019, "la fécondité est passée de 1,47 à 1,39". Résultat : une économie fragilisée, et aucun bébé supplémentaire.
Une invitation à changer de regard
Faut-il alors céder à l'inquiétude ? Thibaut Prébay invite plutôt à la lucidité. Ce mouvement est mondial, profond, et lié à tout ce que nos sociétés ont construit de meilleur : allongement de la vie, émancipation des femmes, accès à l'éducation. "Tout ce qui participe du progrès social a tendance à freiner la fécondité", reconnaît-il sobrement.
Cette réalité ouvre une question qui dépasse les chiffres : dans une société où l'enfant n'est plus une nécessité mais un choix, quel sens donnons-nous à la transmission de la vie ?


Chaque matin, Louis Daufresne reçoit une personnalité au cœur de l’actualité nationale ou internationale. Décryptage singulier de notre monde et de ses enjeux, mais aussi découverte d’un parcours, d’un engagement. Au cœur de la grande session d’information du matin, une rencontre quotidienne pour prendre de la hauteur avec bienveillance et pour donner du sens à l’information.




